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Le gouvernement cambodgien voit grand pour son budget, les crédits alloués à la Défense renforcés
Par Duong Sokha   
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07-11-2008

Assemblée nationale - Cambodge © John Vink / Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 24 septembre 2008. Garde d'honneur faisant contrôler son armement lors de la cérémonie d'ouverture du nouveau mandat parlementaire
© John Vink / Magnum

Le budget national du Cambodge pour 2009, tel qu'adopté le 17 octobre dernier par le Conseil des ministres, s'envole en comparaison de celui de 2008, avec une augmentation de 28%. Il atteindra ainsi près de 2 milliards de dollars. Une inflation qui n'est pas sans inquiéter l'opposition parlementaire, et se traduira, redoute-t-elle, par un alourdissement du fardeau supporté par les contribuables. Le gouvernement rassure, cette augmentation sera compensée par les revenus de l'Etat, qui devraient être plus conséquents. La défense est l'un des postes du budget à être revus à la hausse, une décision qui intervient en pleine crise frontalière armée avec le voisin thaïlandais. Dans deux semaines, ce texte de loi fera l'objet de débats entre représentants du gouvernement, d'ONG, de la communauté internationale et les parlementaires avant son adoption fin novembre.

 

Une opposition "soucieuse"
Son Chhay, un ténor du Parti Sam Rainsy (PSR), la principale formation d'opposition, s'interroge sur l'origine de cette hausse du budget national et son impact  sur les habitants qui risquent d'être mis à contribution en payant davantage d'impôts et taxes. "Si l'Etat décide de taxer plus lourdement l'essence et les produits de première nécessité, nous nous opposerons totalement à cette politique inacceptable. Rappelons qu'en vertu de la Constitution, les députés ne doivent pas adopter des lois qui tendent à augmenter les charges des Cambodgiens", met en garde le porte-parole du PSR.

Sa formation, tempère-t-il, défend toutefois une hausse des crédits destinés au développement des infrastructures et aux postes de l'éducation, de la santé et de la défense. "Cependant, en ce qui concerne l'armée, nous demandons au gouvernement d'enquêter sur les dépenses passées car nous avons reçu des informations révoltantes selon lesquelles des détournements de fonds auraient lieu, notamment dans l'achat d'armements et de nourriture, et des salaires de militaires seraient injustement ponctionnés. Je vais prendre contact avec M. Cheam Yeap [président de la 2e commission parlementaire en charge de l'économie, des finances et des audits] pour obtenir une copie du projet de loi et lui faire part ensuite de nos commentaires", annonce l'ancien président de la commission parlementaire des affaires étrangères et de l'information.

Des recettes qui devraient gonfler
Cheam Yeap, également membre du Comité permanent du comité central du Parti du peuple cambodgien (PPC), au pouvoir, vole au secours de son gouvernement, en expliquant tout d'abord qu'augmenter le budget national est "chose normale" qui s'observe dans tous les pays et se décide en fonction des revenus que devrait engranger l'Etat.

L'élu de Prey Veng met ainsi en avant les quatre piliers de la croissance économique au Cambodge -  la confection textile, le tourisme, le secteur du bâtiment et l'agriculture - des secteurs porteurs soumis à l'impôt. "Nos recettes proviennent par ailleurs des taxes industrielles et commerciales et de taxes non inscrites à la loi comme celles, journalières, prélevées auprès des marchés, de CamboSix [une société de paris sur le football au Cambodge] et des casinos", détaille Cheam Yeap.

En outre, souligne-t-il, "le Parlement autorise le gouvernement à échanger jusqu'à 200 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) (1 DTS équivaut à 1,49 dollar) auprès de pays [membres du FMI] en vue de l'aider à atteindre l'équilibre budgétaire". Les subventions s'inscrivent aussi en positif, fait-il valoir.

Plus de 137 millions de dollars pour la Défense nationale
Sans surprise, Cheam Yeap fait le lien entre le conflit frontalier qui oppose le Cambodge à la Thaïlande depuis le 15 juillet dernier et l'inflation du budget de l'armée. Celui-ci enregistre ainsi une hausse de 68% en un an, s'établissant à plus de 137 millions de dollars contre seulement un peu plus de 81 millions de dollars en 2008.

Depuis dix ans, le ministère de la Défense nationale voyait ses crédits fondre au soleil tandis que ses équipements et munitions se détériorent sous l'effet corrosif du temps et que ses officiers prennent de l'âge. "Il est nécessaire de les faire partir à la retraite et de recruter notamment de jeunes volontaires, ainsi que de renouveler notre stock d'armements à un moment où le pays est en situation d'insécurité avec l'intrusion sur notre territoire de troupes armées thaïlandaises", justifie Cheam Yeap. Il demandera par ailleurs, ajoute-t-il, en sa qualité de président de la 2e commission parlementaire, au président de l'Assemblée nationale et aux députés d'accorder au chef du gouvernement le droit de renforcer les forces de l'ordre afin d'y faire régner la discipline.

Napoléon cité en exemple
Ces crédits supplémentaires octroyés à l'armée serviront tout d'abord à augmenter les soldes des militaires, à prendre en charge leurs familles et à entreprendre la construction de nouvelles casernes. "Nous devons ensuite réserver un budget pour la formation des militaires aux tactiques de combat et à l'utilisation de nouvelles armes. Je vous renvoie à la devise du fin stratège Napoléon : 'Pour avoir la paix, il faut préparer la guerre' ["Si vis pacem, para bellum", en réalité une maxime romaine - NDLR]. Cela ne signifie pas qu'il faille envahir d'autres pays comme l'a fait la Thaïlande mais bien préparer et discipliner son armée. Si notre armée est puissante, on n'osera pas nous agresser. Et ce travail s'effectue étape par étape...", énonce doctement Cheam Yeap.

Enfin, rappelle-t-il, le Premier ministre peut, sur sa proposition et en cas de nécessité, mobiliser les réserves budgétaires de l'Etat pour les injecter dans l'armée, au nom de la défense et de la sécurité nationales. En attendant qu'une telle éventualité ne se produise, la réforme militaire initiée dès le deuxième mandat se poursuit, avec notamment la démobilisation de milliers de soldats.

L'inflation de l'équipe gouvernementale, un poids en plus ?
Le gouvernement du quatrième mandat (2008-2013) a bien gonflé ses effectifs, fort aujourd'hui de plus de 400 ministres d'Etat, ministres, secrétaires d'Etat, sous-secrétaires d'Etat (ces derniers ne sont pas considérés officiellement comme "membres du gouvernement") contre seulement un peu plus de 300 lors du précédent mandat. Là encore, Cheam Yeap endosse infatigablement les habits d'avocat du Premier ministre Hun Sen qu'il n'hésite pas à comparer à "un capitaine d'équipe de football qui a besoin de pouvoir se reposer sur une équipe toujours plus performante".

"Il a réfléchi à deux fois avant de sélectionner des personnes compétentes qui l'ont aidé à décrocher 90 sièges de députés. Quoi qu'il en soit, les raisons de l'augmentation du budget ne sont pas à chercher du côté de l'inflation de l'équipe gouvernementale, tranche Cheam Yeap. La hausse de leurs indemnités et des frais de mission, ainsi que des primes auxquelles ils peuvent prétendre, ne compte pas pour beaucoup", développe-t-il, avant de citer de nouveau un proverbe, français : "Tout travail mérite salaire".

Un forum de discussions avant l'adoption du texte fin novembre
Sur une proposition de l'organisation locale NGO Forum on Cambodia, soumise le 27 octobre au président de la chambre basse, un forum devrait se tenir le 20 novembre à l'Hémicycle, au cours duquel représentants du gouvernement, dont le ministre de l'Economie Keat Chhon, de la société civile, de la communauté internationale, députés et sénateurs passeront au crible le projet de budget 2009.

"Souvent, dans les pays étrangers, les projets de loi de finances sont diffusés largement afin de recueillir des avis extérieurs et de s'assurer d'une participation tant de la société civile que du secteur privé. Cela n'a pas encore vraiment été fait au Cambodge, mais nous avons finalement tout de même pu y avoir accès et, avec l'aide d'experts, nous avons commencé à éplucher chapitre après chapitre le nouveau budget. Quand nous en aurons terminé, nous élaborerons des recommandations", explique Ngy San, directeur exécutif adjoint de NGO Forum, qui se refuse à commenter la hausse du budget national tant que son minutieux examen n'a pas touché à sa fin.

 


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Du salaire du Premier ministre à celui des sous-secrétaires d'Etat

L'élu PPC Cheam Yeap a accepté de révéler le montant des salaires accordés, officiellement, aux plus hauts fonctionnaires de l'Etat (le taux dollar/riels utilisé ci-dessous à titre indicatif est de 4 100 riels pour 1 US dollar) :
- Premier ministre : 2,8 millions de riels (682 USD)
Vice-Premier ministre : 2,6 millions de riels (634 USD)
Ministre d'Etat : 2,1 millions de riels (512 USD)
- Ministre : 2,1 riels (512 USD)
- Secrétaire d'Etat : 1,75 million de riels (426 USD)
- Sous-secrétaire d'Etat (ne sont pas considérés comme "membre du gouvernement") : 1,45 million de riels (353 USD)
Les conseillers du gouvernement ou du Premier ministre avec rang de ministre d'Etat, les ministres et secrétaires d'Etat reçoivent le même salaire que les ministres d'Etat et ministres en fonction.



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