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Les autorités cambodgiennes poursuivent les expulsions, malgré de multiples condamnations
Par Laurent Le Gouanvic   
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30-07-2009

Borei Keila ©John Vink/ Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 4 octobre 2008. Durant deux ans, des familles de Borei Keila touchées par le VIH, qui souhaitaient accéder à des logements sociaux, étaient sous le coup d'une expulsion
©John Vink/ Magnum

En dépit des condamnations répétées de la part de la société civile et de la communauté internationale, la liste des victimes d'expulsions foncières au Cambodge ne cesse de s'allonger. Au mois de juillet, plusieurs opérations de délogement ont eu lieu à Phnom Penh. Après les habitants de Dey Krohom, dans le centre de Phnom Penh, dont les maisons ont été réduites en poussière au mois de janvier, leurs voisins du Groupe 78, situé dans le quartier de Tonlé Bassac, ont été contraints de quitter leurs logements le 17 juillet. De même, plusieurs dizaines de familles de Borei Keila, dont la majorité des membres sont porteurs du VIH et ont besoin de soins, ont été relogées par vagues successives en périphérie de la capitale cambodgienne dans des conditions non satisfaisantes, selon des ONG sur place. Là encore, les protestations fusent, que ce soit de la part de la Banque mondiale, de pays donateurs, de médias internationaux ou de réseaux d'internautes, face à des autorités qui continuent de faire la sourde oreille. [version corrigée le 31-08-2009 - modifications signalées en italique]


Déjà-vu
La vision d'une vidéo tournée le matin du 17 juillet, dans la zone dite du Groupe 78, à Phnom Penh, et diffusée sur le site de l'ONG cambodgienne de défense des droits de l'Homme Licadho laisse comme une impression de déjà-vu : la même lumière bleuâtre crépusculaire, les mêmes bruits de tôle froissée, les mêmes images de dizaines de jeunes manouvriers, vêtus de tee-shirts rouges et armés de pioches et de masses que lors de l'expulsion, le 24 janvier, des habitants de Dey Krohom. Mais cette fois, ni cri ni violence : la plupart de la soixantaine de familles du Groupe 78 se sont résignées à partir et ont elles-mêmes désossé leurs bicoques de bois et de métal, avant l'intervention des forces de l'ordre et des hommes de main. La veille, selon la Licadho, elles ont fini par accepter un dédommagement de 8 000 dollars, censé leur permettre de se reloger. Au matin du 17 juillet 2009, relatent les militants des droits de l'Homme présents, seules quelques familles récalcitrantes n'avaient pas nettoyé les lieux. Après quelques heures de négociations, elles cédaient à leur tour, pour une ultime compensation de 20 000 dollars, détaille encore la Licadho, à l'exception d'une famille qui aurait jusqu'au bout refusé de partir et a donc vu sa maison abattue contre son gré.

Un bras de fer qui se termine dans le calme

Ce dernier épisode met fin à un bras de fer débuté il y a plus de trois ans entre cette communauté phnompenhoise pauvre d'un côté et les autorités municipales et la compagnie privée Sour Srun, à qui ces terres ont été confiées en concession pour un projet immobilier, de l'autre [et non 7NG, comme indiqué par erreur, qui a elle la charge des terres de Dey Krohom]. Une affaire qui certes ne se termine pas dans le sang, les résidents ayant fini par recevoir une compensation, mais qui n'en demeure pas moins une "violation supplémentaire des droits de l'Homme élémentaires du peuple du Cambodge", selon les propos de Dan Nicholson, coordinateur de l'ONG Cohre (Centre sur les droits au logement et les expulsions), publiés dans un communiqué commun de plusieurs organisations cambodgiennes, diffusé le jour même de l'expulsion du Groupe 78.

Une volonté... forcée

La municipalité, pourtant, se flatte de ne pas avoir eu recours à la violence, les familles du Groupe 78 étant selon elles parties de leur propre chef, avec une aide alimentaire en sus de la compensation financière. Un argument qui ne tient pas, dénonce Yeng Virak, directeur exécutif du Clec, également signataire du communiqué, avec l'ONG Housing Rights Task Force et le Centre cambodgien des droits de l'Homme (CCHR) : "Les autorités ne peuvent pas affirmer que ce qui s'est passé avec le groupe 78 ce matin [le 17 juillet] et au cours des derniers mois et années était 'volontaire' de la part des résidents. Les familles du groupe 78 n'ont jamais eu de véritable choix - elles ont juste étaient soumises à une campagne d'intimidation et de menaces de la part des autorités, qui dure depuis des années, dans le but de les épuiser jusqu'à ce qu'elles se soumettent."

23 000 personnes délogées en 2008, selon Amnesty International

Amnesty International, qui a également condamné cette expulsion à l'encontre de familles dont certaines étaient installées sur place "depuis 1983", souligne que la procédure aurait dû se faire dans le cadre de la loi foncière de 2001, via la justice et non sur une simple décision administrative de la municipalité de Phnom Penh qui n'a tenu compte ni de l'avis des personnes concernées ni des autres solutions proposées pour que leurs droits élémentaires soient respectés. Pour l'organisation basée à Londres, cela ne constitue hélas qu'une violation de plus dans ce domaine au Cambodge : "Pour la seule année 2008, Amnesty International a reçu des rapports sur 27 cas d'expulsions, affectant 23 000 personnes". Ses appels à un moratoire sur les expropriations massives sont restés sans suite.

Condamnations officielles en série
Sans suite également furent les demandes du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à un logement convenable, Raquel Rolnik, laquelle avait officiellement prié, à plusieurs reprises, le gouvernement cambodgien d'empêcher de nouvelles expulsions, particulièrement à l'encontre du Groupe 78.

 

Groupe 78 ©John Vink/ Magnum
Phnom Penh (Cambodge), le 3 juin 2009. Les habitants du Groupe 78, voisins de Dey Krohom, avaient peu à peu anticipé leur expulsion prochaine
©John Vink/ Magnum


De même, la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement, la délégation de la Commission européenne, les ambassades d'Allemagne, d'Australie, de Bulgarie, du Danemark, des Etats-Unis et du Royaume-Uni, et les agences de développement suédoise (Sida) et danoise (Danida) n'auront pas influé sur les autorités cambodgiennes, bien qu'elles aient diffusé, le 16 juillet, une déclaration commune appelant le gouvernement du Cambodge "à mettre fin aux expulsions des zones disputées à Phnom Penh et ailleurs dans le pays jusqu'à ce qu'un mécanisme juste et transparent de résolution des conflits fonciers soit mis en place et une politique complète de relogement soit développée".

Médias et Internet

Au mois de juillet également, la radio internationale britannique BBC World Service consacrait un reportage de 25 minutes aux expulsions foncières au Cambodge, mettant en lumière, entre autres, le cas des riverains du lac Boeung Kak, au cœur de Phnom Penh, qui est en cours d'assèchement et est peu à peu débarrassé de ses bicoques pour laisser place à un vaste projet immobilier privé.

Sur le réseau consacré aux expulsions foncières au Cambodge, sur le site communautaire Facebook, pétitions et appels se multiplient, pour dénoncer les violations des droits de l'Homme et sensibiliser un public le plus large possible...

Pire que des camps de réfugiés
Non seulement ces appels se sont révélés vains quant au sort des familles du Groupe 78, mais ils n'ont pas permis de stopper d'autres opérations en cours. Des familles dont la plupart des membres sont porteurs du VIH et sous antirétroviraux, installées dans des abris temporaires depuis plus de deux ans dans l'attente d'un logement social dans le district de Borei Keila, dans le centre de Phnom Penh, ont ainsi été encore déplacées à Tuol Sambo, un district situé à une vingtaine de kilomètres du centre, sans eau courante ni infrastructure sanitaire. Une première vingtaine de familles y avaient été amenées en juin. Une seconde vague a suivi à la fin du mois de juillet. Sur place, décrit l'organisation Human Rights Watch, les familles sont hébergées dans des abris de tôles - de véritables fours, en plein soleil - et n'ont que difficilement accès aux soins indispensables à leur survie. Surpeuplés, surchauffés, "flanqués d'égouts à ciel ouvert" et pourvus d'un seul puits, ces sortes de hangars, est-il par ailleurs souligné dans une lettre ouverte signée par une centaine d'organisations internationales spécialisées dans la santé, le VIH-Sida et la justice (Act-Up, Aids...), ne satisferaient même pas aux normes minimales internationales des logements temporaires d'urgence.

Les mêmes signataires dénoncent également l'opacité du système d'attribution des logements sociaux de Borei Keila, auxquels prétendaient les familles affectées par le VIH mais que les autorités refusent de leur attribuer. Plusieurs d'entre elles auraient finalement vu leur demande acceptée, mais sont toujours dans l'expectative et ne disposent pour l'heure d'aucun engagement écrit.

La discrimination en plus ?

Enfin, les organisations s'inquiètent, alors que le gouvernement cambodgien a pourtant été salué pour ses efforts de lutte contre le sida et pour un accès plus grand à la prévention et aux soins, de la discrimination dont pourraient être victimes les familles expulsées de Borei Keila. A proximité du site sur lequel elles sont relogées, à Tuol Sambo, se trouvent des logements destinés à d'autres "déplacés", en briques et équipés d'installations sanitaires. D'ores et déjà, le lieu insalubre sur lequel sont hébergées les familles porteuses du VIH et malades du sida est surnommé par les résidents des environs le "village du sida".

La situation, qualifiée par la Licadho "d'épidémie" d'appropriation foncière, demeure donc très préoccupante à Phnom Penh, mais aussi dans des zones reculées du royaume. La crise économique ne semble en tout cas guère avoir entamé les appétits fonciers, malgré un relatif refroidissement de la spéculation. Elle n'a pas non plus permis, pour le moment, d'ouvrir les yeux et les oreilles d'autorités cambodgiennes qui ne semblent ni entendre les voix ni voir les images qui circulent pourtant désormais de par le monde.

 


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2 Commentaire
Par Rumchang Phkar 2009-07-31 00:50:20
C'est une affaire prévue de très longue date. Il faudra aller voir ceux ou celles qui avaient contribué le régime au pouvoir et leur demander leur sentiment.
C'est ce que j'appelle "jeter le torchon une fois essuyé: saloperies multiples depuis 2 décembre 78.
Les plus futés comme certain patron de la police du GRC n'étaient coéquipier de guetteurs (= chlorb) khmer rouge.
Il y en a d'autres, il faudra cette fois poser la question soit à HUN SEN soit à DUCH.
Tchiao les pantouffles!
Par Lola 2009-08-10 02:12:31
La communauté internationale (toute confondue) condamne (oralement) ces expulsions mais continue de donner beaucoup beaucoup d'argent aux dirigeants cambodgiens à l'origine de ces délogements inhumains. Il serait temps que la communauté internationale cesse d'être hypocrite et agisse vraiment en condamnant financièrement de telles actions en coupant les dons et subventions qui permettent aux riches d'être encore plus riches (grâce à cet argent...) et d'avoir plus de pouvoirs au détriment des plus pauvres et des plus faibles.
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