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L'Asean, une planche de salut pour l'industrie de la confection textile au Cambodge ?
Par Ros Dina et Stéphanie Gée   
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12-01-2009

Transport - Cambodge © Vandy Rattana

Kompong Som (Cambodge), le 4 juillet 2008. Camion en route vers le port à conteneurs de Sihanoukville
© Vandy Rattana

La casse aura été limitée en 2008. La production d'articles textiles au Cambodge a en effet fait mentir les pronostics alarmants, en enregistrant une baisse de seulement 2%, qui fait suite à une hausse de 15 à 20% les années précédentes, selon les chiffres du ministère du Commerce. Des résultats qui rassurent Van Sou Ieng, le président de l'Association des employeurs de la confection textile au Cambodge (Gmac). "Si en 2009, la progression pouvait être la même, alors ça irait !", a-t-il ainsi lâché, sans vouloir déborder d'optimisme, à la 26e réunion du conseil de la Fédération des industries textiles de l'Asean (Aftex), qui s'est tenue le 7 janvier à Phnom Penh. La crise financière internationale oblige ce secteur à repenser sa stratégie et à l'inscrire davantage dans le cadre d'une pleine coopération avec les autres pays membres de l'Asean.

 

Le couteau sous la gorge
Au Cambodge, déjà une vingtaine d'usines, sur les quelque 400 existantes, ont dû fermer récemment, faute de commandes, et dans les mois à venir, d'autres devraient à leur tour mettre la clé sous la porte, a prévenu Van Sou Ieng. Le ralentissement de l'économie américaine, qui absorbait jusque-là les deux tiers des exportations textiles cambodgiennes, se traduit non seulement par une baisse de la demande mais aussi par des exigences revues à la hausse d'une clientèle qui opte pour le moins cher.  

En plébiscitant des rabais importants, obligeant, selon l'indéboulonnable patron des patrons du textile cambodgien, les usines à produire à perte, les acheteurs acculent ces dernières à déclarer faillite ou à se soumettre à leurs nouvelles conditions le temps qu'une reprise s'annonce. Mais voilà, a fait observer Van Sou Ieng, les usines ne peuvent pas avoir accès à des prêts bancaires, et toutes ne possèdent pas de liquidités en réserve suffisante. D'où son idée que les clients, en échange d'un prix d'achat défavorable au producteur, octroient à ce dernier des prêts pour lui permettre de tenir. Car, a-t-il poursuivi, "il faut bien réfléchir : ordonner la cessation de ses activités a un coût ! Il faut calculer si on perd plus à fermer qu'à produire pendant un temps à perte"...

Des changements à initier
Les périodes de crise rappellent aux industries la nécessité de diversifier leurs niches. En décembre, une délégation des patrons de l'industrie de la confection textile cambodgienne s'est, dans cet objectif, rendue au Japon. Le processus est lancé mais s'annonce "très lent", selon Van Sou Ieng.  

"Les Japonais sont intéressés de venir acheter au Cambodge mais ils trouvent la qualité de nos articles encore insuffisante. Leurs commandes portent ainsi sur de très petites quantités mais de grande qualité. Ils prônent par exemple le placement d'un contremaître à la tête de dix ouvriers quand nous en avons un seul chapeautant une équipe de vingt ouvriers... En augmenter le nombre a un coût et, de surcroît, les syndicats du personnel sont opposés à une telle réforme. Des représentants syndicaux nous ont accompagnés au Japon et ont compris que ce n'était pas une exigence émanant du patronat mais des clients", a précisé le président du Gmac.

Et pour maintenir les parts de marché obtenus aux Etats-Unis, a-t-il fait valoir, le patronat poursuit un lobbying actif auprès du gouvernement américain en vue d'obtenir la suppression des tarifs douaniers, faisant valoir que le Cambodge figure dans la liste des pays les moins avancés. Une démarche qui consiste également à rappeler l'Oncle Sam à ses engagements, formulés lors du cycle de Doha sur le développement, à savoir favoriser l'accès aux marchés des pays développés pour les produits des pays en développement.

Accélérer la mise en place d'un marché économique de l'Asean
L'industrie textile et de la confection textile figure au rang des secteurs prioritaires que l'Asean entend promouvoir. Pour le ministre cambodgien du Commerce, Cham Prasidh, le seul moyen pour les pays membres de l'Asean de survivre à la crise financière mondiale est d'agir et de parler "d'une seule voix", ce qui passe notamment par une harmonisation des standards dans l'industrie textile et de procédures d'import-export facilitées dans la zone.

"Dans un contexte de prix élevés du pétrole (il est redescendu mais il remontera...) et de l'alimentation, les gens comme les marchandises voyagent moins loin. Au lieu de chercher des marchés à plus de 10 000 kilomètres, il faut prospecter dans un périmètre plus proche, et explorer les marchés japonais, coréen, chinois, australien, peut-être aussi indien...", a suggéré le ministre.

"Nous ne devons pas nous battre entre nous mais plutôt essayer de sécuriser de meilleures positions auprès de nos voisins dans l'Asean", et développer les échanges intra-Asean, a exhorté Cham Prasidh, soulignant que, seuls, les pays de l'Asean n'avaient pas les moyens de rivaliser avec des gros calibres comme la Chine et l'Inde. Cham Prasidh a ainsi mis en avant la complémentarité des Etats membres de l'Asean, qui rassemblent à eux tous l'ensemble des maillons de la chaîne de production dans le secteur textile.

Un label Asean
Les producteurs de tissus comme l'Indonésie ou les Philippines pourraient ainsi vendre à des pays comme le Cambodge et le Laos, spécialisés, eux, dans la confection de vêtements, et bénéficiant de tarifs douaniers avantageux sur certains marchés de pays développés en raison de leur statut de pays en développement. On obtiendrait au final des produits 100% "made in Asean".

"Les acheteurs doivent comprendre que nous venons de l'Asean et négocions comme un seul bloc. Les hauts responsables économiques de l'Asean ont à maintes reprises exprimé leur désir de lancer et promouvoir une marque Asean. Pouvons-nous le faire ? Vendre nos produits sous un même label, une même origine, l'Asean ? Cela nous rendrait plus compétitifs... Un pays seul ne peut pas y arriver mais plusieurs pays ensemble, oui !", a estimé le ministre cambodgien du Commerce, ajoutant que cette stratégie permettrait de réduire leur dépendance envers les acheteurs externes et par conséquent de les rendre plus imperméables aux chocs extérieurs. D'autres ont plaidé dans le même esprit pour la création d'une ligne de mode propre à l'Asean.

Une coopération économique en marche
"Si nous pouvons acheter les tissus auprès d'autres pays de l'Asean, nous serons plus vite livrés et pour un coût moindre et donc nos produits seront moins chers, et nous pourrons répondre plus vite aux commandes", a fait valoir Van Sou Ieng en écho, ajoutant que certains clients exigeaient du Cambodge d'acheter sa matière première dans un pays de l'Asean.

Déjà, certains pays de l'Asean ont passé entre eux des accords bilatéraux pour lever les taxes d'importation sur certains de leurs produits et réduire les démarches administratives aux frontières. A terme, plus d'un rêve d'établir en Asie du Sud-Est un marché unique avec libre circulation des produits textiles et de la confection textile, sur le modèle du marché européen.

Entre autres dispositions régionales sur lesquelles les membres de l'Aftex se sont déjà entendus, une coopération en matière d'échange d'informations - l'Aftex s'est déjà dotée d'un site internet pour mieux se faire connaître, présentant un état des lieux de l'industrie textile de chacun de ses membres - et une coopération en matière de formation des ressources humaines, a rappelé le président sortant de l'Aftex, le Vietnamien Le Quoc An, à qui succède Van Sou Ieng.

A terme, l'Aftex souhaite devenir l'un des leaders mondiaux dans ce secteur.  

 


L'Aftex : courte présentation

La Fédération des industries textiles de l'Asean (Aftex) a été créée en 1977 par les syndicats du textile et de la confection textile des six membres de l'Asean d'alors, rejoints ensuite par le Cambodge, le Laos, le Vietnam et Myanmar quand ils ont intégré à leur tour l'Asean.

Depuis trente ans, ses membres se rencontrent régulièrement pour discuter de stratégies et de projets intéressant l'Asean avec comme objectifs de défendre une position commune en matière de politiques commerciales internationales, de promouvoir le commerce entre eux, ainsi que l'industrie textile sur le marché mondial.

Depuis 2008, cette structure s'est dotée d'un Secrétaire général permanent, une réorganisation décidée au lendemain de l'abolition des quotas textiles en janvier 2005.

Son site internet : www.aftex1.org

 


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1 Commentaire
Par Ka-set 2009-01-13 16:50:10
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