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Le baiser de Rindy Sam : de la toile à la Toile
Par Laurent Le Gouanvic (Ka-set)   
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10-12-2007

 

Copie d'écran du site de la Collection Lambert (www.collectionlambert.com)
www.collectionlambert.com

Le 19 juillet 2007, la Cambodgienne Rindy Sam déposait un baiser sur une toile immaculée exposée dans un musée du sud de la France. L'affaire a depuis fait le tour du monde, sur la Toile... Et continue d'alimenter les forums consacrés à l'art, au vandalisme, au féminisme... et au Cambodge.

Deux énormes lèvres rouges posées sur un congélateur blanc, accompagnées des mots « Vandalisme ! » et « J’embrasse pas » accueillent depuis plusieurs semaines, et jusqu’au 13 janvier 2008, les innocents visiteurs du site internet de la Collection Lambert, un respectable musée avignonnais (sud de la France) d’art contemporain. Drôle de façon de recevoir des internautes amateurs d’art qui n’en demandaient (sans doute) pas tant. Cette bouche pulpeuse et un tantinet boudeuse est censée rappeler un geste qui aura fait grand bruit dans le landerneau de l’art contemporain : le 19 juillet 2007, non sans avoir au préalable esquissé un pas de danse, Rindy Sam, une jeune Cambodgienne installée dans le sud de la France, déposait amoureusement un rouge baiser sur un tableau d’un blanc immaculé, signé Cy Twombly. L’artiste américain, la Collection Lambert et le propriétaire de la toile ont immédiatement poursuivi la demoiselle : l’oeuvre blanche, avant d’être souillée, était évaluée à plus de deux millions d’euros (environ 2,8 millions de dollars)...

Après avoir coûté à la jeune effrontée 1 500 euros (environ 2 100 dollars) de dommages-intérêts ainsi que 100 heures de travaux d’intérêt général, au terme d’un procès très médiatisé, ce petit « smack » négligemment déposé sur une toile allait faire le tour... de la Toile. Et continue aujourd’hui encore, alors que la Collection Lambert a monté au pied levé une opportuniste exposition consacrée au vandalisme, à faire jaser sur les forums et les blogs consacrés à l’art, d’abord, mais aussi à l’érotisme, au féminisme et au... Cambodge. On déblatère sur le rouge à lèvres utilisé par la jeune femme. On s’indigne des sommes faramineuses en jeu, avec lesquelles on aurait pu financer le forage de « milliers de puits pour nos villageois qui en ont besoin ». On fantasme sur le sens profond du baiser de la trentenaire au chômage. « C'est une pulsion émotionnelle, un acte d'amour, une extase mystique. C'est la première fois qu'une telle extase a lieu en dehors d'un lieu religieux ou cultuel. C'est incroyable », s’enflamme ainsi un commentateur anonyme sur un blog culturel, « Le Beau Vice », quand d’autres crient au scandale, ironisent, dénoncent un jugement « laxiste » ou, pire, « sexiste »...

Les journaux « Libération » et « Le Temps » n’ont pas échappé au phénomène, ouvrant eux aussi leurs colonnes à un long article, identique, intitulé « J’embrasse plus », relatant le parcours de « cette Cambodgienne à l’accent marseillais » qui a fui avec ses parents son pays d’origine sous l’emprise khmère rouge en 1976 et n’y est jamais retournée depuis, sans pour autant avoir demandé la nationalité française. Les deux quotidiens se gardent toutefois de faire un quelconque rapprochement entre ce rouge baiser et le traumatisme hérité du régime polpotiste, préférant dresser le portrait en demi-teinte d’une trentenaire ordinaire à la recherche de repères. Pas sûr que cette affaire l’aura beaucoup aidée dans sa quête d’identité.


A lire également, « Face au baiser infligé à l’œuvre de Twombly, la réponse des artistes », article sur l’exposition de la Collection Lambert « J’embrasse pas », publié dans « Le Monde » daté du 6 décembre 2007 (archives payantes).

 

 

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