
Chuop Samnang, l'un des fidèles lecteurs du mensuel La Presse cambodgienne du Canada © Davith Bolin / Ka-set Les 20 000 Cambodgiens installés à Montréal, réunis pour la majorité dans le quartier Saint-Michel au centre-nord, et à Laval, une cité mitoyenne séparée de la métropole québécoise par la rivière des Prairies, ont depuis bientôt trois ans leur titre : La Presse cambodgienne du Canada, l’unique journal en khmer de tout le pays.
« Une graine khmère dans la pépinière canadienne » titre l’édition de février de La Presse cambodgienne du Canada dans un éloge à un certain Sy Mony, un Cambodgien dont l’équipage nautique montréalais « Chan Dragon Boat Sports club » s’est illustré dans de nombreuses compétitions organisées dans la province, avec moisson de trophées à l’arrivée. Une Une à l’image de la ligne éditoriale de ce mensuel, qui hisse haut les valeurs de solidarité communautaire et de moralité. Infos et reportages sur la diaspora khmère du Canada y côtoient les nouvelles politiques et économiques concernant le Cambodge. Pallier un manque A l’origine de cette publication, une discussion informelle entre membres du Congrès des Cambodgiens du Canada (CCC), une structure mise sur pied par des hommes d’affaires cambodgiens de Montréal pour encourager les plus dynamiques de leur communauté à entrer dans la vie politique locale et, de manière plus générale, pour faire connaître les besoins de leurs compatriotes et faciliter leurs contacts avec les institutions canadiennes. « Quelqu’un m’a alors demandé comment communiquait-on entre Cambodgiens de la diaspora. J’ai eu honte car j’ai réalisé qu’il n’existait rien... », se souvient l’un d’eux, Yun Bunkorn. Sursaut chez le président du CCC qui persuade des concitoyens de se cotiser pour créer un journal de langue khmère gratuit au Québec. Six mois plus tard, en juin 2005, La Presse cambodgienne du Canada, ainsi nommée en clin d’oeil au quotidien montréalais La Presse, fondé en 1884, naît. Le modèle d’entreprise retenu est celui de la société à but non lucratif, une spécificité canadienne. Dans les coulisses du journal Montréal, rue Jarry Est. Repérer l’imposant supermarché Kim Phat, d’une grande chaîne d’épiceries asiatiques dont Yun Bunkorn gère le service financier. Au premier étage, un modeste bureau, deux tables, deux ordinateurs : c’est là où se conçoit chaque mois La Presse cambodgienne du Canada, dont il est le président. Une partie de son équipe investit les lieux chaque week-end, l’autre travaille à domicile. Les uns sont rémunérés, les autres participent à titre bénévole. « Avant que notre journal ne soit lancé, il y avait bien des relais sur les ondes ou encore des bulletins d’information concernant la communauté cambodgienne, mais ils étaient tous voués à des existences éphémères », souligne Pong Muy Len, directeur du mensuel depuis sa création. Une occupation aux antipodes de sa formation en génie biomédical à l’Ecole polytechnique de Montréal. L’amour du khmer La recette de Pong Muy Len, qui a façonné l’identité du journal, a jusque-là rallié la confiance des membres du conseil d’administration. Orthographe soignée, souci d’une neutralité politique et refus du sensationnalisme bon marché qui se nourrit de faits divers. Un seul mot d’ordre : faire un journal rassembleur. « On est peut-être des Sino-Khmers mais on est très attaché à l’écriture khmère ! », revendique calmement Pong Muy Len, qui il y a encore peu alternait entre la casquette de photoreporter et celle de maquettiste-infographe. Un regard neutre sur le Cambodge La Presse cambodgienne du Canada présente dans chacun de ses numéros une sélection d’informations reprises de Radio Free Asia et des deux plus grands quotidiens du royaume, le Rasmei Kampuchea et le Koh Santepheap. « On retient des nouvelles reflétant toutes les tendances politiques cambodgiennes. On veut à tout prix éviter de tomber dans le piège du parti pris ! Alors on publie aussi bien des articles faisant état des progrès à mettre au compte du gouvernement cambodgien que des articles soulevant les problèmes de corruption ou de pauvreté. On laisse le lecteur se faire sa propre opinion », explique le directeur, qui se déclare ouvertement optimiste sur l’avenir de son pays. L’éthique avant tout Comme code d’honneur, le journal s’interdit toute vulgarité, neutralité devant rimer avec maturité, loin de l’exemple de la presse d’opinion du Cambodge où se répandent les attaques diffamatoires. « On fait de notre mieux pour véhiculer des valeurs morales à nos lecteurs. Et les publicités jugées avilissantes [casinos, cabarets de strip-tease, etc.] ne sont pas retenues ! », assène un Yun Bunkorn intraitable sur le sujet. Un ancrage dans le long terme Depuis sa création, le journal doit sa survie à ses annonceurs, des commerces en tous genres aux mains de Cambodgiens montréalais. La direction ambitionne d’attirer également les entreprises de non Cambodgiens. Les deux premières années, le mensuel était imprimé à 5 000 exemplaires. Depuis quelques mois, le tirage a été abaissé à 3 000 pour que l’équilibre budgétaire soit atteint. « Nous avons reçu plusieurs plaintes de lecteurs regrettant de ne plus trouver aussi facilement le journal. En une semaine tous les exemplaires ont disparu ! », reconnaît le directeur Pong Muy Len, précisant que le titre est distribué dans les pagodes et points de vente de produits asiatiques, à Montréal et dans les provinces de l’Ontario et d’Alberta. Pour rayonner davantage, le journal sera prochainement complété par un site internet : www.lapressecambodgienne.ca. Il est également prévu de faire du journal un bimensuel afin d’engranger plus de recettes publicitaires. Dernière nouveauté en date : le recrutement d’un correspondant à Phnom Penh. Avec les procès à venir d’anciens dirigeants khmers rouges, les regards sont plus que jamais rivés sur le pays natal. Car au Québec aussi, les Cambodgiens attendent que justice soit rendue.
Mobilisation contre la criminalité A peine lancée, la Presse cambodgienne du Canada trouve son lectorat. Fin 2005, elle publie une série de reportages sur des gangs de jeunes Cambodgiens qui sévissent à Montréal. Trafics, troubles de l’ordre public, etc. : le titre lève le voile sur ces bandes de voyous et appelle les lecteurs à collaborer avec la police. L’effet est assez immédiat. Très vite, le réseau est démantelé. Les figures de proue du journal, Yun Bunkorn et Pong Muy Len, se remémorent avec une fierté non dissimulée cette originale contribution de leur titre au retour à l’harmonie et la sécurité dans leur communauté.
Sur le Net www.lapressecambodgienne.ca donne un accès libre et gratuit aux archives du mensuel éponyme publiées depuis l'année 2007, en format PDF (attention : certains fichiers requièrent une connexion haut débit). Le site devrait être progressivement complété, puisque le menu propose d'ores et déjà des liens, pour le moment inactifs, vers des informations en khmer, français et anglais.
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