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Elections locales de mai au Cambodge : des résultats joués d'avance, selon Comfrel
Par Duong Sokha   
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26-02-2009

© John Vink/ Magnum

O'Tapaong (Pursat, Cambodge), le 26 mai 2008. Un panneau du Parti Sam Rainsy, lors d'une tempête, sur la route vers Phnom Penh
© John Vink/ Magnum 

Elles auront lieu le 17 mai mais leur issue ne fait déjà aucun doute, trois mois avant leur déroulement : les élections des nouveaux conseils de la capitale, des provinces, des municipalités, des districts et des arrondissements au Cambodge consacreront les membres du tout puissant Parti du peuple cambodgien (PPC). Le Comité pour les élections libres et justes au Cambodge (Comfrel), une importante organisation locale d’observation électorale, a livré mercredi 25 février ses premières estimations : la victoire de la formation au pouvoir sera écrasante, ne laissant que quelques miettes aux trois autres partis qui siègent à l’Assemblée nationale. Le mode de scrutin retenu, le suffrage indirect, laisse peu de marge de manœuvre et prive les citoyens d'une participation qui aurait pu changer la donne, dénonce Comfrel qui déplore également le coût moyen par électeur de ce scrutin, cinquante fois plus élevé que celui des législatives de juillet 2008.


Un calcul simple

L'organisation d'observation électorale cambodgienne Comfrel n'a pas eu à se livrer à de savants calculs pour estimer la répartition des sièges entre les quatre partis représentés au niveau des communes : seuls les conseillers communaux étant appelés aux urnes le 17 mai, pour élire les nouveaux conseillers de la capitale, des provinces, des municipalités, des districts et des arrondissements, il est aisé de deviner, en tenant compte des affiliations de ces grands électeurs, qui votera pour quel parti. Comfrel a donc simplement établi un rapport entre le nombre total de sièges des futurs conseils et celui des conseillers communaux, parti par parti.
 
Ainsi, sur les 21 sièges que comptera le conseil de la capitale, Phnom Penh, le parti du Premier ministre Hun Sen, le PPC, obtiendra, selon l'estimation de Comfrel, 61,9% des voix des grands électeurs, soit 13 sièges, contre 8 pour la principale formation d’opposition, le Parti Sam Rainsy (PSR), tandis que les deux frères royalistes, le Funcinpec et le parti Norodom Ranariddh (PNR) ne compteront aucun élu.

Seule incertitude : l'attitude des élus PNR et Funcinpec

Sur l'ensemble des vingt-trois conseils provinciaux du royaume, le PPC s'offrirait la part du lion : 273 sièges, soit 77,34%, contre 69 pour le PSR, 7 pour le PNR et 4 pour le Funcinpec. "Si le Funcinpec et le PNR coopèrent, les résultats pourront changer, analysent les rédacteurs de cette étude. Le PPC décrocherait 272 sièges contre 68 pour le PSR. Le Funcinpec et le PNR pourraient réunir à eux deux 13 sièges". Une éventualité qui semble se profiler, alors que le 2 février 2009 les deux anciens frères ennemis ont signé un protocole de coopération "royaliste" en vue des élections du 17 mai.
 
Quant aux 2 861 sièges des 193 conseils de municipalités, de districts et d'arrondissements du Cambodge, ils seront répartis de la manière suivante, prévoit Comfrel :  2 150 sièges au parti au pouvoir (75,15%), 618 au PSR, 53 au PNR et 40 au Funcinpec. Une fois encore, une collaboration entre les deux formations royalistes modifierait légèrement la donne au détriment du PPC (20 sièges de moins, soit 2 130) et du PSR (5 de moins, soit 613) et au profit d'une union Funcinpec-PNR qui pourrait s'enorgueillir de l'élection de 118 conseillers.
 
Au total, à tous les échelons locaux, le Parti du peuple cambodgien devrait conforter sa domination sur l'ensemble du paysage politique, totalisant 2 436 sièges contre 695 pour la formation présidée par Sam Rainsy (qui ne compterait des élus qu'au sein des conseils de Phnom Penh, de 21 des 23 provinces, et de 172 des 193 municipalités, districts et arrondissements. En tenant compte d'une éventuelle union des forces dites royalistes, la différence serait minime : le PPC caracolerait toujours en tête avec 2 415 sièges contre 689 pour le PSR, Funcinpec et PNR se partageant alors les 131 fauteuils restants dans 9 provinces et 78 municipalités, districts et arrondissements.

La deuxième formation d'opposition, le Parti des droits de l'Homme (PDH) présidé par Kem Sokha, bien qu'étant représentée à l'Assemblée nationale, n'aura pas un seul élu puisque sa création est postérieure aux dernières élections communales de 2007 et qu'il ne dispose donc d'aucun grand électeur.

Une élection dénuée de tout enjeu et coûteuse
Ces estimations, sauf séisme politique improbable, ne devraient pas être très éloignées de la réalité. Pour Comfrel, qui précise bien qu’il ne s’agit là que de "calculs officieux", l'intérêt de cette étude est donc avant tout de permettre un contrôle ultérieure des résultats officiels et surtout d'inciter à réformer le système électoral de ces conseils pour les prochains mandats.

L'organisation d'observation électorale en profite en effet pour renouveler ses critiques à l’égard d'élections qui n'intéresseront pas les citoyens, en raison du mode de scrutin indirect qui les privent de toute participation. Selon Comfrel, le vote des conseillers communaux ne laisse présager aucune surprise : "Il n’y a aucune raison pour laquelle ils ne voteraient pas pour leur formation, puisqu’ils bénéficient du pouvoir et des intérêts dont jouit leur parti, à moins qu’ils soient payés par d’autres partis", est-il souligné.

Dénuées d'enjeu, ces élections n'en sont pas moins coûteuses. Pire, pointe du doigt Comfrel : les dépenses seront proportionnellement très nettement supérieures à celles des législatives de juillet 2008. "Celles-ci s'élevaient à 16,76 millions de dollars pour 8 125 529 électeurs, soit une dépense moyenne de 2,6 dollars par électeur. Pour les élections des conseils, le Comité national électoral prévoit 1,5 million de dollars pour seulement 11 353 électeurs [le nombre total de conseillers communaux qui pourront voter], soit une dépense moyenne de 132,12 dollars par électeur", dénonce l'organisation cambodgienne qui ajoute que, si elle "ne s’intéresse pas au processus de ces élections", elle est en revanche "prête à collaborer avec les conseils après le scutin".

 


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