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L'ancien commissaire de Phnom Penh Heng Pov exige de pouvoir payer lui-même son avocat
Par Ros Dina avec Laurent Le Gouanvic   
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18-02-2009


L'ancien commissaire de la police municipale de Phnom Penh Heng Pov, condamné à purger plus de 58 années de prison dans le cadre de six affaires, dont le meurtre du juge Sok Sethamony, et soupçonné dans trois autres dossiers, a bénéficié mardi 17 février d'un report d'audience devant la Cour d'Appel du Cambodge, après avoir affirmé ne pas être en mesure de payer l'avocat de son choix, son compte bancaire ayant été bloqué par les autorités.  

Heng Pov devait répondre devant la Cour d'Appel d'accusations de détention et utilisation illégales d'armes, une affaire pour laquelle il avait été condamné en première instance par la cour municipale de Phnom Penh en 2007 à une peine de 18 mois de prison et au versement 2 millions de riels. L'ancien policier ne sera finalement resté mardi que quelques minutes à la barre, dans l'étroite salle d'audience de la Cour d'Appel, bondée.

"900 000 dollars sur cinq comptes"
Une fois sorti de la salle, vêtu de l'uniforme bleu des détenus, Heng Pov a continué à plaider sa cause devant les journalistes, dénonçant une "injustice" et une "bizarrerie" : bien que disposant, selon ses propres dires, de "cinq comptes bancaires dont deux internationaux" sur lesquels se trouveraient près de "900 000 dollars", l'ancien commissaire affirme ne pas être en mesure de payer les honoraires Me Kao Sopha, l'avocat qu'il a choisi pour assurer sa défense, de même que ses "médicaments" et "les frais de scolarité" de ses enfants.

"Tous les prévenus dans le pays ont le droit d'utiliser leur argent pour choisir leur avocat, sauf Heng Pov ! Pourquoi ?, a-t-il lancé à la cantonade. C'est tout de même un cas bizarre, alors que j'ai de l'argent pour payer !" L'ancien policier refuse de bénéficier d'une assistance juridique et de voir sa défense assurée par un avocat commis d'office et réclame le droit d'avoir un libre accès à ses comptes bancaires ou, au moins, de pouvoir retirer "une somme raisonnable" pour couvrir ses frais de justice, ses dépenses de santé et le coût des études de ses enfants. Un montant qu'il n'a pas souhaité chiffrer publiquement mais que son défenseur Kao Sopha évalue à 200 000 dollars.

15 000 dollars par affaire
Ce dernier avance les mêmes arguments que son client, soulignant que puisque celui-ci a de l'argent et est prêt à payer, il n'y a aucune raison qu'il ne puisse pas le défendre tout en touchant ses honoraires. "En tant qu'avocat privé, j'ai le droit de toucher des honoraires. Et que l'on ne vienne pas m'accuser de manquer de générosité ! Quand les gens sont pauvres, je suis prêt à les défendre gratuitement. Et si Heng Pov n'avait pas d'argent, je ne lui demanderais pas un dollar et continuerais à le défendre." Le défenseur affirme avoir signé avec son client des contrats portant sur huit des neuf affaires dans lesquelles il doit être jugé, chacun prévoyant des honoraires de 15 000 dollars.

Pour Heng Pov comme pour son défenseur, il n'y a plus aujourd'hui aucune raison pour que ses comptes bancaires soient immobilisés. Ce blocage avait été décidé à l'initiative du ministère de l'Intérieur à la suite de son arrestation et de son inculpation dans le cadre de deux affaires de séquestration et d'extorsion de fonds, l'une concernant un ressortissant coréen l'autre un Cambodgien. Dans la première affaire, l'ancien commissaire municipal a été blanchi. Dans la seconde, Heng Pov, d'abord accusé d'avoir participé au kidnapping d'une personne pour soutirer une rançon de plus de 26 000 dollars contre sa libération, a finalement été condamné à trois mois de prison pour avoir procédé à une arrestation sans mandat d'arrêt et non pour séquestration ou extorsion de fonds. L'ancien commissaire estime donc que les motifs de ce blocus ne sont plus valables.

De l'argent sale ?

Me Kao Sopha va jusqu'à faire une suggestion pour le moins osée à la cour : "Si on ne veut pas que Heng Pov touche son argent, il faut utiliser un autre chef d'inculpation, comme la corruption par exemple... La cour aurait alors le droit de bloquer cet argent. Si elle estime vraiment qu'il s'agit d'argent sale, je n'en veux pas et je continuerai à assurer la protection de Heng Pov gratuitement", a-t-il jugé bon d'argumenter.

Le prévenu a ensuite clamé publiquement son innocence, affirmant que s'il avait vraiment commis les crimes dont il est accusé, il aurait probablement fait disparaître les différents procès-verbaux et n'aurait pas participé activement à "l'opération coup de poing lancée par le Premier ministre contre les trafics et enlèvements", une attitude qui, selon lui, aurait été "suicidaire [s'il] avai[t] "été coupable".

"Que l'on montre des preuves !"

"J'ai demandé à la cour de faire en sorte que tout cela soit juste, a-t-il expliqué. Les trois juges présents [lors de cette audience du 17 février] sont considérés comme des patriarches du système judiciaire du Cambodge. Je leur demande donc de juger selon les principes légaux (...) Je ne demande pas que l'on me fasse confiance et que l'on me considère comme un homme bon. Je veux juste que l'on se fie aux preuves. Si on a vraiment des preuves pour m'accuser, alors on n'a qu'à me tuer", a-t-il ajouté, menaçant de continuer à refuser de répondre aux questions de la cour, "tant qu'elle ne respectera pas la loi".

La date de la prochaine audience de la Cour d'Appel sur cette affaire n'a pas été communiquée. Arrêté et incarcéré au Cambodge depuis le 21 décembre 2006, Heng Pov a déjà été condamné en première instance dans le cadre de six affaires à des peines d'une durée cumulée de 58 ans et 9 mois de prison. Il doit encore être jugé dans le cadre de deux tentatives d'homicide (l'une contre le chef de la Police militaire Sao Sokha, l'autre contre le patron du quotidien Koh Santepheap Thong Uy Pang) et un enlèvement, en 2006, affaire sur laquelle l'enquête n'aurait pas encore été ouverte selon l'avocat de l'ancien commissaire de Phnom Penh.

 


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1 Commentaire
Par Blanche Bertrand 2009-02-18 13:58:10
Me Kao Sopha,
C'est vrai,Heng Pov est pauvre.Il était un ancien dépanneur de vélo à Preak Pneouv.
Son salaire de général ne suffise pas à payer votre
honoraire!!
Vous êtes très généreux.
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