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Hok Lundy, le "premier flic" du Cambodge, tué dans un accident d'hélicoptère
Par Duong Sokha et Stéphanie Gée   
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10-11-2008

Hok Lundy © Archives - Stringer

Phnom Penh (Cambodge), le 26 juin 2008. Hok Lundy, chef de la Police, quittant son hélicoptere apres avoir visité le lieu de l'accident d'avion de la PMTAir dans la province de Kampot la veille © Archives - Stringer

Le numéro Un de la police cambodgienne, Hok Lundy, - à ce poste depuis 1994 - semblait indéboulonnable. Agé de 50 ans (et non de 58 ans comme nous l'avions écrit), le général quatre étoiles a péri dimanche 9 novembre, en début de soirée, dans un crash d'hélicoptère alors qu'il rejoignait, depuis la capitale Phnom Penh, sa province natale de Svay Rieng, dans le Sud-Est du Cambodge. Aucun des quatre passagers de l'appareil - Hok Lundy, le commandant adjoint des forces armées terrestres Sok Sa Em et les deux pilotes - n'a survécu à cet accident.

 

Le porte-parole du gouvernement Khieu Kanharith affirmait lundi 10 novembre ignorer les raisons de ce déplacement, organisé après les célébrations du 55e anniversaire de l'indépendance du Cambodge à Phnom Penh auxquelles Hok Lundy avait participé. Le matin même, le général adjoint de la police nationale, Sok Phal, s'est rendu au domicile phnompenhois de Hok Lundy, où sa dépouille a été rapatriée, pour lui rendre hommage. Il a refusé de faire tout commentaire à la presse sur cette affaire, précisant qu'une enquête avait été ouverte. Il a ajouté que c'est Neth Savoeun qui prendra les commandes de la police nationale en attendant qu'un successeur à Hok Lundy soit nommé. Les funérailles de ce dernier, dont la date n'a pas encore été arrêtée ou communiquée, se dérouleront dans sa province de Svay Rieng où il a trouvé la mort.

Un responsable souvent critiqué par les militants des droits de l'Homme
Après avoir été nommé gouverneur de la province de Svay Rieng en 1993, Hok Lundy avait été nommé en novembre 1994 directeur général au ministère de l'Intérieur, chargé de la police. Il est néanmoins toujours resté très actif dans sa province où il avait ouvert une université privée. En bonne place dans la garde rapprochée du Premier ministre Hun Sen - avec lequel il avait consolidé ses liens par le mariage de leurs enfants, Hok Lundy n'était pas l'ami des défenseurs des droits de l'Homme. Intouchable, les nombreuses allégations lui attribuant la responsabilité de trafics d'êtres humains et de drogue, ou encore du meurtres de certaines personnalités, politiques ou médiatiques, ne l'ont jamais ébranlé dans ses fonctions. Il aimait à répéter, dans de rares interviews accordées à la presse, qu'il n'avait rien à se reprocher, appelant ses détracteurs à produire les preuves de leurs accusations.

Les accusations de Heng Pov
Le leader syndical Chea Vichea, la star Piseth Pilika, le ministre Ho Sok : trois meurtres qui auraient été commandités par Hok Lundy, selon les révélations fracassantes de l'ancien chef de police de Phnom Penh Heng Pov, alors en cavale hors du Cambodge, à L'Express. Dans un entretien présenté sous le titre "Les basses oeuvres de Hun Sen" et publié par l'hebdomadaire français en août 2006, Heng Pov n'avait pas hésité également à mettre en cause son patron dans l'attentat à la grenade de mars 1997 contre une manifestation menée par Sam Rainsy qui avait fait une dizaine de morts. Il y présentait Hok Lundy comme l'exécutant des "agissements illégaux" perpétrés par Hun Sen, ajoutant que leur connivence remonterait à leur rencontre au Vietnam en 1979. Peu après, la trace de Heng Pov avait été retrouvé. Il avait été extradé vers le Cambodge, où il croupit actuellement en prison pour une multitude de crimes et délits pour lesquels la justice cambodgienne l'a condamné.

Hok Lundy réhabilité par le FBI

En 2007, l'invitation faite par le Federal Bureau of Investigation (FBI) à Hok Lundy pour venir discuter à Washington de leur coopération en matière de lutte antiterroriste avait suscité une levée de boucliers chez les militants des droits de l'Homme, Human Rights Watch (HRW) en tête. "L'implication présumée de Hok Lundy dans des actes de violence politique et de crime organisé au Cambodge devrait conduire le FBI à enquêter sur lui et non pas à l'accueillir", s'était alors offusqué Brad Adams, le directeur de HRW pour l'Asie.

Un changement radical de l'attitude des Américains envers le patron de la police cambodgienne alors qu'un an auparavant, en 2006, le Département d'Etat lui avait refusé un visa pour les Etats-Unis au motif de son "implication présumée dans des trafics d'êtres humains". Un mois plus tard cependant, le FBI récompensait Hok Lundy d'une médaille pour son soutien à la lutte contre le terrorisme international...

Une disparition qui suscite des questions
L'heure est aujourd'hui à la spéculation : malheureux accident dû au mauvais temps ou... conspiration ? Pour Chea Mony, le président du Syndicat indépendant des ouvriers du Cambodge (Siorc), peu importe, la mort du numéro Un de la police signifiera à n'en pas douter une réduction du nombre de meurtres d'hommes politiques, de stars et de journalistes au Cambodge. "Je regrette cependant qu'il n'ait pas pu être traduit en justice. [...] Quand il était au pouvoir, personne n'osait le défier. Sa mort empêche aujourd'hui toute tentative d'identifier ses complices."

D'autres militants interrogés préfèrent adopter une position neutre. L'Association de défense des droits de l'Homme Adhoc, par la voix de son enquêteur Chan Soveth, a présenté ses condoléances à la famille du policier défunt et fera envoyer une couronne funéraire. Ou Virak, à la tête du Centre des droits de l'Homme du Cambodge, demande pour sa part au gouvernement de bien mener l'enquête afin de faire toute la lumière sur les accusations lancées par Heng Pov contre Hok Lundy ainsi que sur les raisons du crash qui a mis fin à ses jours dimanche 9 novembre.

 
 
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