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Amnesty International et Cohre redoutent une grande vague d'expulsions forcées à Phnom Penh
Par Ka-set   
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27-08-2008
Le remblaiement en cours du lac Boeung Kak, situé au coeur de la capitale du Cambodge, Phnom Penh, suscite les inquiétudes de l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International (AI) et du Centre pour les droits au logement et contre les expulsions (Cohre). Un plan de développement de ce secteur avait émergé en 2007, au lendemain de la cession par la municipalité de Phnom Penh de 133 hectares (dont 90% du lac lui-même) à la société privée Shukaku Ltd., pour une concession de 99 ans.
Les deux organisations ont appelé mercredi 27 août à l'arrêt "immédiat" de ces travaux "jusqu'à ce qu'un processus convenable assurant la protection des droits de l'Homme soit mis en place". Des dizaines de milliers de résidents vivant à proximité du lac redoutent d'être victimes d'expulsions forcées, alors qu'ils n'ont pas même été informés du lancement de ce chantier. Or quasiment rien à ce jour n'a filtré sur ce qu'il adviendra aux plus de 3 000 familles qui se massent autour du plan d'eau, soulignent les deux organisations.

En l'absence de plans appropriés, de compensations et de solution adéquate pour reloger les familles concernées, si le remblaiement du lac devait se poursuivre, cela pourrait conduire à la plus grande vague d'expulsions forcées jamais vue au Cambodge depuis la fin des années de guerre, met en garde Brittis Edman, qui observe le royaume pour le compte d'AI.

Son collègue de Cohre, Dan Nicholson, coordinateur pour le programme Asie-Pacifique, considère que le développement de cette zone ne peut s'effectuer sans la participation des communautés établies alentour, qui doivent pouvoir prendre des décisions éclairées.

Le manque de transparence et tout simplement d'informations sur ce dossier de la part des autorités municipales est depuis longtemps déploré tant par les habitants eux-mêmes que par diverses organisations humanitaires. Il y a deux semaines, rapporte le communiqué d'AI et du Cohre, des représentants de la mairie de Phnom Penh ont confié à des journalistes estimer autour de 600 le nombre de familles qui seraient touchées par ces nouveaux aménagements urbains. Selon les enquêtes menées par des organisations locales, leur nombre serait largement supérieur...

Par ailleurs, soulignent les deux organisations, l'accord passé entre la municipalité et Shukaku semble enfreindre la loi et les réglementations en vigueur au Cambodge, aucune étude d'impact sur l'environnement n'ayant été rendue public dans le cadre de ce dossier et aucun appel d'offre n'ayant précédé la signature de l'accord. AI et Cohre enfoncent le clou en ajoutant que, selon la Loi foncière de 2001, "le lac lui-même devrait être une terre publique inaliénable", ce qui signifie que les droits à la propriété ne peuvent être cédés à autrui pour une durée excédant quinze ans. Et elles concluent que les résidents ne doivent pas être dépouillés des droits sur leurs terres que leur confère la loi foncière.