Khmer
    Français


Vendredi 21 Novembre 2008
10:49 (Phnom Penh)
Advertisement
Ka-set est un site d'information indépendant mis à jour quotidiennement en français et en khmer sur le Cambodge et les Cambodgiens d'ailleurs.

Rendez-vous

Ceux Qui Marchent Debout (concert)
 → ven nov 21 @06:00 - :0900:
Danses Apsara
 → ven nov 21 @07:00 - :0800:
"Sauvez l'écosystème" (documentaires)
 → ven nov 21 @08:00 - :1000:
50e anniversaire d'Enfants du Mékong (Paris)
 → sam nov 22 - dim nov 23
L'oiseau de paradis
 → sam nov 22 @04:00 - :0531:

Alerte

Recevez les derniers articles par courriel
Cambodge-Thaïlande : malgré le conflit frontalier, les échanges agricoles vont bon train
Par Ros Dina   
Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
12-08-2008

Cambodge-Pailin-mais-agriculture© John Vink / Magnum
Pailin, le 19 janvier 2008. Cambodgiens et Thaïlandais espèrent bien poursuivre leurs échanges, alors que les récoltes de maïs s'annoncent plus abondantes encore que l'an dernier
©John Vink/ Magnum

Des deux côtés de la frontière khméro-thaïlandaise, ils vivent avec la peur de perdre leur gagne-pain. Malgré le déploiement de forces armées à Preah Vihear et en plusieurs points frontaliers, cultivateurs cambodgiens de maïs, à Païlin et Battambang, et commerçants thaïlandais, continuent de faire affaire ensemble. Au Cambodge comme en Thaïlande, nul n'aurait intérêt à voir disparaître un fructueux marché, alors que les premières récoltes de maïs, qui s'avèrent excellentes, s'achèvent tout juste. Depuis le début du mois de juillet jusqu'à aujourd'hui, au moins 500 000 tonnes de maïs ont déjà été acheminées de part et d'autre de la frontière, via la ville de Païlin au nord-ouest du Cambodge. Jour et nuit, des centaines de camions thaïlandais se relaient pour transporter la précieuse céréale, source d'enrichissement pour de nombreux Cambodgiens.

 

 

Un intérêt commun
"Bien que les militaires occupent le temple de Preah Vihear, les échanges frontaliers de maïs entre les commerçants thaïlandais et les paysans cambodgiens se poursuivent normalement", constate placidement Pov Ros, agriculteur et négociant de maïs à Païlin. Les tensions entre soldats laissent planer une menace dont on se passerait bien des deux côtés de la frontière, alors que les récoltes de maïs ont largement tenu leurs promesses. Le maïs abonde, tout autant que la demande. A tel point que les paysans khmers ne s'embêtent même plus à séparer les grains des rafles et vendent les épis entiers à leurs clients thaïlandais, afin de pouvoir replanter à temps dans la perspective d'une deuxième récolte tout aussi prometteuse.
Si la situation ne se détériore pas le long de la frontière, les bénéfices de la deuxième saison s'annoncent encore plus importants. "Normalement, au terme de la deuxième saison, 99% des paysans vendent uniquement les grains sans rafle car ils ont plus de temps et il pleut moins, ce qui leur permet de faire sécher facilement le maïs et de le vendre deux fois plus cher", explique Pov Ros. Un kilo de maïs frais en épis se vend aujourd'hui entre 5,7 et 6 bahts (0,17 et 0,18 dollars) contre 4 à 4,5 bahts (0,12 à 0,13 dollars) lors de la précédente récolte. Décortiqué et séché, le maïs en grain vaut deux fois plus, de 10 à 12 bahts (0,3 à 0,36 dollars) le kilo, ce qui laisse envisager de jolis profits pour les agriculteurs cambodgiens.

Bonne saison, bon prix
Une fois n'est pas coutume, Chhom Khoy, une agricultrice de l'arrondissement de Sala Khrao à la périphérie de la municipalité de Païlin, se dit très satisfaite de ses dernières récoltes, non seulement abondantes mais qu'elle a aussi et surtout réussi à écouler à bon prix. "Cette année, la culture du maïs a été vraiment bonne. Au moment des plantations, la pluie est bien tombée et lors des récoltes, il n'a pas plu, détaille-t-elle. Avec mon grand terrain d'une trentaine d'hectares, je devrais gagner entre 300 000 et 400 000 bahts (9 000 à 12 000 dollars), rien qu'avec la première récolte ! Et cela sans compter les revenus d'autres cultures que j'ai plantées sur ce terrain, comme le sésame, les haricots verts, auxquels s'ajouteront ceux de la deuxième saison de maïs, que je récolterai en décembre et janvier prochains !"

Tous les agriculteurs de son village n'ont pas d'aussi vastes terres, mais la plupart ont profité de cette excellente saison. "Tout le monde est content ici, se réjouit Chhom Khoy. Les paysans sont maintenant capables de s'acheter des biens dont ils avaient besoin : une moto neuve, une voiture, un motoculteur, un tracteur..."

Beaucoup d'agriculteurs de la région en ont par ailleurs profité pour apurer leurs dettes, ajoute la riche paysanne : "Ils ne doivent plus d'argent aux ONG, organismes de microfinance ou sociétés de vente de graines comme c'était le cas auparavant".

Et ce n'est pas Pov Ros qui la contredira : sur son terrain de 60 hectares, il a récolté quelque 360 tonnes de maïs, uniquement lors de la première saison. Au prix actuel du marché, il peut escompter près de 60 000 dollars de revenus. "Personne n'est perdant dans l'agriculture aujourd'hui. On peut obtenir au moins 50% de bénéfices sur le total, même avec l'augmentation du salaire des ouvriers agricoles journaliers, qui est passé de 40 à 60 bahts (1,2 à 1,8 dollars) par sac de 88 kilos, et celle du prix des graines et de l'essence", calcule l'agriculteur.

A Samlot, la ruée vers l'or vert reprend
Interrompus il y a deux semaines, alors que les tensions à Preah Vihear s'exacerbaient, les échanges entre Thaïlandais et Cambodgiens du district de Samlot (province de Battambang) ont repris, pour le grand bonheur des commerçants et agriculteurs du coin, dont 90% se sont convertis à la culture du maïs, attirés par une très forte demande thaïlandaise. "Si la situation reste calme, nous, les agriculteurs, allons pouvoir commencer à planter joyeusement ! s'enthousiasme Sokhom, agriculteur dans ce district. Et si la pluie est au rendez-vous, cela devrait nous rapporter beaucoup d'argent !" Sa première récolte lui a déjà permis d'écouler auprès des commerçants du royaume voisin près de 40 tonnes de maïs, cultivé sur un terrain de sept hectares.

Comme Sokhom, les agriculteurs du district de Samlot ont rapidement compris l'intérêt qu'ils avaient à cultiver du maïs. Ce district, avec ceux de Kamreang, Phnom Prek, Sampov Loun et Ratanak Mondul, compte parmi les principaux producteurs de maïs du Cambodge, souligne Cheam Chansophorn, directeur du département provincial de l'agriculture de Battambang. Dans cette province, la culture de maïs occupe désormais la seconde position, talonnant la riziculture. "Cette année la superficie des terres consacrées au maïs a augmenté de 50 000 hectares, ce qui devrait donner une production annuelle de 300 000 tonnes, sur deux récoltes", évalue le haut fonctionnaire.

A Pailin, le maïs en pole position
Dans la ville frontalière de Païlin, la vente de maïs à la Thaïlande est également devenue l'un des principaux moteurs économiques, constate Phann Pich, chef du département de l'agriculture de cette municipalité. Dans cet ancien fief khmer rouge, le maïs est désormais la première culture, devant le manioc, le sésame, le soja et les haricots verts. Chaque année, environ 200 000 tonnes de maïs sont exportées vers la Thaïlande. "La surface totale des cultures de maïs devrait couvrir cette année autour de 20 000 hectares. Dans un premier temps, en début d'année, avant la pluie des mangues en mars ou avril, les agriculteurs ont planté du maïs sur la moitié de leurs terres (soit un total de 10 000 hectares), le reste étant consacré aux autres cultures. Mais pour la deuxième saison, qui vient de commencer, ils ne plantent plus que du maïs !", relève Phann Pich.

Retour aux champs
Sur les 49 000 hectares de terres agricoles, selon le département de l'agriculture de Païlin, les nouvelles cultures de maïs et de produits hors riz destinés à l'exportation vers la Thaïlande se taillent la part belle : elles occupent 37 500 hectares contre 11 500 hectares de rizières. La superficie consacrée au manioc a ainsi doublé en quelques années, passant de 4 000 hectares en 2005 à 8 000 aujourd'hui. De même, le rendement a crû de 30 à 50 tonnes par hectare sur la même période, avec toutefois une seule récolte annuelle, affirme Pann Pich. Les vergers se comptent désormais par centaines d'hectares. Et les plantations d'hévéas se sont multipliées depuis 2006 dans l'ancienne zone khmère rouge : elles couvrent maintenant près de 1 000 hectares. "Les cultures autres que celle du riz ont littéralement explosé depuis 2004. Tant et si bien que certains commerçants ont quitté les marchés pour retourner aux champs ! observe le haut responsable. Aujourd'hui, des zones forestières qui étaient il y a encore peu les domaines du tigre et de l'éléphant sont devenues des terres agricoles…"

Outre l'impact négatif sur l'environnement, cette ruée vers l'or vert comporte un autre danger : elle accentue un peu plus la dépendance des agriculteurs cambodgiens à l'égard des compagnies thaïlandaises, dans un contexte d'instabilité. Sans la Thaïlande, les paysans khmers ne pourraient pas écouler leurs stocks, pas plus qu'ils ne pourraient planter leur maïs : les Cambodgiens dépensent chaque année plusieurs millions de bahts pour acheter des graines auprès du géant thaïlandais de l'agro-industrie, la compagnie CP. Pour Phann Pich, il serait donc urgent de lancer un programme étatique de recherche, afin de produire des semences au Cambodge.

Des exportations conditionnées à l'origine des graines
Chan Sarun, ministre cambodgien de l'Agriculture, reconnaît en effet que les paysans cambodgiens dépensent chaque année près de 100 millions de bahts (300 000 dollars) pour se procurer des graines auprès de la compagnie thaïlandaise CP. Mais, souligne-t-il, c'est la même société qui achète l'essentiel de la production cambodgienne à "un prix raisonnable". "Nous sommes conscients des difficultés que rencontrent les paysans durant la période des semailles, lorsqu'ils doivent acheter leurs graines en Thaïlande. Mais ensuite, la Thaïlande achète leur maïs. Si ce maïs n'était pas issu de graines thaïlandaises, les Thaïlandais ne nous l'achèteraient pas", déplore le ministre de l'Agriculture. Selon lui, des recherches ont déjà abouti à la création de semences hybrides, élaborées au Cambodge. "Mais lorsque nous plantons ces variétés, les commerçants voisins n'en veulent pas…"

Des produits à faible valeur ajoutée
Par ailleurs, se désole le chef du département de l'agriculture de Païlin, le Cambodge se prive d'une manne importante, faute d'usines de transformation, les Cambodgiens continuant d'exporter des produits bruts à faible valeur ajoutée. Une analyse que partage Sok Sina, économiste indépendant, qui déplore aussi cette "perte importante pour l'économie cambodgienne". Les usines de transformation sont rares : il en existe notamment dans la province de Kompong Cham, pour la farine de manioc ou le latex. A Païlin, où le maïs est pourtant roi, aucune installation agroindustrielle n'existe, reconnaît Chan Sarun.

Même les simples fours de séchage, qui permettent de faire grimper le prix du maïs de 5,5 bahts à près de 15 bahts le kilo, sont en nombre insuffisant. La ville de Païlin n'en compte que deux…  "Ce n'est pas assez pour satisfaire la demande. Nous cherchons donc à encourager le secteur privé à investir dans ces équipements mais les taux d'intérêt proposés par les banques, d'environ 3% par mois, sont encore trop élevés. Ce n'est pas rentable", souligne le ministre de l'Agriculture.

En attendant l'arrivée d'éventuels investisseurs agroindustriels, les paysans cambodgiens ont donc tout intérêt à poursuivre leurs échanges avec les sociétés thaïlandaises, qui sont elles-mêmes dépendantes de la production cambodgienne. Pour les zones frontalières des deux royaumes, une dégradation de la situation sur le plan militaire et diplomatique aurait des effets désastreux, comme l'a rappelé le Premier ministre cambodgien Hun Sen lors de sa première déclaration publique après un mois de silence durant la campagne électorale, devant des paysans de Kompong Speu, le 6 août. "Aujourd'hui, il faut poursuivre les échanges commerciaux et touristiques entre nos deux pays. Si nous boycottons les produits thaïlandais, ils en feront de même avec les nôtres. Et qui en mourra ? Les victimes seront les habitants de la frontière, a mis en garde le Premier ministre du Cambodge. Depuis que nous cultivons du maïs et des haricots pour les vendre aux Thaïlandais, la situation est meilleure. Si nous arrêtons de consommer des produits thaïlandais, les Thaïlandais arrêteront de consommer nos marchandises, et les deux pays seront perdants. Nous ne devons donc pas en faire nos ennemis mais plutôt nous efforcer de résoudre nos problèmes ensemble."

 

 


Cet e-mail est protg contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir