 Phnom Penh, le 28 juillet 2003. Elections législatives ©John Vink / Magnum
A l'ombre des grandes formations politiques se maintient au Cambodge une poignée de petits partis, autrefois véritable constellation. Comme assoupis le reste du temps, ils sortent de l'obscurité à chaque nouveau scrutin mais pas de l'anonymat. Ils sont six en lice pour les législatives du 27 juillet, six à ne pas croire leur participation vaine bien qu'ils se situent au-dessus, ou plutôt au-dessous de la mêlée politique. Ils sont ainsi absents du débat et n'ont pas les moyens financiers et humains de s'offrir une véritable visibilité. Petit tour dans la classe politique pour savoir comment on parle d'eux et comment ils parlent d'eux-mêmes.
Sans structure de base, pas de popularité "C'est pour eux une pure perte de temps; ils savent bien qu'ils n'ont aucune chance de gagner alors pourquoi s'entêtent-ils à se présenter ?", s'interroge Lu Lay Sreng, premier vice-président du Funcinpec. Un manque de bon sens, fait-il valoir, "quand on sait que même mes prestigieux collègues Oeung Huot, ancien Premier ministre, et Loy Sim Chheang, ancien premier vice-président de l'Assemblée nationale lors de la première législature, n'ont pas réussi à décrocher un siège dans leurs circonscriptions respectives lors des dernières législatives [en 2003]". Le secrétaire général du Parti Sam Rainsy, Eng Chhai Eang, ne comprend pas non plus que les petits partis n'aient pas tiré les leçons des précédents scrutins. "La plupart n'ont remporté que 0,2-0,3% des suffrages. Les citoyens ont besoin de connaître un parti pour lui donner leurs voix or ces petites formations n'ont ni représentants au niveau communal ni accès aux médias..." Kem Sokha, président du Parti des droits de l'Homme qu'il a créé en juillet 2007 tient la même analyse arithmétique. "Sans assise populaire, c'est perdu d'avance", souligne celui qui peut en revanche se targuer de s'appuyer sur un large réseau en province où durant des années il a multiplié les forums publics sous la casquette de président du Centre cambodgien des droits de l'Homme. "Il s'agit juste pour eux de se faire connaître en offrant leur vision politique du Cambodge." Pour le Parti Norodom Ranariddh, l'engagement de ces petits partis dans la bataille électorale vient démontrer que le principe du pluralisme est respecté. "Nous ne disons pas qu'ils sont petits ou grands, nous sommes tous dans la même arène. Après, nous ne les identifions pas comme nos véritables concurrents, au premier rang desquels le parti au pouvoir, le PPC", déclare Muth Chantha, porte-parole du parti créé par le prince au lendemain de son éviction de la présidence du Funcinpec, et qui se trouve toujours en exil volontaire en raison de ses démêlés avec la justice cambodgienne. Des petits candidats malgré tout résolus Le Parti Hang Dara du mouvement pour la démocratie n'a cure du mépris que leur opposent les grands acteurs de l'échiquier politique. "Il ne faut pas sous-estimer nos forces. Les habitants nous connaissent à travers les faits d'armes de notre président Hang Dara qui dès 1979 était en tête du mouvement de résistance contre l'occupation vietnamienne. Même si nous ne disposons pas d'une grande équipe, nous avons déjà mobilisé 200 000 militants à travers le pays. Les cinq grands axes de notre plate-forme politique ont la faveur des Cambodgiens : renforcer le pouvoir monarchique, résoudre les problèmes d'immigration et frontaliers, lutter contre la corruption et les injustices sociales, et garantir un meilleur niveau de vie à la population", met en avant Seng Sokheng, le secrétaire général du parti, qui parie sur 15 sièges de député. Même s'il juge que les précédentes élections n'ont été ni libres ni équitables et que le prochain scrutin ne fera pas exception à la règle "parce que le Comité national électoral n'est pas indépendant mais à la botte du parti au pouvoir", il lui paraît important que son parti se positionne sur les starting-blocks, "pour appeler à la mise en place d'une vraie démocratie". Le moral est également bon au Parti de la république khmère, créé il y a plus de deux ans par Lon Rith, le fils aîné du maréchal Lon Nol, et dont il s'agit de la première participation électorale. "Les citoyens n'ignorent pas l'existence de mon parti car nous avons organisé de nombreuses conférences pour annoncer l'entrée en politique du fils du maréchal. Et puis, nous avons déjà offert la carte du parti à plus d'un million de Cambodgiens", prétend Choun Narong, le porte-parole du PRK, dont les fondateurs vivent aux Etats-Unis. Ce nouveau venu dans la politique veut par ailleurs rassurer la population sur la présence du mot "république" dans son nom. "Ce n'est qu'une référence historique à la République de Lon Nol. Notre intention n'est pas de remettre en cause l'actuelle Constitution, seulement de s'attaquer aux maladies sociales qui affaiblissent le pays." Cibler les circonscriptions : la stratégie des "petits" Pen Vano, le secrétaire général du Parti de la société de justice (PSJ), qui a vu le jour en août 2006, ne s'illusionne pas sur la pénétration, encore faible, de sa formation dans le pays. Fort de ce constat, le PSJ a choisi de ne présenter des candidats que dans 7 circonscriptions, principalement localisées autour du lac intérieur Tonlé Sap (Battambang, Banteay Meanchey, Siem Reap, Kompong Thom, Pursat, Kompong Chhnang, et Phnom Penh) où il assure bénéficier d'un solide réseau de militants. Pourtant, le scrutin étant proportionnel et non majoritaire, cette stratégie est vouée à l'échec, fait remarquer Eng Chhai Eang du PSR. L'ancien secrétaire d'Etat Funcinpec à l'Information Pen Vano veut quant à lui croire qu'ils seront de plus en plus nombreux à découvrir l'existence de son parti, "comme c'est déjà le cas dans la province de Battambang où nous pouvons expliquer notre programme sur les ondes d'une radio locale". Ce sont certes les premiers pas de ce parti mais déjà Pen Vano parle de présenter des listes dans plus de circonscriptions dans 5 ans, aux prochaines législatives. Il envisage de proposer un amendement à la Constitution limitant à seulement deux le nombre de mandats du Premier ministre et de garantir à ses élus, s'il en a, "la liberté d'expression". Et pour finir, il se défend que son parti ait été mis sur pied sur ordre de quiconque dans le but d'éparpiller les voix des électeurs et d'affaiblir ainsi les grands partis d'opposition, comme certaines rumeurs l'en ont accusé. Des forces à ne pas négliger "Ils sont petits ou jeunes en politique, cela ne veut pas dire que leurs chances sont nulles. Nous ne devons pas les sous-estimer", juge Khieu Kanharith, porte-parole du PPC et du gouvernement. Son parti n'a pas encore établi de relations avec eux et ignore encore quelles sont leurs positions mais le ministre de l'Information n'exclut pas de coopérer avec eux si toutefois ils sont en accord avec la politique du gouvernement. "Même si nous raflons la grande majorité des sièges, nous ne sommes pas opposés à leur tendre la main et leur offrir des postes de sous-secrétaires d'Etat", avance Khieu Kanharith. |