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Duch violemment pris à partie par les familles étrangères de suppliciés à S-21
Par Stéphanie Gée   
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17-08-2009

Martine Lefeuvre ©John Vink/Magnum

Kambol (Phnom Penh, Cambodge). 17 août 2009: Martine Lefeuvre, 57 ans, partie civile, épouse de Ouk Ket qui a été exécuté à S21, au 59e jour du procès de Kaing Guek Eav aux CETC
©John Vink/ Magnum

Lundi 17 août, les proches de victimes disparues à S-21, cette antichambre de la mort que dirigeait Duch, ont commencé à témoigner. Premières de ces parties civiles à comparaître, des étrangers : une Française et sa fille, puis un Néo-Zélandais, qui ont crié à la barre leur souffrance et leur dégoût de l'accusé. Ils ont donné la mesure de la destruction de leurs familles à jamais endeuillées. Face à leur colère, voire leur haine, l'accusé, enseveli sous la voix des victimes, a fait montre d'une grande sobriété dans ses prises de parole et adopté une attitude d'autoflagellation.


A la recherche d'un mari disparu

Mme Martine Lefeuvre a perdu à S-21 son mari, un ingénieur-diplomate cambodgien, dont elle a eu deux enfants. Cette Française, résidant au Mans, a convolé en noces en 1971 et suivi son époux Ouk Ket au Sénégal, où il avait été nommé troisième secrétaire. En avril 1977, celui-ci reçoit un avis du ministère des Affaires étrangères lui demandant de rentrer à Phnom Penh. Il s'y rend, sans sa famille, persuadé de participer à la reconstruction de son pays. Très vite, Mme Lefeuvre est sans nouvelles de lui. Elle commence alors à traquer toute information le concernant, allant frapper à toutes les portes, l'ambassade de Chine tout d'abord, son mari ayant séjourné auparavant à Pékin, Amnesty International, la Croix-rouge international. Elle va à la rencontre de délégations cambodgiennes avec cette obsession de retrouver la trace de son mari. En vain.

Le 25 décembre 1979, elle obtient, par l'Association des femmes khmères, de se rendre dans un camp de réfugiés en Thaïlande où, découvrant l'horreur de la situation de ces Cambodgiens meurtris et mal lotis, retrousse ses manches et les aide. Là, elle y retrouve un ami cambodgien qui lui annonce la nouvelle de la mort de son mari à S-21, dont il a retrouvé le nom dans les listes de prisonniers exécutés. Dans l'avion qui la ramène en France, elle décide de devenir infirmière - et passera l'année suivante le diplôme -, et se demande comment elle va expliquer à ses enfants de 4,5 ans et 7 ans qu'ils ne reverront plus ce père qu'ils réclament chaque jour. En 1991, elle retrouve au Cambodge sa belle-famille et, avec ses deux enfants, se rend à S-21. Dès leur arrivée, ils sont "pris par l'horreur" et commencent à scruter toutes les photographies qui sont alignées les unes à côté des autres pour y chercher le visage de l'être aimé. La tristesse et la colère se mélangent jusqu'à l'écœurement. La photo de Ouk Ket n'est pas accrochée aux murs, c'est dans les archives du musée qu'ils retrouveront sa trace. Mme Lefeuvre parle distinctement, prenant le temps d'égrener les mots choisis avec soin de cette déclaration qu'elle a préparée, elle raconte d'une voix déterminée.  

"Ket a dû passer de sales moments"
Sur Duch et Mam Nay, les responsables de S-21 dont elle découvre les noms dans les registres de S-21, elle déclare : "rien qu'à voir leur visage, je me dis que Ket a dû passer de sales moments". Dès ce moment, elle décide que de telles atrocités ne seront pas impunies, ne doivent pas rester impunies. Cette quinquagénaire qui lutte pour ne pas céder à l'émotion dresse dans le détail le portrait de son époux, lui redonne son humanité, pour qu'il ne se résume pas qu'à un nom. Puis elle imagine à voix haute ce qu'a pu être sa détention à S-21 durant six longs mois.  

Duch "aurait pu enrayer le processus d'extermination"

"La souffrance de Ket a été et est toujours notre souffrance. Et loin de s'estomper avec le temps, je peux vous dire qu'elle est de plus en plus prégnante. C'est comme un écran géant qu'on aurait trop près du visage. A ce jour, nous n'avons toujours pas de corps, pas de restitution de corps, nous n'avons pas eu de sépulture pour Ket, je n'ai pas de papiers des autorités cambodgiennes et le résultat pour moi est une faillite humaine totale. Je suis donc venue devant ce tribunal pour demander justice, justice de ce crime barbare, pour qu'on prenne enfin en considération la souffrance de Ket et de tous les autres Cambodgiens [...] et qu'ils prennent aussi en considération la souffrance des survivants. Je suis aussi venue devant vous afin de restaurer la dignité de Ket, bafouée à S-21, celle de notre famille cambodgienne et française. Et je suis venue aussi rafraîchir la mémoire à quelqu'un d'amnésique. L'instigateur de ces tueries est un intellectuel qui aurait pu enrayer le processus d'extermination. [...] Il a fait torturer et assassiner 17 000 personnes [...] et, pour moi, il aurait dû se supprimer parce que s'il avait peur de mourir, ce n'était pas une raison pour continuer de torturer et d'assassiner. [...] Avait-il oublié ce professeur de mathématiques de réfléchir, pour se gorger de sang, de cris des suppliciés, de cadavres, pendant neuf ans ? Si ça ne s'appelle pas s'éclater dans un sale boulot, dites-moi à quoi ça ressemble ! [...] La mort des autres était sa nourriture quotidienne."

Duch, cantonnier à S-21 et à Chhoeung Ek

Son discours, qui trahit une grande force de caractère, est sans concessions. "On ne doit pas porter plus d'intérêt à cette personne [Duch] qu'aux victimes. Car, actuellement, les bourreaux continuent de côtoyer les victimes et c'est très dommageable pour les secondes. J'aimerais qu'il soit interdit aux bourreaux de récupérer toute source de profit en rapport avec les exactions commises et les faits commis de 1975 à 1979. Que les confessions, les photographies ou les livres écrits par ceux ayant participé à ces massacres soient remis à des instances cambodgiennes et internationales. Et je verrais très bien le cas n°1 [Duch] travailler comme cantonnier sur les sites de de Chhoeung Ek et de S-21 afin que ce soit des endroits dignes. J'y ai vu des papiers, des cannettes, je trouve que ce n'est pas propre. J'attends également du tribunal un impact pédagogique sur la jeune génération afin qu'elle intègre bien que ce sont des Khmers qui ont tué des Khmers. Et qu'il n'y a pas de place pour le négationnisme. [...] La descendance de Ket [...] a besoin de se réconcilier avec la partie khmère de son histoire familiale et ce n'est pas à S-21 ni à Chhoeung Ek que c'est possible de le faire." Mme Lefeuvre suggère la création d'une médiathèque khmère et francophone qui porterait le nom de Ouk Ket, là où il a vécu les 23 premières années de sa vie. "C'est en pariant sur l'éducation et la culture que notre chagrin pourrait s'apaiser et que la dignité de Ket ainsi que des autres Cambodgiens victimes de ce régime sanguinaire sera restaurée."

Pas de pardon pour l'heure

Cette souffrance au quotidien, qui lui a déjà valu deux ulcères, est palpable sous cette fermeté qu'elle veut conserver lors de sa déposition. Peut-elle pardonner ? Pour l'instant, non. "Le pardon est un processus. Déjà il faut retrouver les gens qui ont fait ça, ensuite il y a un jugement puis, il y a réparation. Nous n'avons pas été réparés, nous sommes des pantins. Ce qui a été fait à Ket, nous le ressentons dans nos corps, dans nos esprits. [...] Peut-être dans 30 ans ? Peut-être faudra-t-il autant de temps pour pardonner que le temps que nous avons mis à trouver la vérité ?" "Ils ont bousillé notre vie !", articule la partie civile avec difficulté. "Et c'est impardonnable !"

Des témoignages pour l'histoire, selon Duch

Duch, appelé à faire des observations, fait court. Il reconnaît ce témoignage comme "une vérité historique qui restera à jamais". "Une fleur peut s'épanouir et faner mais la vérité ne peut jamais changer. Et les souffrances du peuple cambodgien sous le régime khmer rouge comprennent les souffrances endurées par vos proches, c'est quelque chose qui ne peut pas être oublié." L'accusé rappelle alors qu'il ne cherchera pas à échapper à ses responsabilités et que la nation cambodgienne peut le blâmer, le maudire, le punir, il s'en remet à sa volonté. Et à nouveau, il demande pardon.  

Une fille à jamais brisée

La fille de Mme Lefeuvre succède à sa mère à la barre. Ouk Neary, 34 ans, a peu connu son père, et pourtant elle porte tout autant le fardeau de sa disparition dans des conditions atroces. L'élégante jeune femme commence par un hommage à son paternel, suivi de la projection de photos de famille. Son témoignage s'obscurcit quand elle évoque le "choc de sa vie" : la visite du musée de Tuol Sleng en 1991. Elle a alors 16 ans. Les salles de détention, les instruments de torture, les photos d'horreur qui l'ont traumatisée. Elle décrit tout, avec une mémoire intacte. Ces images la hantent depuis. Ce jour-là, tout a basculé dans sa vie. "Si je vous décris S-21 à ce point, c'est parce que c'est ce jour-là que la graine de poison s'est posée en moi. Et je n'ai jamais cessé de chercher depuis ce jour pour savoir ce qui s'était passé." Elle choisira même de suivre une filière linguistique dans le seul but de pouvoir mener des recherches sur son père. Elle opte comme sujet de mémoire pour la mise sur microfilms par l'université de Yale de documents de S-21 mais sera dissuadée de poursuivre ses travaux sous des menaces anonymes. En plein milieu d'une phrase, elle est interrompue par le président qui, maladroit, décrète la pause-déjeuner.

Une descente aux enfers

Toutes les tortures pratiquées sur les détenus de S-21 qu'elle découvre au fur et à mesure de ses recherches, jusqu'aux autopsies conduites pour des expériences anatomiques, font monter en elle le dégoût, reprend Ouk Neary en début d'après-midi. "J'ai, moi, vécu un handicap invisible, une agonie psychique, une descente aux enfers quand j'ai découvert tout ceci." Elle évoque ainsi les pulsions suicidaires dont elle a souffert. Le champ d'exécution Chhoeung Ek, où elle est retournée en février, elle l'évoque comme "le pire endroit que j'ai côtoyé au monde parce qu'il me salit encore les pieds de l'injustice maîtresse qui y règne". Alors qu'elle décrit le lieu, sa voix s'étrangle. "Chhoeung Ek a érodé ma confiance en moi !"  

17 000 raisons de donner la peine maximale

Elle ne peut plus ravaler ses larmes mais ne s'interrompt pas. "J'ai passé ma vie à essayer de me rapprocher de la vérité, de la vérité que l'accusé pense détenir et que moi je n'avais pas. [...] J'ai voulu savoir quelle était mon histoire, quelle était la vérité. Et cette quête, je l'ai réalisée toute seule, et je ne la dois qu'à moi-même ! [...] Depuis le début, on demande aux témoins s'ils connaissent l'accusé. Je tiens à préciser que c'est l'accusé qui ne me connaît pas mais moi j'ai appris à le connaître car cela fait quelques mois que je vous observe. Toutefois, j'en connais suffisamment pour dire à l'accusé qu'il ne m'intéresse pas ! Et que je dispose ou non des aveux de mon père, je les lui rends, j'espère qu'il coulera avec ! En tant que Cambodgienne, son côté obséquieux ne parvient pas à dissimuler auprès de moi la brute cynique et sanguinaire que je connais. En tant que Française, l'accusé se donne des responsabilités sans jamais se salir les mains, en évoquant son accord de principe, dit-il. Il oublie de corriger qu'il n'avait pas alors un travail comme objectif mais une sale besogne savamment mûrie par d'autres. Et en ce qui me concerne, je trouve que c'est la honte de la race humaine. Il n'y a pas eu 17 000 victimes de la part de l'accusé mais 17 000 raisons d'avoir la peine maximale !"

Témoigner pour revivre

Ouk Neary cite un extrait de la préface du livre de Vann Nath, Dans l'enfer de Tuol Sleng, rédigée par le réalisateur Rithy Panh : "Plus on vieillit, plus l'histoire du génocide revient d'une manière insidieuse comme un poison distillé dans notre corps chaque jour à petite dose. La seule manière de revivre, c'est témoigner". Depuis février, elle a commencé un travail de deuil, glisse-t-elle, ajoutant comprendre "le souci de verbalisation au Cambodge aujourd'hui". 

 

Ouk Neary ©Stéphanie Gée
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 17 août 2009. Ouk Neary, fille de Martine Lefeuvre et Ouk Ket
©Stéphanie Gée



Duch maintient la ligne de conduite qu'il semble s'être donnée, se tenant sur la réserve. "Son témoignage [de Ouk Neary] revêt une importance historique pour la génération à venir, pour ne pas oublier cette tragédie et ne pas permettre que de tels crimes se produisent à l'avenir."

Un frère écrasé, une famille néo-zélandaise détruite

Le Néo-Zélandais Robert Hamill, 45 ans, a, lui, perdu un frère, Kerry, à S-21. Le voilier dans lequel ce dernier s'était embarqué avec des amis s'est retrouvé en 1978 dans les eaux cambodgiennes où il fut pris dans les tirs d'un vaisseau cambodgien. Les occupants sont arrêtés et envoyés dans le centre de détention administré par Duch. "Il ne fait aucun doute que Kerry a souffert au-delà de l'imaginable." Robert Hamill est venu avec une photo de son frère, un jeune homme souriant. Il le décrit comme un pilier de la famille, qui n'aura pas été dépourvu d'humour jusqu'à la fin. Il en cite des exemples : Dans sa confession retrouvée à S-21, Kerry a été obligé d'admettre qu'il était un agent de la CIA, mais a écrit que le colonel Sanders, le fondateur de la chaîne de restauration rapide KFC, était l'un de ses supérieurs, a donné le numéro de téléphone de sa famille comme numéro de standard de la CIA, etc. Il parvient même à glisser le nom de leur mère, déformée, qu'il présente comme son instructeur. "C'est comme si, quelle que soit l'issue, il devait avoir le dernier mot", commente le frère éploré.

Robert Hamill invoque l'importance de la famille, qui vit au gré des bonheurs et des malheurs de chacun de ses membres. Et la souffrance de Kerry est devenue celle des autres jusqu'à destructurer cette famille de quatre enfants, harmonieuse et heureuse. L'émotion l'envahit, l'anéantit. Une pause salvatrice est réclamée par son avocat.

Quand Duch a tué un frère, il en a tué un autre

Quand son frère a disparu, Robert Hamill avait 14 ans. C'est seulement deux ans plus tard que sa famille apprend la fin tragique de Kerry, dans un article de journal. Personne ne les a prévenus. C'est l'écroulement. Pas une noyade ou un accident mortel mais "une mort par torture", martèle, avec rage, la partie civile. L'impact sur la famille est violent et multiple. Tout d'abord, cet autre frère John, qui, plusieurs mois plus tard, se jettera du haut d'une falaise par désespoir et son enterrement auquel le père ne participera pas, plongé dans un coma. Des parents qui ne savent pas comment faire face au chagrin et masquent leur affliction dans les médicaments... Les sanglots éclatent à chaque phrase. "Duch, quand vous avez tué mon frère Kerry, vous avez aussi tué mon frère John ! L'effet de ces deux pertes dévastatrices est tout simplement impossible à mesurer !" Robert n'a jamais vu sa mère pleurer mais elle s'est consumée, affaiblie par la maladie, puis la dépression et s'est arrêtée de vivre. Malgré tout, elle ne s'opposera pas à la traversée à la rame de l'Atlantique par Robert, avec tous les dangers que l'aventure comporte. Elle est morte en 2003 avant de voir quiconque tenu responsable pour la mort de son fils, regrette son fils. Quant à son père, il a "perdu la capacité de fonctionner". 

 

Robert Hamill ©Stéphanie Gée
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 17 août 2009. Robert Hamill a perdu son frère, Kerry Hamill, victime de tortures à S-21
©Stéphanie Gée



Le Néo-Zélandais parle avec générosité de toute sa famille, membre après membre, et de ceux qui ont compté dans la vie de Kerry. Comme la fiancée de son frère, qui ne s'est jamais mariée, ou encore la soeur du Britannique John Dewhirst, compagnon de voyage de Kerry, qui a également échoué à S-21. Il veut montrer l'étendue des dégâts causés par la disparition de son frère. Robert Hamill se met complètement à nu, il ne retient rien. "Le temps est un guérisseur très très lent...", lâche-t-il.

A l'accusé de porter le fardeau

La partie civile interpelle alors l'accusé, le nommant par son nom. "Duch", un nom que les Françaises qui se sont exprimé avant le Néo-Zélandais n'ont pu ou pas voulu prononcer. La rage monte alors chez Robert Hamill. "Duch, il y a des moments où j'ai voulu vous écraser, pour reprendre vos mots, de la même manière que vous avez écrasé tant d'autres. Je vous ai imaginé les chevilles entravées, affamé, fouetté, frappé brutalement, BRUTALEMENT. Je vous ai imaginé [...] être forcé de manger vos propres excréments, vous noyer et votre gorge tranchée. J'ai voulu que ce soit votre expérience, votre réalité, j'ai voulu que vous souffriez de la même façon que vous avez fait souffrir [mon frère] Kerry et tant d'autres. Cependant, si une partie de moi ressent cela, j'essaie de tourner la page. Et cette procédure y participe, merci pour cela. Aujourd'hui, dans le prétoire, je  vous envoie le poids écrasant de ces émotions : la colère, le chagrin et la douleur. Et je place cette charge émotionnelle sur votre tête. C'est vous qui avez créé ce fardeau, que personne ne mérite, c'est vous qui devriez le porter et non pas les familles des gens que vous avez tués. Désormais, je ne ressens rien pour vous. Pour moi, au vu de ce que vous avez fait, vous ne faites plus partie de l'humanité. Si jamais il doit résulter quelque chose de ce procès et de ma déclaration faite au nom de ceux que j'aime, que ce soit le fait que le monde prenne conscience du mal qui peut se produire quand personne ne fait rien et que ne rien faire n'est pas une option."

La reconnaissance de Duch : une "contribution petite mais importante"

Et s'adressant à nouveau à l'accusé, cette fois-ci sur un ton plus apaisé : "Je suis en colère, au-delà des mots, contre vous et ce que vous avez fait mais je reconnais et respecte que vous plaidiez coupable. Votre reconnaissance est une contribution petite mais importante pour redresser les torts que vous avez causés. Ceux qui ne plaident pas coupables méritent bien sûr doublement notre haine et notre raillerie."

 

Kerry Hamill ©Stéphanie Gée
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 17 août 2009. Photographie de Kerry Hamill, projetée sur les écrans des CETC
©Stéphanie Gée



"Je me demande, Duch, pensez-vous à quelque chose que vous pourriez concrètement faire pour aider les victimes, notamment ma famille ?" "Je ne suis pas à même d'aider qui que ce soit à ce stade, lui répond l'accusé. Le mieux que je puisse faire, je l'ai déjà fait dans le cas de Vorn Vet. Je me suis incliné devant lui et il m'a traité d'assassin, alors qu'on l'emmenait. [...]"

Duch ne se soustraira pas à l'ire de ses pairs, promet-il

L'accusé est invité à présenter ses observations. "Deux personnes sont mortes à S-21 et deux familles ont souffert, l'une en Angleterre, l'autre en Nouvelle-Zélande. La souffrance du peuple cambodgien est elle aussi immense. [...] En tant que directeur de S-21, je porte cette responsabilité et je souhaiterais donner l'occasion aux victimes et aux survivants de me pointer du doigt, et je n'en serai pas offensé, ceci est votre droit, et je l'accepterai avec le respect qui vous est dû. En tant que directeur de S-21, j'ai dit à maintes reprises à la Chambre que même si on me lapidait à mort, je ne dirai rien et je n'aurai pas l'intention de me suicider. [...] Je suis plein de remords et je parle ici du fond du coeur." Duch sera resté impassible toute cette journée d'audience. Et discret.

Chams - CETC - Duch ©John Vink/ Magnum
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 17 août 2009. Une importante communauté de Chams a rendu visite à la cour au 59e jour du procès de Duch aux CETC
©John Vink/ Magnum

 


Le débat sur les constitutions de parties civiles reporté
Sur les 20 parties civiles qui devaient être entendues, a récapitulé la défense, deux d'entre elles ont renoncé à leur demande d'audition tout en maintenant leur constitution de partie civile. La défense émet des réserves sur le bien-fondé de certaines de ces constitutions et relèvent l'absence de preuves d'un lien de parenté entre la victime représentée et la partie civile dans le cadre de 23 des 93 parties civiles existantes. La Chambre a annoncé qu'elle ne tranchera pas pour l'heure sur la recevabilité de la constitution de certaines parties civiles.

 


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3 Commentaire
Par Pierre-Yves Clais 2009-08-20 11:14:43
J'ai longtemps été perplexe vis à vis de ce procès dispendieux, parcellaire, tronqué, injuste, qui a soigneusement ignoré nombre de personnalités impliquées ainsi que l'influence de certains pays étrangers pendant et après le génocide Khmer rouge, mais là, force est de reconnaître que des choses fortes ont été dites, elles illustrent et marqueront l'histoire !
Par descamps 2009-08-25 20:18:48
Le 1er gouvernement étranger responsable de l'implantation des khmers rouges au Cambodge est la Chine.Le second pays responsable est le Vietnam du Nord et ses vietcongs sans lesquels les khmers rouges n'auraient pas pu remporter la victoire sur Lon Nol.
Je n'ose évoquer le soutien des intellectuels de gauche français qui aprè avoir soutenu la désastreuse et criminelle révolution culturelle chinoise ( 20 millions de morts!) se sont ensuite précipités, Jean Lacouture en tête, pour soutenir le régime des Khmers rouges.
Par Poupou en Guyane 2009-08-31 08:29:42
Les Khmers Rouges n'auraient pas pu remporter de victoire sur les soldats de Lon Nol ! Mouahahaha ! Vous avez oublié une armée en déroute ainsi que les généraux corrompus... Y a-ti-l eu des grandes batailles pour ouvrir la route de Phnom Pehn aux KR ?

Tiens, donc, les Etats Unis, qui ont généreusement déversé des milliers de tonnes de bombes sur les campagnes cambodgiens...ils n'y sont pour rien, eux ? Qui a permis que Lon Nol prenne le pouvoir au Cambodge ?
Votre point de vue partiale de l'histoire est aussi coupable que l'opinion de la gauche de ces années là. Eux, au moins, ils n'en savaient rien. Je vous rappelle que même dans les familles cambodgiennes nous ne savions pas l'ampleur de la situation jusqu'à l'arrivée des premiers réfugiés.
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