
Chom Chao (Cambodge), le 6 octobre 2008. Depuis plusieurs mois, les clients se font plus rares à Phnom Penh, plus particulièrement à la veille de la Fête des eaux © John Vink / Magnum Alors que la Fête des eaux s'ouvre pour trois jours de festivités qui vont drainer des milliers de provinciaux dans la capitale Phnom Penh, les affaires des commerçants se portent mal depuis plusieurs mois. Pourtant, clament-ils, cette période est habituellement propice aux achats. La crise avec la Thaïlande n'est pas pour booster les commandes, avancent certains, plusieurs de leurs gros clients dans les provinces frontalières ayant depuis préféré mettre entre parenthèses leurs activités commerciales. Petit tour d'horizon.
Sinistrose sur les marchés Channy se morfond devant son échoppe de moustiquaires qu'elle tient depuis dix-huit ans au Marché olympique. "On ne peut pas dire que je vende grand-chose ! Les clients de province se sont comme évaporés cette année! Peut-être les gens ont-ils peur de dépenser leur argent en ce moment...", tente-t-elle de s'expliquer. Il est 14 heures, et les allées du marché restent désespérément désertes. Les vendeurs tuent le temps en bavardant entre eux. Be Vouch Shaing, bien calé derrière sa pile de vêtements, dit en perdre son pâli. "Je n'ai jamais vu ça ! Tous les ans, quand la Fête des eaux approche, on fait pourtant un très bon chiffre d'affaires. Regardez mes stocks ! Ils n'ont pas diminué de volume !" Ce désarroi des commerçants se retrouve d'un marché à l'autre dans la capitale. Si la clientèle cambodgienne ne se bouscule pas, les touristes font également défaut. "Novembre a toujours été un bon mois, mais cette année : rien! Peu de touristes franchissent le seuil de notre marché", se désole Sok Eng, qui s'est spécialisée dans les souvenirs au marché Toul Tompong. Mêmes complaintes au marché O'Russei. Les poissons séchés de Chheng ne trouvent plus preneurs depuis les élections législatives de juillet. "J 'en vendais avant 200 kilos par jour contre seulement 10 kilos maintenant ! Vous imaginez ? J'attends de voir mais je ne sais pas dans quoi je pourrais me reconvertir!", maugrée-t-elle. A qui la faute ? Alors chacun avance des raisons à cette morosité. La bijoutière Laing du marché Toul Toumpong verrait bien dans la crise financière qui agite actuellement les Etats-Unis la coupable de ses malheurs. "Les années passées, j'écoulais bien mes bijoux dès le mois de septembre. Là, on est déjà en novembre, et il n'y a toujours pas de reprise de la consommation ! Si ça continue, je ne sais pas ce que je vais faire... mais je ne sais que vendre des bijoux !", se désespère-t-elle à son tour. Au Marché central, les conversations entre commerçants sur l'avenir de leurs affaires vont également bon train. Les plantes de Meng sont pour la première fois depuis 1989 boudées par la clientèle. "Peut-être que les gens ne veulent pas dépenser leur argent dans des choses superficielles alors que l'inflation a déjà bien entamé leur budget...", hasarde-t-elle devant des confrères qui acquiescent du chef. Inquiétudes sur fonds de crise financière Pour le président de l'Association économique du Cambodge, Chan Sophal, c'est la crainte que le pays perde sa stabilité politique qui freine la consommation au Cambodge. "Quand les gens ne sont pas rassurés, il ne dépensent pas et économisent par anticipation de temps plus difficiles à venir. Mais si la consommation domestique ne reprend pas, l'économie cambodgienne en fera les frais et pourrait s'effondrer", met-il en garde. Pour le directeur de l'Institut du Cambodge des études sur le développement, Kang Chandararoth, le conflit frontalier avec la Thaïlande n'aurait pas d'impact sur le niveau de consommation des Cambodgiens mais l'inflation galopante et la crise financière mondiale en revanche ont, selon lui, érodé le pouvoir d'achat et les gens regardent aujourd'hui à deux fois avant de faire une dépense.
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