
Koh Sla (Kampot, Cambodge), 10 mai 2007. De l'utilité insoupçonnée des plantes... ©John Vink / Magnum En quelques mois, le petit bureau situé au cœur du laboratoire de botanique de la faculté des sciences de l'Université royale de Phnom Penh (URPP) a changé de physionomie : il est désormais équipé d'un ordinateur, d'une connexion internet et de casiers flambant neuf qui abritent aujourd'hui l'herbier national du Cambodge. Un projet parmi d'autres - création d'un master international sur la biodiversité végétale tropicale, colloque sur la flore de la région, prospection dans les forêts des Cardamomes - développé dans le cadre du programme Sud Expert Plantes (SEP) de la coopération française dont l'objectif est de contribuer à l'amélioration des connaissances et à la valorisation de la diversité biologique dans 22 pays du Sud, dont le Cambodge. Revue de programme, avec l'assistant technique du laboratoire de botanique en charge de la mise en place de SEP Cambodge, Loïc Cecilio.
De la "vieille école" aux nouvelles techniques "C'est vrai qu'un herbier, ça fait un peu 'vieille école'", admet Loïc Cecilio, devant une pile de "planches" poussiéreuses entassées sur des étagères, comportant chacune des échantillons de plantes séchées et référencées, qui devront être soigneusement triées avant d'entrer officiellement dans l'herbier national du Cambodge. Un brin surannée en apparence, la constitution d'un herbier s'avère indispensable pour mieux connaître l'évolution des espèces et disposer d'une "mémoire" des plantes, répertoriées par famille, lieu et date de collecte, explique le jeune assistant technique. L'herbier cambodgien, sous ses faux airs rétro, s'est mis au goût du jour : les coordonnées des sites de collectes des échantillons sont désormais établies par GPS tandis que des analyses ADN sont réalisées sur les plantes recueillies, via des laboratoires à l'étranger. Les techniques ont un peu changé, mais le but reste le même : donner accès à des botanistes à des milliers d'échantillons qu'ils peuvent retrouver en un clin d'œil, pourvu qu'ils se rendent au laboratoire de botanique de l'URPP. Progressivement, le laboratoire se dote des équipements nécessaires : outils de séchage, congélateur pour stériliser les échantillons, base de données informatique… Mais l'équipe d'enseignants du petit laboratoire cambodgien et la chef de projet cambodgienne Mme Yok Lin, vice-doyenne de la faculté des sciences de l'URPP, ne sont pas tout seuls pour effectuer cette lourde tâche. Ils bénéficient d'un réseau de partenaires, dont des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, l'Institut de recherche pour le développement (IRD), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Désormais outil de référence, l'herbier du Cambodge, appuyé par le Fonds de solidarité prioritaire (FSP) français Sud Expert Plantes est tout d'abord constitué des planches existantes, collectées au fil des ans par les enseignants et les élèves. L'essentiel de la collection établie avant le régime khmer rouge ayant été détruit, certains échantillons, stockés en double au Muséum national d'histoire naturelle à Paris, seront rapatriés au Cambodge pour compléter ce fonds. Et des collaborations avec l'herbier de la Faculté de pharmacie sont prévues, en plus de nouvelles opérations de collecte sur le terrain, sur le massif des Cardamomes. "L'intérêt des projets soutenus par SEP est de contribuer à fédérer et unifier les différentes initiatives, affirme Loïc Cecilio. Si plusieurs herbiers se constituent parallèlement, il y a concurrence entre les deux et deux fois plus de collectes. Or le but n'est pas de déboiser mais de se doter d'un outil fonctionnel de référence à destination des chercheurs." Des synergies régionales et internationales "Fédérer les initiatives" : tel est en effet l'un des credo affichés par le FSP SEP qui, sur une durée de cinq ans, entend pérenniser les différents projets dans lequel il intervient. Trois composantes principales ont été retenues, au Cambodge comme dans les 21 autres pays avec lesquels la France collabore dans ce cadre : "formation et échanges scientifiques", "appui aux institutions et aux réseaux" et "appui à la recherche". L'aide apportée pour la constitution de l'herbier national s'inscrit ainsi dans le second volet. Le but est de rendre autonome, tant techniquement que financièrement (par la recherche de subventions et de partenariats, par exemple), la structure cambodgienne qui le gérera au sein du laboratoire de botanique, d'ici à 2011. "Un des points importants du projet est de susciter un réel intérêt des différents acteurs et non pas uniquement une simple approbation de principe, souligne l'assistant technique français. L'idée est de s'inscrire dans une démarche pédagogique et d'intervenir en appui au sein même des institutions existantes. Il ne s'agit pas qu'au terme des cinq ans tout s'arrête parce qu'il n'y a plus d'argent." Le programme SEP, financé par le ministère français des Affaires étrangères et mis en place par l'IRD en partenariat avec le Cirad, le Muséum national d'histoire naturelle de Paris et le CNRS, tente aussi et surtout de favoriser les "synergies" régionales, en coordonnant des projets communs entre le Laos, le Vietnam et le Cambodge, telle la mise en place d'un outil informatique pour l'identification des bambous d'Indochine, avec le même souci de mutualiser les compétences. Former, préserver et mettre en valeur Dans la même logique de pérennisation et de coopération internationale, et dans le cadre de la composante formation, un partenariat inter-universitaire entre trois établissements français, l'URPP et des universités des 21 autres pays du Sud participant à SEP, a été initié, avec pour objectif la création d'une filière francophone universitaire internationale en "biodiversité végétale tropicale", à laquelle pourront participer élèves et enseignants cambodgiens. L'accent est mis pour le moment sur la formation de formateurs : l'enseignant cambodgien Ly Viboth a ainsi suivi une première formation en France durant le mois de septembre. A court terme, est également prévue une formation à l'utilisation de bases de données, en novembre, avant la tenue d'un colloque international sur la flore du Cambodge, du Laos et du Vietnam, à Phnom Penh du 8 au 14 décembre. Au-delà de l'intérêt scientifique de la démarche, l'enjeu est écologique et économique : d'une meilleure connaissance des espèces végétales dépendra aussi leur conservation et leur éventuelle mise en valeur économique. |