
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 27 fevrier 2009. Me Sa Sovan, co-défenseur de Khieu Samphan, lors de la conference de presse suivant l'audience de la Chambre préliminaire aux CETC ©John Vink/ Magnum La Chambre préliminaire du tribunal khmer rouge devait examiner, vendredi 27 février, un appel de Khieu Samphan, l'ancien président du Kampuchea démocratique, contre son maintien en détention provisoire. Avec un retard d'une heure, annoncé la veille et réclamé par la défense. Raison avancée : l'avion du co-avocat international de Khieu Samphan, Me Vergès, n'atterrissait à l'aéroport de Pochentong, à Phnom Penh, qu'à 9 heures. L'audience s'ouvre ainsi à 10 heures... mais point d'avocat français côté défense, et son client qui demande un report.
"La situation est inattendue", explique alors le co-avocat cambodgien de Khieu Samphan, Me Sa Sovan, précisant que son collègue a été retenu, pour rester auprès d'un proche hospitalisé en urgence - on apprendra plus tard qu'il s'agit de son chef de cabinet - qui serait entre la vie et la mort. Et il remet à la cour un certificat médical. Il poursuit : il n'a pu saisir la cour de ce dernier épisode, ayant été lui-même averti par son collègue la veille en fin d'après-midi, "soit trop tard pour alerter le tribunal", et même son client n'en a été informé que trente minutes avant le début de l'audience. Présentant ses excuses aux parties présentes, il demande à son tour un report au 3 avril. "Nous avons seulement été informés, hier, d'un retard d'une heure de l'audience. Alors où se trouve le co-avocat international ?", interroge, agacé de ce contre-temps, le substitut du procureur, le Belge Vincent de Wilde d'Estmael. "A Paris, au chevet d'un proche hospitalisé", répond fermement Me Sovan. Le substitut du procureur fait alors part de sa surprise, questionnant la gravité de l'état du malade, qui aurait effectué une chute dans les escaliers qui lui aurait valu une fracture du col du fémur. "Est-ce que cette raison était réellement suffisante pour empêcher [Me Vergès] d'être présent aujourd'hui ?" Peu après, Me Sovan invite magistrats et avocats à une discussion "entre hommes de loi" et à ne pas utiliser le tribunal pour parler de questions de vengeance, prenant soin de rappeler qu'il avait, lui aussi, perdu des proches sous les Khmers rouges, à savoir "cinquante membres de [sa] famille". Il fait en outre valoir le déséquilibre des forces en présence. "En face de moi, les avocats des parties civiles sont en grand nombre alors que je suis tout seul !" "Cela ne va pas, reprendra-t-il plus tard lors d'un point presse. Et leur nombre devrait augmenter à l'avenir... J'ai l'impression d'être un voleur !" Après avoir délibéré à huis clos, les juges ont décidé d'accepter un report d'audience au 3 avril. Une annonce qui a suscité des réactions de lassitude dans la salle. "A ce rythme, le tribunal est parti pour durer vingt ans !", pestait une victime tandis qu'un journaliste ironisait sur le fait que la défense sortait gagnante de tous les scénarios. "La cour accepte leur requête, la défense gagne ainsi du temps ; la cour refusait, cela aurait donné l'occasion à la défense de faire un scandale !" Me Ny Chandy, un des avocats des parties civiles, a noté dans un point presse que ce n'était pas là le premier report d'audience réclamé par les avocats de Khieu Samphan, et dit vouloir croire qu'ils cesseraient à l'avenir, sans quoi les parties civiles appelleraient la cour à poursuivre la procédure, co-avocat international présent ou pas.
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