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| Tribunal khmer rouge : la représentation légale des victimes se renforce |
| Par Stephanie Gee | | | 28-05-2008 | | A ce jour, les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) chargées de juger les hauts responsables khmers rouges ont reçu plus de 1 500 plaintes de victimes et demandes de constitution de parties civiles, selon le porte-parole Reach Sambath. Dans le dossier 1, concernant l'ancien directeur du centre de détention Duch, cinq constitutions de parties civiles ont déjà été acceptées, et sept dans le dossier 2 regroupant les anciens hiérarques khmers rouges (Nuon Chea, Ieng Sary, Ieng Thirith et Khieu Samphan), précise le co-juge d'instruction Marcel Lemonde. Or, à l'heure actuelle, seuls cinq avocats cambodgiens et une avocate internationale ont commencé à représenter les parties civiles devant le tribunal. Une tâche cyclopéenne pour cette poignée de défenseurs, bientôt rejoints dans leur mission par l'association française Avocats sans frontières (ASF).
ASF vient en renfort Lors d'une mission en février au Cambodge, la responsable du projet Cambodge pour Avocats sans frontières France (lire ci-contre) a pris la mesure du vide existant concernant la défense des parties civiles. Dans la foulée, Me Martine Jacquin, forte de 35 ans de pratique, lançait sous le sceau de l'urgence le projet de mobiliser des avocats séniors français - opérant à titre quasi bénévole sous la bannière d'ASF - qui se succéderaient en alternance au Cambodge, aux côtés de jeunes confrères cambodgiens. Fin mai, le projet est à flot grâce à une subvention de plus de 143 000 euros accordée par l'ambassade de France, et un partenariat avec l'Association du Barreau cambodgien et l'ONG cambodgienne Adhoc.
Ce programme d’appui logistique et juridique bénéficiera en un an à environ 500 victimes, à travers 50 dossiers de parties civiles qui seront constituées. Martine Jacquin a déjà prêté serment, "dans une robe prêtée par le Barreau cambodgien" - et sept de ses confrères, tout aussi rompus qu’elle au droit romano-germanique - devraient en faire autant. De l’importance des parties civiles "Un procès équitable repose sur le principe du contradictoire avec le prévenu d’un côté et les parties civiles de l’autre. Ces dernières doivent donc bénéficier d’une représentation légale solide, assurée en partie, comme c’est le cas pour la défense, par des professionnels étrangers", martèle l'énergique avocate, rappelant qu'un procès sans partie civile "n'est pas chose normale" en France, en référence à la spécificité de ce tribunal internationalisé qui offre un mélange de common law (en vigueur dans les pays anglo-saxons) et de droit civil. "Cela compliquera peut-être un peu la procédure mais c'est indispensable. Certes, entre la participation de sept et de mille parties civiles, il y a un équilibre à trouver ! Mais comment sept personnes pourraient-elles porter à elles seules le drame de tout un peuple ?" Des avocats des parties civiles esseulés et surchargés Silke Studzinsky est à ce jour la seule avocate internationale déjà à pied d'oeuvre dans la représentation des parties civiles, aux côtés de cinq avocats cambodgiens (issus principalement de deux ONG locales d'aide juridique : Cambodian Defender Project et Legal Aid of Cambodia ). Et elle assure en parallèle des formations auprès de ses confrères cambodgiens engagés dans la même bataille. Attachée à l'ONG Adhoc comme "conseillère légale senior" dans le cadre du projet "Civil peace service" de l’organisation allemande de développement DED, Silke Studzinsky se montre intarissable quand on l'interroge sur les difficultés rencontrées dans son travail. Les problèmes d'ordre technique sont les premiers à lui venir à l'esprit. Rien d'étonnant à cela car au moment de l’interview, une coupure de courant paralysait les CETC. Là-bas, les défenseurs des victimes constituées en parties civiles disposent d’un local, "équipé de trois bureaux et de trois ordinateurs", ce qui réclame une judicieuse répartition des tâches, ironise l'Allemande. Ensuite, elle dit regretter "l’absence d’une bibliothèque" pour les aider dans leurs recherches. "Et quand nous avons besoin d’un dossier, nous devons obligatoirement nous rendre jusqu'aux CETC pour le consulter, qui ne sont pas tout près..."
Au tableau des récriminations, de nouvelles dispositions aux CETC qui obligent les défenseurs à soumettre tous leurs documents en khmer ainsi que dans au moins une des langues internationales en vigueur au tribunal, alors qu’ils ne peuvent s'appuyer sur aucun traducteur ou interprète, et à produire ces documents "dans de très courts délais". Au vu du faible nombre d'avocats en exercice du côté des parties civiles, "alors que les relations avec les victimes prennent du temps et sont coûteuses tant en argent qu’en ressources humaines", Silke Studzinsky (lire ci-contre) dresse le portrait d'un pool de défenseurs saturés de travail. La collecte des plaintes se poursuit Le Centre de documentation du Cambodge a en octobre 2007 transmis quelque 800 plaintes de victimes aux CETC. "Depuis, nous n’avons reçu aucun accusé réception du tribunal...", glisse, déconcerté, Dara Vanthan, le directeur adjoint de l’ONG. Une situation qui ne décourage pas ses équipes, qui continuent à travers le pays d’informer les victimes de leurs droits à participer au processus et de collecter les plaintes de celles qui veulent faire entendre leurs voix. A la fin du mois, une équipe rentrera de Pursat avec d’autres plaintes dans sa besace. Le DC-Cam n’entend fournir aucune représentation légale aux victimes, "ce rôle échouant à l’Unité des victimes", estime Dara Vanthan.
L'ONG Adhoc a pour sa part déjà recueilli 330 plaintes entre décembre 2007 et fin janvier 2008 dont 77 ont été envoyées aux co-juges d’instruction, précise Hisham Mousar, le responsable du programme relatif au tribunal khmer rouge. "Les autres, explique-t-il, toujours en cours d'examen, font l'objet d’un jeu de navette entre les bureaux de l’ONG et les titulaires des formulaires jusqu’à ce que les dossiers soient fin complets.
D'autres organisations locales se sont également lancées dans la quête des plaintes de victimes à travers le Cambodge (Centre pour le développement social, Khmer institute of democracy...), dont une majorité a choisi de s'en remettre au secrétariat du Chrac, un collectif regroupant une vingtaine d’ONG locales, qui concentre notamment les plaintes dans une banque de données afin d'éviter les doublons, et les envoie à la toute jeune Unité des victimes des CETC (lire ci-contre). |
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Pour en savoir plusDe l'action civile des victimes devant les CETC
Selon le règlement intérieur des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, le but de l'action civile des victimes est de "participer en soutien à l'accusation aux poursuites des personnes responsables d'un crime relevant de la compétence des CETC et de permettre aux victimes de demander réparations collectives et morales". Ces réparations, toujours en vertu de la règle 23, sont "prononcées contre le condamné et subies par lui personnellement" et peuvent prendre différentes formes, est-il détaillé : "la publication du jugement dans les journaux ou autre média aux frais du condamné ; le financement d'une activité ou d'un service non lucratif au profit des victimes ; d'autres formes appropriées et similaires de réparation". Une dernière formule assez vague pour ouvrir la porte à toutes sortes d'initiatives. Par ailleurs, une victime peut se constituer partie civile, par demande écrite, jusqu'à l'ouverture des audiences devant le Chambre de première instance. ASF : "Là où la défense n'a plus la parole" Avocats sans frontières veut "contribuer et promouvoir, en toute indépendance, à la réalisation d’une société plus juste, équitable et solidaire dans laquelle le droit et la justice sont au service des groupes et/ou individus les plus vulnérables", est-il expliqué sur son site. L’organisation internationale, créée en 1992 à Bruxelles (Belgique), est majoritairement composée d’avocats, de juristes et de magistrats. Son slogan : "Là où la défense n’a plus la parole". ASF a déjà mené une expérience similaire au Rwanda , où l’ONG a apporté sa pierre à une résolution équitable du contentieux du génocide. ASF France est présente depuis 2005 au Cambodge où elle forme de jeunes avocats, en accord avec le Barreau cambodgien et le ministère cambodgien de la Justice. Dans un deuxième temps, elle a mis en place un système d’assistance judiciaire auprès des tribunaux de province : 25 avocats ont ainsi été recrutés et aidés à s’installer dans les chefs-lieux du royaume. Pour devenir avocat étranger des parties civiles
Selon le règlement intérieur des CETC, un candidat étranger doit : être membre en exercice d'une organisation d'avocats agréée dans un Etat membre de l'Organisation des Nations unies, avoir un diplôme en droit ou une qualification juridique ou professionnelle équivalente, avoir au moins dix ans d'expérience en matière pénale, en tant qu'avocat, juge ou procureur, et avoir des compétences reconnues dans les domaines du droit pénal et de la procédure pénale au niveau international ou national, parler couramment khmer, français ou khmer, et s'être fait enregistrer auprès de l'Association du Barreau cambodgien. Un "oubli" dans le budget de départ Silke Studzinsky regrette que les frais de déplacement des avocats pour informer notamment leurs clients des parties civiles vivant en province de l'évolution de leur dossier ne soient pas pris en charge par les CETC, de même que les frais de déplacement et de logement de ces victimes participant à la procédure judiciaire, "au moins pour les plus indigents d'entre eux". L'avocate allemande, qui représente à ce jour onze victimes dont certaines n'ont pas encore été admises par les CETC, estime que cette situation est le résultat d'un oubli de départ. "Dans les premières heures de l’établissement des CETC, le premier budget soumis n’incluait pas les questions relatives aux parties civiles. Aussi l’Unité des victimes s’est-elle greffée plus tard à la structure et aucun budget n’a été prévu pour la représentation des victimes les plus pauvres, ce qui constitue la majorité d’entre eux." La jeune Unité des victimes
L'Unité des victimes a pris du retard, ne s'étant mise en route que depuis le début de l'année 2008, et souffre encore d'un manque de budget et de ressources humaines qui devraient cependant être bientôt pallié, assure celle qui en est à la tête, Keat Bophal. Le rôle attribué à ce département des CETC, résume dans les grandes lignes la responsable, est de viser les formulaires de plaintes et de demandes de constitution de partie civile des victimes, d'organiser le travail de sensibilisation auprès de la population et d'assurer la représentation légale de ceux qui veulent se constituer parties civiles. "Quand l'argent que nous attendons arrivera, une équipe légale sera mise sur pied", annonce Keat Bophal, l'aide juridique étant jusque-là fournie uniquement par des associations.
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