
Phnom Penh (Cambodge), 26 février 2009. La société de paris sportifs Cambosix a fermé les portes de tous ses établissements après un discours du Premier ministre Hun Sen ©Vandy Rattana Le gouvernement cambodgien a déclaré la guerre aux jeux d'argent. Sa première mesure a été d'ordonner, mercredi 25 février, la fermeture de Cambosix, seul établissement agréé par les autorités à prendre des paris sur les matches de football. Il met ainsi abruptement fin à la licence de cette société - qui avait commencé à opérer sur le sol cambodgien en février 2002 selon son site internet -, une licence qui courait jusqu'en 2011. Les machines à sous et autres jeux d'argent sont tout autant dans le collimateur du gouvernement, qui a obtenu en deux jours la fermeture de toutes les succursales de Cambosix, dont les enseignes ont été démontées les unes après les autres.
Hun Sen aux gouverneurs d'arrondissements : fermez ou vous serez renvoyés ! Le Premier ministre en a fait l'annonce mardi 24 février, au cours d'une cérémonie de remise de diplômes à Phnom Penh, après avoir exposé les méfaits des jeux d'argent. Hun Sen a alors très vite haussé le ton, mettant en garde les gouverneurs d'arrondissements de Phnom Penh qui n'appliqueraient pas cette nouvelle consigne dans leur juridiction. "Qui craignez-vous ? Le Premier ministre ou bien les personnes au bras long qui se cachent derrière ces établissements de jeux ? Si vous ne vous exécutez pas, vous perdrez votre poste : c'est ce que vous voulez ?", a lancé le chef du gouvernement. Une question de sécurité et de moralité L'objectif annoncé de cette répression : un renforcement de l'ordre public et de la morale sociale, a expliqué Hun Sen. Les jeux d'argent sont, a-t-il détaillé, source de problèmes au sein des foyers, générant disputes et violence domestique, et au sein de la société, favorisant la petite criminalité. Et il n'est pas le seul à être arrivé à de telles conclusions. Ainsi, a-t-il rapporté, le Conseil d'encouragement de la morale auprès des femmes, dont son épouse est la présidente d'honneur, s'est inquiété, lors d'une réunion, d'un recul des valeurs morales dans la société cambodgienne à imputer aux jeux d'argent. Ces derniers sont pourtant interdits aux Cambodgiens mais les entreprises de jeux ferment les yeux sur ces écarts avec la loi, acceptant bien volontiers une clientèle locale, a déploré le chef du gouvernement. A cet argument, s'ajoutent des considérations plus pragmatiques, à savoir que ces activités ne rapportent que peu de richesses au pays, a affirmé Hun Sen. La semaine dernière, le secrétaire d'Etat à l'Economie Chea Peng Chheang déclarait aux journalistes que l'industrie du jeu avait néanmoins rapporté à l'Etat cambodgien plus de 20 millions de dollars de revenus fiscaux en 2008 et prévoyait des recettes encore supérieures en 2009. Le haut responsable avait d'ailleurs précisé que le gouvernement n'avait pas l'intention d'interdire ces activités et préférait un contrôle légal plutôt qu'une politique de prohibition. La décision du Premier ministre sonne donc pour le secrétaire d'Etat comme un désaveu cinglant. A la circulaire du gouvernement a suivi, mercredi 25 février, une circulaire du ministère de l'Economie ordonnant, à son tour, la fermeture de tous les établissements de jeux quels qu'ils soient dans tout le Cambodge et l'annulation pure et simple de leurs licences encore en cours. Le document, signé de la main du ministre Keat Chhon, avertit que tous ceux et celles qui ne se soumettraient pas à cet ordre s'exposeront à des sanctions au regard de la loi. Le ministère appelle ainsi toutes les autorités locales à prendre les mesures adéquates pour éradiquer cette industrie qui n'a plus le vent en poupe. Pas de dédommagements pour Cambosix A la sortie d'une réunion avec des partenaires de développement des Nations unies au Conseil de développement du Cambodge, mercredi 25 février, Keat Chhon avait précisé aux journalistes que les taxes collectées auprès de Cambosix, qui compte une vingtaine de succursales dans le pays, s'élevaient autour d'un million de dollars par an. Quant à la question de savoir si Cambosix sera dédommagée pour cette rupture sans préavis de sa licence, le ministre a répondu que si le gouvernement avait bien accordé une licence à cette société qui s'étend jusqu'à l'année 2011, "aucun contrat précis ne liait les deux parties"... Ce qui signifierait que Cambosix ne touchera aucune indemnité à titre de compensation. Et Keat Chhon a confirmé que tous les établissements de paris et jeux d'argent illégaux, jusqu'aux loteries de rue, étaient dorénavant ciblés par les autorités. Une mesure appliquée dans l'urgence... En décembre 2008, Hun Sen avait déjà ordonné à la police nationale et à la gendarmerie de procéder à la vérification des licences de tous les établissements abritant des machines à sous et de fermer ceux qui ne seraient pas en règle. Le Premier ministre avait également demandé au ministère de l'Economie d'inspecter les hôtels proposant des jeux électroniques d'argent afin de s'assurer qu'ils en interdisent bien l'accès aux Cambodgiens, faute de quoi ils se verraient retirer leur licence dans les 24 heures, avait menacé Hun Sen. Une opération coup de poing dont on a ensuite guère fait état des résultats... Dans ce cas-ci, le réseau des bureaux de Cambosix a été démantelé à grande vitesse, avec une efficacité redoutable. ... et, semble-t-il, populaire Un jeune électricien, joueur invétéré et inconditionnel de Cambosix où il misait l'équivalent de 5 dollars par semaine, se dit abasourdi par la nouvelle. "Avec mes amis, on n'en revient pas. C'était notre passe-temps préféré ! J'étais même prêt à sacrifier l'argent de mon petit-déjeuner pour l'investir dans les paris... Mes parents, eux, sont en revanche aux anges. Ils m'ont dit que, enfin, je pourrais commencer à économiser de l'argent et de l'électricité en regardant moins la télé. Je ne ratais pas un match de foot..." A l'exception des joueurs, privés de leur vice, les Cambodgiens semblent accueillir plutôt favorablement cette mesure, à l'image des parents de ce jeune.
Egalement sur Ka-set - Les jeux d'argent ont généré plus de 20 millions de dollars de taxes pour l'Etat cambodgien en 2008 (19-02-2009) - Les établissements avec machines à sous mais sans licence dans le collimateur du gouvernement (19-12-2008)
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Par hachem
Par Achey
Par Ben du Cambodge