 Prasat Preah Vihear (Preah Vihear, Cambodge), le 21 juillet 2008. Membre de la Police militaire sur le site du temple © John Vink / Magnum
Du classement du temple de Preah Vihear sur la liste du Patrimoine mondial à la remise en liberté provisoire de Born Samnang et Sok Sam Oeun, retour sur le second semestre de l'année 2008 au Cambodge, dans le deuxième volet de la rétrospective de Ka-set consacrée à l'actualité du Cambodge en 2008. Six mois marqués tout d'abord par les élections législatives et la confirmation de la suprématie électorale du Parti du peuple cambodgien au pouvoir, et hantés par le conflit frontalier avec la Thaïlande.
JUILLET : Preah Vihear et élections 7 : Après de multiples rebondissements et malgré les tensions avec son voisin thaïlandais, qui a finalement retiré son soutien à la candidature du Cambodge, ce dernier obtient l'inscription du temple de Preah Vihear sur la liste du Patrimoine mondial. Une décision du Comité du patrimoine mondial, réuni à Québec (Canada), assortie d'un appel au Cambodge à collaborer avec la Thaïlande en vue d'une nouvelle "inscription transfrontalière" de la zone, destinée à assurer la conservation de la totalité de ce site "d'une valeur exceptionnelle". 
Phnom Penh (Cambodge), le 14 juillet 2008. Au stade Olympique, célébration de l'inscription du temple de Preah Vihear sur la liste du Patrimoine mondial © John Vink / Magnum
11 : Un journaliste d'un quotidien d'opposition, Moneakseka khmer (La Conscience khmère), et son fils sont assassinés à Phnom Penh. Le meurtre de Khem Sambo, qui intervient en pleine campagne électorale, est perçu comme "un message adressé à l'opposition, surtout au Parti Sam Rainsy", déplore ce dernier. Cet assassinat est condamné de toutes parts.

Phnom Penh (Cambodge), le 13 juillet 2008. Funérailles de Khem Sambo, journaliste tué avec son fils le 11 juillet © John Vink / Magnum
15 : Un conflit frontalier s'ouvre entre le Cambodge et la Thaïlande. Malgré l'inscription en début de mois du temple de Preah Vihear sur la liste du patrimoine mondial, trois Thaïlandais escaladent dans la nuit de lundi 14 à mardi 15 juillet la barrière sise sur la frontière entre les deux pays en vue de gagner le temple de Preah Vihear pour y accrocher des drapeaux aux couleurs de leur pays. Ils sont arrêtés par les autorités cambodgiennes pour violation du territoire cambodgien. Depuis le 22 juin, le Cambodge maintient fermé le poste-frontière de Preah Vihear, une précaution prise pour contenir d'éventuels débordements populaires thaïlandais à la suite de la tenue de manifestations de ce côté de la frontière. En milieu de journée, une quarantaine de militaires thaïlandais armés pénètrent à leur tour le territoire khmer tandis que d'autres forces armées thaïlandaises sont déployées le long de la frontière, faisant face à leurs collègues cambodgiens déjà en poste. Chaque partie renforce ses effectifs dans ce qui sera le début d'un long bras de fer...
Prasat Preah Vihear (Preah Vihear, Cambodge), le 21 juillet 2008. Membre de la Police militaire sur le site du temple © John Vink / Magnum
17 : Le Cambodge reste dans la liste des "pays les moins avancés" établie par l'Onu, révisée tous les trois ans par le Conseil économique et social, aux côtés de neuf autres pays d'Asie (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Maldives, Myanmar, Népal, République démocratique populaire lao, Timor-Leste et Yémen).
27 : Les élections législatives, qui voient s'affronter douze partis, se déroulent dans le calme. Les premiers résultats provisoires donnent sans surprise la victoire du Parti du peuple cambodgien (PPC) du Premier ministre Hun Sen. Le PPC caracolerait en tête mais sur fond de mécontentement lié à de nombreuses impossibilités de voter. Moins de violences, davantage de pression et intimidations, résume deux jours plus tard le Haut commissariat de l'Onu pour les droits de l'Homme.
Takmau (Kandal, Cambodge), le 27 juillet 2008. Le Premier ministre Hun Sen au vote dans sa circonscription © John Vink / Magnum
28 : Au lendemain du scrutin, l'opposition cambodgienne affiche un front uni face au PPC. Parti Sam Rainsy, Parti des droits de l'Homme, Parti Norodom Ranariddh et Funcinpec : les quatre formations d'opposition qui comptent au moins un représentant à l'Assemblée nationale appellent leurs compatriotes cambodgiens et la communauté internationale "à ne pas reconnaître les résultats des élections du 27 juillet".
Fin juillet : Les différends fonciers entre le Cambodge et la Thaïlande s'étendent. Des troupes thaïlandaises occupent les temples de Ta Moane, proches de leur frontière commune, dans la province cambodgienne d'Oddar Meanchey. La Thaïlande revendique la propriété de ces temples.
AOUT : Contestation post-électorale et tribunal khmer rouge
12 : PSR et PDH restent unis dans la contestation des résultats électoraux au Cambodge et annoncent leur intention de la porter notamment devant les Nations unies. 
Phnom Penh (Cambodge), le 8 août 2008. Conférence de presse pour contester les résultats des élections législatives, avec Sam Rainsy, Keat Sokhim (vice-président du Parti des droits de l'Homme) et Muth Chantha (Chef de cabinet de Norodom Ranariddh) © John Vink / Magnum 21 : Les co-procureurs des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) font appel de l'ordonnance de clôture des co-juges d'instruction, censée renvoyer l'ancien directeur du centre de détention S-21 devant la Chambre de première instance, pour être enfin jugé. Une décision qui empêche le premier procès des CETC de s'ouvrir en 2008 comme prévu. Les deux co-procureurs déplorent que cette ordonnance "n'inculpe pas Duch pour sa responsabilité, en tant que co-auteur, dans un nombre important de crimes qui se sont déroulés dans le cadre d'une entreprise criminelle commune à l'intérieur de S-21" et que l'ordonnance de clôture "omette d'inculper Duch sur la base du Code pénal cambodgien de 1956".
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 3 décembre 2007. Kang Guek Eav (Duch), devant les juges de la chambre préliminaire © John Vink / Magnum
SEPTEMBRE : Boeung Kak, Norodom Ranariddh, les USA et les droits de l'Homme
1er : Plus de cent riverains du lac Bœung Kak, situé dans la capitale du Cambodge, manifestent pour demander à la municipalité de mettre fin aux opérations de remblaiement du lac par la compagnie privée Shukaku Ltd ou de trouver de nouvelles solutions pour reloger les habitants. La société, qui a signé en février 2007 un accord avec le gouvernement, prévoyant un investissement de 79 millions de dollars dans un immense projet immobilier sur le lac Bœung Kak et les environs dans le cadre d'une concession de 99 ans sur cette zone, a commencé à remplir le lac le 26 août. 
Takmau (Kandal, Cambodge), le 17 septembre 2008. Des riverains du lac de Boeung Kak manifestent pour réclamer l'intervention du Premier ministre Hun Sen contre leur expulsion © John Vink / Magnum
2 : Les résultats officiels des législatives sont proclamés : Parti du Peuple Cambodgien (90 sièges), Parti Sam Rainsy (26 sièges), Parti des droits de l'Homme (3 sièges), Funcinpec (2 sièges) et Parti Norodom Ranariddh (2 sièges).
15 : Yash Ghai, le représentant spécial auprès du Secrétaire général pour les droits de l'Homme au Cambodge, jette l'éponge avant la fin de son mandat. Le juriste kenyan annonce avoir remis sa démission, avec un souhait : que son successeur reçoive, lui, le plein soutien du Conseil des droits de l'Homme, de la famille des Nations unies et de la communauté internationale. Au cours des trois ans écoulés, en tant que Représentant spécial des droits de l'Homme au Cambodge, Yash Ghai aura sans cesse ferraillé, par déclarations publiques et médias interposés, avec le Premier ministre Hun Sen. Son poste ne sera pas renouvelé comme il l'avait appelé. Le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies décidera fin septembre de nommer un Rapporteur spécial pour un an.
16 : Le Secrétaire d'Etat adjoint américain John D. Negroponte, en visite au Cambodge, annonce pour l'année 2008, une contribution "initiale" de 1,8 million de dollars de son pays à la partie internationale (Nations unies) des CETC. Malgré la levée en 2005 par le Congrès américain des restrictions budgétaires à une assistance des Etats-Unis au développement direct au Cambodge, l'organe législatif avait continué à poser comme condition à une éventuelle participation américaine l'assurance que le tribunal soit reconnu conforme aux "standards internationaux" et ne se résume pas à un simple "show". Ce don arrive à point nommé pour les CETC, toujours en quête d'argent pour boucler un budget revu à la hausse depuis les premières estimations officielles.
Phnom Penh (Cambodge), le 16 septembre 2008. John D. Negroponte, Secrétaire d'Etat adjoint des Etats-Unis © John Vink / Magnum
24 : La séance inaugurale de la quatrième législature à l'Assemblée nationale, présidée par le roi, comme la cérémonie de prestation de serment des députés au Palais royal, n'auront été entachées d'aucune anomalie, une fois n'est pas coutume. Le Premier ministre Hun Sen est renouvelé dans ses fonctions par le roi Sihamoni. Cette journée marque également le 15e anniversaire de la Constitution du Royaume du Cambodge.
 Phnom Penh (Cambodge), le 24 septembre 2008. Les députés nouvellement élus se dirigent vers le Palais royal © John Vink / Magnum 25 : Le nouveau gouvernement du Cambodge est validé. Seuls sept ministres de l'ancienne équipe n'ont pas retrouvé leurs noms dans la nouvelle liste.
Le roi Sihamoni gracie son demi-frère Norodom Ranariddh, sur une proposition du Premier ministre. Hun Sen avait donné le 17 son feu vert à un retour au pays du prince parce que son parti, le Parti Norodom Ranariddh (PNR), avait finalement reconnu les résultats des élections législatives et appelé à une formation rapide du gouvernement. Le prince Ranariddh s'était condamné à l'exil en février 2007, sous le coup d'une plainte pour abus de confiance dans le cadre de la vente du siège de l'ancien parti qu'il présidait, le Funcinpec. Il avait été condamné à une peine de prison de 18 mois, assortie d'une amende de 150 000 dollars. La nomination, début décembre, de Norodom Ranariddh à la tête du groupe du Conseil suprême du roi du Cambodge confirme son retrait de la vie politique, le prince ayant renoncé à la présidence de sa formation, le PNR, peu après son retour au Cambodge fin septembre.
OCTOBRE : Corruption, Reporters sans frontière et conflit khméro-thaïlandais
8 : L'organisation OSJI (Open Society Justice Initiative), l'un des principaux observateurs du tribunal khmer rouge, appelle les donateurs "à conditionner toute aide future au tribunal, de même que le versement des dons déjà promis, à une résolution sérieuse d'inquiétudes récurrentes au sujet d'allégations de corruption aux CETC et à la réponse du tribunal aux plaintes de corruption déposées". Elle avait été la première, en février 2007, à dénoncer l'obligation pour les Cambodgiens de reverser une partie de leurs salaires à des responsables du gouvernement afin d'obtenir des postes au tribunal.
15 : Un nouvel accrochage à la frontière khméro-thaïlandaise, près du temple de Preah Vihear, suscite la peur d'un conflit ouvert chez la population. L'échange de tirs fait trois morts côté cambodgien.
Prasat Preah Vihear (Preah Vihear, Cambodge), le 7 novembre 2008. Barbelés, le long du poste frontière avec la Thaïlande © John Vink / Magnum
24 : Le Cambodge dégringole dans le classement mondial de la liberté de la presse 2008 établi par l'organisation Reporters sans frontières (RSF). Il chute de la 85e à la 126e place (sur 173 pays), se retrouvant ex-aequo avec la Colombie. Le Cambodge obtient un mauvais score, explique RSF, "après l’assassinat d’un journaliste vraisemblablement commandité par un policier et un contrôle des médias renforcé, au moment des élections législatives".
NOVEMBRE : Hok Lundy, Gunnar Bergstrom et crise économique
7 : Le taux de croissance au Cambodge devrait se situer autour de 4,75 % en 2009, et atteindre son niveau le plus bas depuis 1993, selon les conclusions d'une mission d'économistes du Fonds monétaire international (FMI).
9 : Le numéro Un de la police cambodgienne, Hok Lundy, à ce poste depuis 1994, périt dans un crash d'hélicoptère alors qu'il rejoignait, depuis la capitale Phnom Penh, sa province natale de Svay Rieng, dans le Sud-Est du Cambodge. Un voyage qu'il effectuait à la suite de la commémoration du 55e anniversaire de l'indépendance du royaume.
15 : Trente ans plus tard, le Suédois Gunnar Bergstrom revient au Cambodge demander pardon. Après un voyage en août 1978 au pays des Khmers rouges, il était revenu plus que jamais acquis à la cause de ce régime, sans soupçonner une seconde la tragédie qui se jouait alors dans le petit royaume asiatique. Peu après, il devait réaliser sa méprise, avant de tourner la page.
DECEMBRE : Aide, budget, grippe aviaire et justice 5 : Au terme du Forum de développement et de coopération du Cambodge, le ministre de l'Economie et des Finances annonce que pays donateurs et organisations internationales ont promis de doter le royaume de près d'1 milliard de dollars pour l'année 2009. En tête des meilleurs "bienfaiteurs", la Chine, avec 257 millions de dollars, l'Union européenne, avec 214 millions de dollars, et le Japon, avec 113 millions de dollars. Autre victoire remportée par le Cambodge, le fait que les donateurs annoncent dorénavant leurs promesses d'aide non plus pour l'année à venir mais pour les 3 à 5 années qui suivent.
Phnom Penh (Cambodge), le 3 décembre 2008. Forum de développement et de coopération du Cambodge © John Vink / Magnum
8 : Les co-procureurs cambodgien et international des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) font état de leur "désaccord sur l'opportunité d'ouvrir de nouvelles enquêtes judiciaires dans le cadre de crimes commis dans divers endroits à travers le Cambodge par certaines personnes considérées comme hauts responsables du régime khmer rouge ou comme ayant eu une très grande responsabilité dans les crimes perpétrés sous ce régime". La population cambodgienne, et au premier plan les victimes, appellent à ce qu'ils ne soient pas seulement cinq anciens leaders et grands criminels khmers rouges à comparaître devant le tribunal internationalisé.
9 : L'Assemblée nationale adopte le budget national 2009, qui s'élève à plus de 1,8 milliard de dollars, soit une augmentation de 28% par rapport à 2008. Sur fond de crise frontalière avec la Thaïlande, le ministère de la Défense voit ses crédits alloués nettement renforcés - 160 millions de dollars - avec une hausse de son budget de 68,8%.
12 : Le cas d'un jeune Cambodgien contaminé par le virus de la grippe aviaire à la fin du mois de novembre 2008 est confirmé. Il sortira plus tard guéri de l'hôpital. C'est la huitième personne à avoir été contaminée par le virus de la grippe aviaire au Cambodge, depuis le 2 février 2005, date de la première communication des autorités cambodgiennes sur une contamination humaine par le H5N1. Aucun nouveau cas d'apparition du virus de la grippe aviaire n'avait été déclaré depuis le décès d'une adolescente en avril 2007.

Phnom Penh (Cambodge), le 11 novembre 2008. Campagne contre la grippe aviaire, durant la fête des eaux © John Vink / Magnum
18 : Le président du Parti des droits de l'Homme, Kem Sokha, convoque la presse pour tendre une main au Parti Sam Rainsy et annoncer que le moment est venu de concrétiser leur alliance, évoquée à maintes reprises dès le lendemain des élections législatives du 27 juillet.
 Phnom Penh (Cambodge), le 18 décembre 2008. Kem Sokha, président du Parti des droits l'Homme lors d'une conférence de presse © John Vink / Magnum 26 : Le roi-père, depuis sa résidence à Beijing, fait savoir dans un communiqué qu'il ne rentrera pas au Cambodge en février 2009 comme prévu, et ce pour des raisons de santé. Agé de 87 ans, Norodom Sihanouk est actuellement soigné pour son troisième cancer.
31 : Près de cinq ans après leur arrestation suivie de leur condamnation très controversée à 20 ans de prison pour le meurtre du charismatique leader syndical Chea Vichea, Born Samnang et Sok Sam Oeun sont remis en liberté provisoire sur décision de la Cour suprême du Cambodge. Leur dossier est renvoyé à la Cour d'appel, qui devra rouvrir une enquête. Un verdict que plusieurs organisations internationales, des droits de l'Homme et syndicales avaient appelé de leurs voeux, accentuant leur pression au cours des semaines précédentes, et qu'elles ont chaleureusement accueilli.

Phnom Penh (Cambodge), le 31 décembre 2008. Born Samnang, après l'audience devant la Cour suprême, qui a prononcé sa mise en liberté provisoire © John Vink / Magnum Le premier volet de cette rétrospective consacrée à l'actualité du Cambodge en 2008 a été publié le 1er janvier 2009
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