
Phnom Penh (Cambodge), le 8 août 2008. Kiet Sokun, vice-président du comité directeur du PDH, et Sam Rainsy, président du PSR, lors d'une conférence de presse contestant les elections © John Vink / Magnum
Les deux leaders de l'opposition cambodgienne, Sam Rainsy et Kem Sokha, qui avaient refusé de fusionner leurs partis sur une liste commune en vue des élections législatives du 27 juillet, se sont montrés côte à côte dès le lendemain du scrutin et ont depuis multiplié les déclarations annonçant l'union de leurs forces au sein d'une coalition, qui, concrètement, n'a pas encore vu le jour. A l'issue de la session inaugurale de l'Assemblée nationale le 24 septembre, le Premier ministre Hun Sen, dont la formation, le PPC, rempile pour un quatrième mandat, raillait publiquement les amours entre les deux opposants, laissant entendre qu'elles ne seraient qu'éphémères. Hun Sen, arguments à l'appui, révélait des failles dans leur front d'opposition. Manipulation de l'homme fort du Cambodge visant à laminer et discréditer l'opposition, ou apparition d'une brèche réelle dans l'entente entre Sam Rainsy et Kem Sokha?
Brouille entre Sam Rainsy et Kem Sokha? Lors d'une conférence donnée à la sortie de la chambre basse le 24 septembre, le chef du gouvernement avait relevé devant les journalistes, avec une naïveté affectée, l'absence de Kem Sokha et de ses deux élus à la première session parlementaire alors que Sam Rainsy et ses députés avaient fait, eux, le déplacement.
Jusqu'à la dernière minute, le doute avait plané sur leur participation, Sam Rainsy, à l'instar de son collègue Kem Sokha, ayant clamé à maintes reprises qu'ils boycotteraient cette rentrée parlementaire en signe de contestation des résultats des élections. Hun Sen avait précisé que ce revirement aurait irrité Kem Sokha. Comme voulant jeter de l'huile sur le feu, il avait alors rapporté que ce dernier l'avait personnellement consulté à la veille de créer sa propre formation, le Parti des droits de l'Homme (PDH)... Bref, concluait le Premier ministre, des dissensions feraient jour entre les deux camps, en utilisant un conditionnel seulement pour la forme.
Ces attaques déguisées, Sam Rainsy et Kem Sokha n'ont pas pris soin d'y répondre publiquement ensemble.
Une tactique de Hun Sen pour diviser? Le président du PDH n'aurait pas sourcillé aux propos tenus par Hun Sen, habitué, fait-il valoir, aux manoeuvres politiciennes du Premier ministre. "La stratégie de diviser pour mieux régner ne réussit pas à tous les coups! Regardez, il avait convaincu plusieurs membres du PSR de rallier le PPC les mois précédant les élections, cela n'a pas pour autant affaibli le PSR, qui a même consolidé sa place [en décrochant deux sièges supplémentaires]", commente Kem Sokha, avant d'ajouter que le seul parti que Hun Sen soit parvenu à désagréger est le Funcinpec.
Mu Sochua, la secrétaire générale adjointe du Parti Sam Rainsy (PSR), ne s'étonne guère plus de ce qu'elle considère être une tentative du Premier ministre pour pilonner une alliance qu'il ne désire pas voir naître. "Cette tactique du parti au pouvoir n'est pas pour nous inquiéter ni nous effrayer", affirme-t-elle, sereine, avant de préciser que le matin du 24 septembre, elle avait elle-même prévenu Kem Sokha que le PSR assisterait finalement à la session inaugurale de l'Assemblée nationale. "Et le lendemain, nous ne sommes pas venus participer au vote des présidents et vice-présidents de la chambre basse et accorder notre confiance au nouveau gouvernement", rappelle l'élue de Kampot.
Chea Vannath, une analyste de la vie politique, ne voit pas l'intérêt à débattre sur la question de savoir si Hun Sen cherchait à diviser l'opposition. "Si [Sam Rainsy et Kem Sokha] se fâchaient, cette rupture de leur entente ne serait pas à mettre au compte du PPC mais de la faiblesse de leurs positions. Tant que celles-ci sont claires et solides, personne ne peut les déstabiliser. Aide-toi et le ciel t'aidera", avance l'ancienne directrice du Centre pour le développement social.
PSR et PDH, les deux seuls partis d'opposition Au lendemain du scrutin du 27 juillet, les représentants des quatre formations hors PPC (PSR, PDH, Parti Norodom Ranariddh (PNR) et Funcinpec) étaient apparus main dans la main pour appeler l'ensemble de l'opinion, locale comme internationale, à rejeter les résultats issus du scrutin. Peu après, le Funcinpec, redevenu depuis partenaire de coalition du PPC victorieux, se retirait de ce mouvement d'opposition spontané. Puis le PNR lui emboîtait le pas, se désolidarisant à son tour des partis d'opposition en reconnaissant finalement les résultats des élections.
Ne restent en piste que le PSR et le PDH, qui comptabilisent à eux deux 29 sièges de députés (26+3). Un chiffre qui ne suffit plus pour déposer une motion de censure contre le gouvernement. Conformément à la Constitution, elle ne peut être examinée par les députés que si elle est présentée par un minimum de 30 élus.
D'une simple coopération vers les fondements d'une alliance Si les deux dirigeants d'opposition affirment toujours s'entendre sur le principe d'une alliance, ses fondements ne sont pas encore finalisés. Ils font actuellement l'objet de discussions menées dans le cadre d'un groupe de travail, appelé "commission technique", composée de responsables des deux camps.
"Dans un premier temps, nous coopérons pour dénoncer les innombrables irrégularités électorales. La deuxième étape sera la mise en place d'un cadre de travail commun pour nos députés au cours des cinq années à venir. Le PDH souhaite que les partis minoritaires dans l'hémicycle puissent apporter leur expertise et leurs conseils afin d'aider le gouvernement dans ses orientations et lui faire prendre le chemin de la démocratie, dans l'intérêt du peuple et de la nation", plaide l'élu de Kompong Cham, Kem Sokha. Un rôle qu'il ne veut pas attribuer aux seuls PDH et PSR mais également aux autres formations autres que le PPC au pouvoir, insiste-t-il.
Prudence ou manque de confiance réciproque? De son côté, Mu Sochua semble davantage sur la réserve. "Avant de parvenir à concrétiser notre alliance, nous devons faire preuve de prudence et discuter en profondeur des aspects juridiques de cet accord entre nos deux partis afin de prévenir toute éventuelle scission ultérieure."
Pour Koul Panha, directeur exécutif de l'organisation d'observation électorale Comfrel, c'est le manque de confiance que se portent les deux partis qui pose problème. Il se montre ainsi circonspect : "Au Cambodge, les hommes politiques ont du mal à s'allier comme le font les hommes d'affaires car la méfiance est toujours de mise. J'attends donc de voir comment ils vont s'unir..."
Chea Vannath, pour sa part, encourage les deux partis à ne pas abandonner leur projet d'alliance. "Il faut du temps et de la patience. L'idée de s'unir existe, c'est déjà ça! Malgré le désistement du PNR et du Funcinpec, ils gardent le même cap, et nous saluons leur persévérance."
Une bataille commune : la reconnaissance du rôle de l'opposition En attendant qu'une coalition d'opposition prenne forme, PSR et PDH ne bougent pas d'un iota quant à leur demande d'amendement du règlement intérieur de l'Assemblée nationale. Le Premier ministre Hun Sen avait rapporté que l'opposition avait exigé entre autres conditions à sa participation à la vie parlementaire que son rôle soit reconnu noir sur blanc.
"Selon le principe du pluralisme, un poste de vice-président de la chambre basse et la présidence de quelques commissions parlementaires devraient être attribués au parti arrivant en deuxième position [à savoir le PSR]. Nous voulons également que l'opposition soit doté d'un véritable statut, sur le modèle de ce qui existe en Grande-Bretagne, en Australie, au Canada ou encore en Thaïlande", clarifie Mu Sochua. Son collègue du PDH, Yem Ponhiarith, répète en écho qu'ils attendent du gouvernement qu'il reconnaisse le rôle des élus d'opposition afin qu'ils puissent être autorisés à prendre librement la parole dans l'hémicycle.
Le chef du gouvernement avait qualifié d'"idiote" cette proposition de l'opposition, expliquant qu'une proposition d'amendement au règlement intérieur qui n'avait pas encore été dûment examinée, notamment par le biais d'une commission ad hoc, ne pouvait être adoptée.
Dans la nouvelle quatrième législature, les commissions parlementaires sont toutes aux mains de présidents issus du PPC, tandis que, précédemment, le PSR avait obtenu la présidence de deux commissions : celle de l'intérieur et de la défense nationale, et celle des affaires étrangères et de la coopération internationale. Avec plus de sièges mais moins de pouvoir, la formation de Sam Rainsy veut s'assurer qu'elle puisse jouer pleinement son rôle d'opposante. Une alliance avec le PDH l'y aiderait, si cependant elle voit le jour. Ces dernières semaines, leurs deux présidents ne se sont pas exprimés d'une seule voix. Cependant, la précipitation n'a jamais donné lieu à de solides échafaudages, et les deux camps ne doivent pas décevoir un électorat las des sempiternels retournements de situation auxquels les a habitués la classe politique cambodgienne.
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Par hachem
Par Achey
Par Ben du Cambodge