
Phnom Penh (Cambodge), le 28 avril 2009. Sam Ang Manin, lauréate d'un concours international de science ©Vandy Rattana "J'ai battu une Américaine !" Sam Ang Manin, une Phnompenhoise tout juste âgée de 16 ans, n'en revient toujours pas : son projet de production de biocarburant à base d'huile de jatropha lui a valu une médaille d'or au concours international de scientifiques en herbe I-Sweeep 2009, quand un projet identique d'une lycéenne des Etats-unis n'a été récompensé "que" d'une médaille d'argent. La jeune Cambodgienne a d'autant plus de raisons d'être fière qu'elle a décroché, par la même occasion, une bourse d'études et un prix spécial d'une entreprise américaine, et a donc fait encore mieux qu'une précédente lauréate cambodgienne, médaillée d'argent dans la même catégorie "Energie Senior" de ce concours en 2008, pour son diesel de noix de coco.
Triplé gagnant A trois reprises, Sam Ang Manin aura entendu son nom retentir dans la grande salle du Conventional Hall de Houston, au Texas, où est organisé chaque année le concours I-Sweeep, une olympiade internationale sur l'énergie, la mécanique et l'environnement destinée à repérer et récompenser les graines de génies scientifiques du monde entier. La jeune Cambodgienne est d'abord montée sur le podium à l'appel du jury de l'Université Fatih qui lui a attribué une bourse pour financer quatre années de frais de scolarité et étudier une discipline scientifique dans cet établissement supérieur turc. Elle a ensuite été appelée pour recevoir une médaille d'or dans la catégorie du concours I-Sweeep dédiée aux énergies nouvelles - médaille assortie d'un chèque de 1 000 dollars. Enfin, Manin aura su convaincre une entreprise privée, Ege Construction, qui comptait parmi les sponsors de l'événement et lui a remis son prix spécial consacré aux "Solutions innovantes dans le domaine de l'énergie". "Quand j'ai reçu la première récompense, il n'y a pas eu beaucoup d'applaudissements, car très peu de Cambodgien étaient présents, raconte avec malice cette bonne élève d'un lycée privée de Phnom Penh. Mais quand j'ai été appelée pour recevoir mon deuxième puis mon troisième prix, tout le monde, y compris les participants de différents pays, s'est montré très enthousiaste !" C'est que, si les médaillés sont légions dans ce concours (dans la catégorie Energie Senior de Manin, huit autres lycéens ont reçu une médaille d'or), aucun autre participant n'a eu l'honneur d'être récompensé trois fois. Une acharnée du travail De retour à Phnom Penh, Manin savoure d'autant plus sa victoire qu'elle a bien failli tout abandonner, à moins de deux semaines de son départ pour la capitale du Texas. Elle avait beau passer des nuits entières à plancher sur son projet, sauter des repas, se priver de tout loisir, rien n'y faisait : sa formule de biocarburant à base de graines de jatropha ne fonctionnait pas... A tel point que, dix jours avant le concours, la jeune femme était à deux doigts de demander l'annulation de son inscription, se souvient sa mère, Heng Chanlida, médecin à Phnom Penh. Eurêka ! Ses efforts ont fini par payer, au grand soulagement de ses parents... "Je planchais sur ce projet depuis près de trois mois et durant toute cette période j'ai connu aussi bien des échecs que des victoires, raconte Manin, les yeux rieurs derrière de discrètes lunettes. Les formules que j'avais trouvées sur Internet étaient incomplètes. Il fallait chercher ici et là les éléments... Pour réussir mon biocarburant, j'ai mélangé ensemble différentes formules, j'ai travaillé patiemment et sérieusement et j'ai demandé quelques conseils à mon professeur de chimie au lycée." La jeune scientifique s'est aussi fabriqué ses propres outils et ustensiles de laboratoire, aidée dans leur réalisation par son père et son oncle. Si à Phnom Penh Manin pouvait compter sur un soutien familial sans faille, la lycéenne a en revanche défendu seule son projet lors des olympiades texanes, aux côtés de 1 200 participants venus de soixante pays et devant pas moins de 216 membres de jurys, représentants des universités et des entreprises américaines et étrangères. Durant six heures, elle a tenu son stand, prête à répondre au tac-au-tac aux juges qui souhaitaient l'interroger. "Ils pouvaient venir individuellement ou en groupe de deux à quatre personnes, pour poser des questions, relate-t-elle avec émotion, comme si elle y était encore. Je disposais à chaque fois de sept à dix minutes pour présenter mon projet. Puis ils posaient librement des questions, pendant vingt à trente minutes !"
Un procédé bien huilé Mais pour Manin, le plus dur était déjà fait : "J'avais vraiment confiance en moi car mon projet était très clair et précis. Pendant mes trois mois de recherche, j'ai compris aussi bien ce qui échouait que ce qui se révélait gagnant", souligne-t-elle. La lycéenne n'a donc eu aucun mal à expliquer par le menu sa recette de biocarburant, dont elle produit un litre pour trois kilos de graines de jatropha. L'ensemble du processus, qui implique de transformer les graines en huile, lui prend tout de même entre trois et cinq jours, au terme desquels elle obtient une solution encore relativement visqueuse qu'elle doit couper avec une quantité équivalente de gazole traditionnel, comme cela est souvent le cas pour les biocarburants oléagineux (issus d'huiles végétales) afin de pouvoir l'utiliser sur un moteur diesel ordinaire. "Si j'ai l'occasion de continuer à effectuer des recherches sur cela, j'espère parvenir à réduire l'apport de gazole [apport qui représente généralement 10 à 30% dans ce type de carburant - NDLR]" La jeune femme qui réclamait, enfant, des histoires de robots et de mondes étranges et qui fait aujourd'hui la joie de sa mère, fière que sa fille soit reconnue pour son intellect plutôt que "pour ses bijoux et ses vêtements", se dit prête désormais à explorer le monde : elle poursuivra ses études à l'étranger, soit en Turquie soit aux Etats-Unis. Sans pour autant oublier le Cambodge dont elle veut porter haut les couleurs hors des frontières khmères, tient-elle à préciser. Elle aimerait aussi que sa triple victoire fasse des émules parmi ses jeunes compatriotes. "Si nous ne faisons aucun effort, nous n'atteindrons jamais notre but", conclut-elle, sentencieuse.
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