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Le vote des jeunes Cambodgiens : obstacles trop nombreux et discours pré-mâchés
Par Chheang Bopha   
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27-07-2008

Cambodge elections legislatives Jeunes listes - Jonh Vink
Takmau (Kandal), 27 juillet 2008. Démarches compliquées, enjeux flous, déplacements coûteux ou noms purement et simplement rayés des listes :
les jeunes citoyens n'ont pas vraiment eu le "vote facile"
© John Vink / Magnum

Avant même l'ouverture du bureau de vote, programmée à 7 heures, ce dimanche 27 juillet, ils sont déjà là à faire le pied de grue pour être parmi les premiers à avoir l'honneur de déposer leur bulletin dans l'urne : les électeurs inscrits dans le bureau de l'école de Trapeng Kong, à Kompong Speu, à 30 kilomètres de Phnom Penh, sont comme beaucoup de leurs concitoyens des lève-tôt en ce jour d'élections législatives. Parmi eux, de nombreux jeunes ont fait le déplacement, à moto ou à vélo, pour remplir leur devoir de citoyen au petit matin.  Un acte que la plupart justifie par des propos convenus : voter, c'est apporter sa pierre "au développement du pays", "à la construction de nouvelles infrastructures" et "à la paix", mais beaucoup plus rarement au "changement". Petit tour d'horizon auprès de ces jeunes Cambodgiens qui ont voté... ou qui auraient voulu le faire.


Des nouveaux inscrits
Rous Sam Oeun n'en est pas à sa première élection, mais de mémoire de chef de bureau de vote, il n'avait jamais vu autant de nouveaux inscrits sur les listes qu'en cette année 2008, et particulièrement des jeunes âgés de 18 à 35 ans. "Nous avons beaucoup de nouveaux électeurs et surtout des jeunes qui viennent tout juste d'atteindre la majorité", a-t-il constaté, à la lecture de la liste du bureau "0500" dont il a la charge dans l'école de Trapeng Kong. "En 2007 [lors des élections municipales], nous comptions 656 inscrits au total. Cette année, nous avons enregistré plus de 800 électeurs", souligne-t-il. Une augmentation qui a nécessité l'ouverture d'un "bureau jumeau", en face du sien.

Bun Nieng fait partie de ces électeurs fraîchement inscrits sur les listes et fiers de l'être. "Je veux voter parce que c'est très important pour le développement. J'ai voté pour que le futur gouvernement construise des routes, développe notre pays et préserve la paix", ânonne-t-il avec sérieux, avant d'enfourcher une rutilante moto.

Une leçon bien apprise
Filles ou garçons, 18 ou 25 ans : nombreux sont ceux qui récitent cette leçon bien apprise sans aller beaucoup plus loin. Le discours de Koy Molika, qui vient de franchir le cap des 18 ans, varie à peine : "Je voudrais un bon gouvernement, qui construise des écoles et contribue au développement", détaille-t-elle, pêle-mêle, avant de souligner qu'elle est venue voter seule sans y avoir été poussée par ses parents, mais après avoir entendu un appel du chef du village invitant les jeunes à se comporter en bons citoyens. A force de questions, elle finit tout de même par formuler un autre souhait, à l'intention des prochains gouvernants : "Ma mère est commerçante et la hausse des prix est terrible. Le gouvernement devra absolument résoudre le problème de l'inflation".

Les motivations affichées ne varient qu'à la marge : ainsi, un jeune ouvrier affirme qu'il a voté, pour la première fois, non seulement pour le développement, la paix et l'édification nationale, mais aussi "pour que l'on n'embauche plus seulement des filles dans les usines, mais aussi des garçons"... On est loin du "Grand soir".

Voter, ça coûte trop cher
Phany Khemrin, 20 ans, a encore l'index vierge, signe qu'il n'a pas voté [les votants devant tremper leur doigt dans de l'encre bleu indigo]. En ce dimanche électoral, il se promène nonchalamment dans un marché de la capitale. "J'aurais bien voulu voter, mais je n'ai pas suffisamment d'argent pour rentrer dans mon village d'origine, où je suis inscrit, dans la province de Banteay Meanchey [au nord-ouest du Cambodge], déplore le jeune homme. D'ailleurs, je ne sais même pas si mon nom figure sur les listes... Si on pouvait voter n'importe où, je voterais ! Mais là, il faudrait que je dépense 25 000 à 30 000 riels [6,25 à 7,5 dollars], rien que pour un aller simple !" Une somme qu'il n'était pas prêt à débourser.

D'autres jeunes, en revanche, ont fait le déplacement et les démarches nécessaires mais se sont vu refuser le droit de voter, relevait dimanche un observateur de l'organisation Comfrel. "On ne sait pas encore combien de jeunes n'ont pas voté ou n'ont pas pu le faire, mais nous avons déjà relevé une trentaine de cas de jeunes qui souhaitaient déposer leur bulletin et ne l'ont pas fait", soulignait-il dans la matinée. "Premièrement, nous avons constaté que beaucoup de jeunes hésitaient à rentrer dans leur province d'origine et n'ont finalement pas fait le déplacement faute d'argent. Ensuite, des jeunes sont bien allés voter, mais en arrivant dans le bureau de vote, ils n'ont pas trouvé leur nom sur les listes. Alors qu'ils avaient bien pu voter en 2007, pour les municipales, et qu'ils n'ont pas déménagé depuis, les autorités ont rayé leurs noms des listes !"

Le Parti des droits de l'Homme dépité
Un constat que Mao Veasna, président du mouvement des jeunes du parti des droits de l'Homme (PDH), dresse lui aussi, non sans amertume. "D'après nos estimations, entre 40 et 50 % de l'électorat est âgé de 18 à 35 ans. Mon parti avait donc choisi d'axer son programme spécialement en direction des jeunes. Et nous espérions qu'au moins 30% d'entre eux voteraient pour le PDH", rappelle-t-il. "Nous avons vu ce matin des jeunes rentrer chez eux sans avoir pu voter, parce que leur nom ne figurait plus sur la liste ! Puisqu'ils avaient pu voter en 2007, ils pensaient, selon toute logique, qu'ils seraient encore inscrits en 2008 ! D'autres jeunes ont bien trouvé leur nom, mais quand ils se sont apprêtés à voter, ils se sont aperçus que quelqu'un l'avait déjà fait à leur place !", énumère le jeune politicien. "C'est une grande perte pour le PDH. Les jeunes sont un grand espoir pour notre parti", se lamente-t-il, regrettant d'avoir appelé les jeunes à voter en omettant de les aider à vérifier leur présence sur les listes. "Nous aurions dû davantage les inciter à le faire..."

 

 


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