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Les Khmers des Etats-Unis face aux élections américaines : tous aux urnes ?
Par Laurent Le Gouanvic   
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31-10-2008

Cambodia USA © John Vink / Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 18 octobre 2008. Cambodgienne lors de la soirée préélectorale américaine organisée au FCC
© John Vink / Magnum

Les auteurs d'une étude universitaire menée auprès de communautés d'origine asiatique installées aux Etats-Unis l'affirment : les Américains asiatiques joueront un rôle clef dans les résultats des élections qui se tiendront le 4 novembre et détermineront qui du républicain John McCain ou du démocrate Barack Obama deviendra le 44e président des Etats-Unis d'Amérique. Logiquement très courtisés, les "Asiatiques" ne constituent toutefois pas un groupe homogène facile à appréhender. Parmi eux, les Cambodgiens des Etats-Unis, dont une part importante ne maîtrise pas l'anglais, risquent une nouvelle fois d'être peu nombreux à prendre part à ce vote. Petite revue de web sur ces Khméro-américains face à une élection qui passionne le monde.

 

Appuyer sur le bouton
"Si je savais comment appuyer sur le bouton [de la machine électorale], j'irais voter. Mais je ne sais pas", confie Khoy Aun, un Khméro-américain de 62 ans, justifiant au micro de Voice of America (VOA) le fait qu'il ne prendra pas part au scrutin du 4 novembre. La radio, financée par le gouvernement américain, sonde à travers quelques reportages l'état d'esprit des Khmers des Etats-Unis avant le 4 novembre. Si de plus en plus de Cambodgiens se montrent très impliqués dans cette campagne, comme Thel Sar, membre de la Commission électorale de Lowell, Kim Meas Koy, fervent supporter du sénateur McCain ou Pak Channa, militant démocrate, nombre d'entre eux gardent encore leurs distances que ce soit par peur de "ne pas savoir comment faire", parce qu'ils comprennent mal l'anglais ou encore parce qu'ils souhaitent rester en dehors de débats politiques enflammés dont ils gardent un amer souvenir.

En 2004, une forte abstention à Long Beach et Lowell
Lors du scrutin de 2004, qui a porté George Bush à la tête des Etats-Unis face à son concurrent John Kerry, seuls 47% des Cambodgiens enregistrés sur les listes électorales de Long Beach, en Californie, ont pris part au vote, contre 71% en moyenne sur l'ensemble de cette ville, relève un rapport de l'Asian American Justice Center intitulé "L'Expérience cambodgienne" sur un programme qui était destiné à encourager les Cambodgiens de Long Beach, en Californie, à voter en 2004. Au total, dans le comté de Los Angeles, qui inclut la ville de Long Beach et ses 30 000 à 50 000 Cambodgiens, seuls 3 700 d'entre eux ont voté, précise un autre rapport de l'Asian Pacific American Legal Center. A Lowell, dans l'Etat du Massachusetts, où réside également l'une des plus importantes communautés khmères, le taux de participation des électeurs cambodgiens a été plus faible encore : 43% contre 60% en moyenne.

Problème de langue
Cette faible implication des Khméro-américains dans la vie politique du pays dans lequel ils vivent, les défenseurs des droits des communautés asiatiques l'expliquent avant tout par un principal obstacle : la langue. Dans le comté de Los Angeles, par exemple, plus de 49% des Cambodgiens ne maîtrisent pas "très bien" l'anglais, un taux similaire à celui des Khmers des Etats-Unis en général (45%). En 2004, une assistance linguistique était prévue dans ce comté en japonais, coréen, chinois, tagalog et vietnamien, mais pas en khmer.

A Lowell, des ONG ont appelé à plusieurs reprises les autorités à faciliter le vote des Cambodgiens, que ce soit en fournissant une assistance, en communiquant largement auprès de cette communauté ou en traduisant les bulletins de vote en khmer, comme l'impose, dans certains cas, le "Voting Rights Act", un texte fédéral interdisant les discriminations électorales. Dans l'Etat du Massachusetts, une enquête a même été ouverte en 2006 par le département de la Justice, à la suite de plaintes d'associations contre les obstacles, principalement linguistiques, auxquels étaient confrontés les électeurs khmers.  

Méfiants à l'égard de l'Etat
Aux difficultés linguistiques, s'ajoute le fait que les personnes d'origine cambodgienne se montrent globalement méfiantes à l'égard de la politique et de l'Etat, en raison de leur passé douloureux. "De nombreux [membres de la communauté cambodgienne], particulièrement ceux qui ont gardé les souvenirs les plus forts du génocide cambodgien, sont isolés et réticents à faire quelque chose impliquant un contact inutile avec des agences gouvernementales", expliquent ainsi les auteurs de "L'Expérience cambodgienne" des élections de 2004.

Cambodia USA © John Vink / Magnum
Phnom Penh (Cambodge), le 18 octobre 2008. Soirée préélectorale américaine organisée au FCC
© John Vink / Magnum


Quatre ans plus tard, l'attitude des Asiatiques des Etats-Unis en général et des Khmers en particulier vis-à-vis de la politique américaine aura-t-elle changé ? Les partis politiques l'espèrent, qui tentent d'adapter leurs messages à cet auditoire difficile à conquérir.

"Cho le plombier"
A ce jeu-là, les démocrates semblent avoir une petite longueur d'avance, du moins sur le Net. Le site Asian Americans For Obama propose des kits de campagne, contenant tracts, listes des "mesures intéressant les Asiatiques américains" et bulletins de soutien, dans pas moins de seize langues asiatiques, dont le khmer. Il annonce les multiples réunions locales communautaires. Et, détournant le "Joe The Plumber" ("Joe le Plombier", l'Américain moyen) glorifié par les Républicains, se revendique du soutien sans faille d'un "Cho The Plumber" aux yeux bridés...

"Nobama" country
Sur le site concurrent, Asian Americans for McCain, les textes raillant les promesses d'Obama, la vidéo présentant un chanteur country blanc et moustachu fredonnant un tube de sa composition "Nobama" ou les photos du passé glorieux de John McCain, vétéran de guerre, jouent au contraire sur l'image d'une Amérique très... américaine. Celle qui séduit notamment la communauté vietnamienne, susceptible de voter, selon une étude nationale sur les Américains asiatiques menée par plusieurs universités, à une très large majorité (près des deux tiers) pour McCain.

McCain et les Cambodgiens : guerre et paix
Le vote cambodgien, lui, paraît nettement plus difficile à prévoir. Les liens historiques de McCain avec l'Asie du Sud-Est et sa fine connaissance de la région sont un atout aux yeux de certains Cambodgiens quand d'autres, au contraire, rejettent un candidat jugé belliqueux, dans la lignée des Nixon et Bush, comme l'expriment plusieurs d'entre eux interrogés sur les ondes de VOA.

Pour ou contre, l'essentiel est de participer, s'exalte un certain Jaya Khmer sur son blog "Modern Progressive Khmer", dans un article intitulé "Ces moments qui n'ont pas de prix". "Me voilà aux Etats-Unis, témoin de la démocratie en action. Le simple fait que soient véhiculées des idées telles que l'équilibre des pouvoirs, que personne ne soit au-dessus de la loi, que la courtoisie en politique soit encore de mise, renforce la démocratie américaine [...] et en fait l'un des systèmes les plus enviables au monde", se réjouit-il, animé de l'espoir que "nous, Cambodgiens, apprendrons une chose ou deux de ces moments qui n'ont pas de prix". "En tant qu'Américain cambodgien, poursuit le blogueur, je vous incite vivement à voter lors de cette élection historique."  

Juste pour rire ?
Un enthousiasme qui, n'en déplaise à Jaya Khmer, n'est pas encore partagé par toute la blogosphère khméro-américaine. Sur le très populaire blog d'Oudam, célèbre pour ses vidéos de karaoké, se jouent d'autres batailles, dont celle du vote en faveur de Phymean Noun, qui travaille auprès des enfants de la décharge de Stung Meanchey, candidate au titre de héroïne de l'année 2008 pour la chaîne d'information américaine CNN. Et il est encore temps de participer à un sondage exclusif destiné à savoir, qui de la "voix d'or" Sin Sisamouth ou du jeune bellâtre Preap Sovath, interprète le mieux la chanson "Theptida knong soben". "Ce sondage est juste destiné à s'amuser un peu, et non à déterminer lequel est le meilleur de tous les temps", précise le webmaster. A méditer...

 


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