| Le nouveau bâtonnier du Cambodge plaide en faveur de l'assistance juridique gratuite aux pauvres |
| Par Duong Sokha | ||
| 23-10-2008 | ||
Phnom Penh (Cambodge), 20 octobre 2008. Chiv Songhak, nouveau bâtonnier du Cambodge Chiv Songhak, 42 ans, a prêté serment comme avocat le 16 octobre 1995 et été élu le 16 octobre 2008 nouveau bâtonnier du Barreau du Cambodge. Ce natif de la province de Kandal exerce tout d'abord comme enseignant du primaire avant de repasser un concours pour se hisser professeur d'université. Dans le même temps, il engrange des études à la faculté de droit. A l'obtention de sa maîtrise de droit, il en ajoute une autre, de sciences politiques cette fois-ci, qu'il décroche en Corée du Sud. Il se spécialise sur la question de la propriété intellectuelle. Membre du Conseil des avocats à l'occasion de trois mandats de bâtonnier, il met également ses compétences au service des institutions publiques : conseiller du président du Sénat en charge des affaires légales depuis 2000, et également membre du Conseil des juristes du Conseil des ministres depuis 2002. Des fonctions qu'il juge "compatibles" avec son métier d'avocat. Il a accepté de s'entretenir avec Ka-set, notamment sur ses projets de réforme du Barreau cambodgien, tout en s'excusant tout au long de l'interview de ne pas maîtriser encore tous les dossiers dont il va hériter en tant que nouveau bâtonnier.
Ka-set : A quoi devez-vous votre élection comme nouveau bâtonnier ? Par ailleurs, mes confrères estiment que je suis compétent et que j'entretiens avec eux de bonnes relations. Je ne pêche par orgueil et ne me montre pas avare en conseils, sachant me rendre disponible. Ainsi les avocats fraîchement émoulus des dernières promotions m'ont demandé de leur expliquer la loi et des points techniques concernant la rédaction de courriers administratifs dans le secteur du commerce. Je leur ai donné un cours sur le sujet sans leur faire payer quoi que ce soit. Je suis ouvert d'esprit et ne fais de discrimination envers aucun avocat. Je pense donc que ce sont ces qualités qui ont convaincu mes confrères de faire de moi le prochain bâtonnier. De plus, en matière de relations internationales et de contacts avec des avocats d'autres pays, je ne suis pas le dernier ! Mon premier objectif est de réviser la partie administrative du Barreau. Le deuxième consiste à réformer la défense gratuite des plus démunis, en impliquant tous les avocats du Cambodge, membres du Barreau. Le troisième est de poursuivre notre collaboration avec le gouvernement sur la réforme du droit et la réforme judiciaire. Jusqu'à présent, le Barreau reposait sur plusieurs départements mais, l'argent faisant défaut, certains ont été réduits à peau de chagrin sous le mandat du bâtonnier Ky Tech, ai-je entendu dire. Si c'est le cas, je leur redonnerai plus d'ampleur. Et j'en créerai d'autres : un département des relations internationales, un de gestion administrative pour assurer une organisation transparente et cohérente du Barreau, un de formation, de publication et d'études en vue de perfectionner le niveau des avocats. Aujourd'hui, il est vrai que le Barreau ne dispose pas d'un budget suffisant pour défendre les pauvres. Ce département doit donc faire des demandes de fonds auprès d'organisations internationales pour prendre en charge une partie des honoraires des avocats volontaires acceptant de plaider pour des clients sans le sou. Je tiens à mettre l'accent sur la défense des pauvres. Nous disposons de deux nouvelles lois : le Code civil et le Code de procédure civile, qui fixent des frais de justice à verser pour porter plainte. Or les pauvres n'ont pas les moyens de payer : est-ce que l'Etat les forcera à payer ou les exemptera-t-il, à notre demande ? Les avocats qui prennent gratuitement la défense des plus démunis sont rémunérés par le Barreau. Cette action peut contribuer à la réduction de la pauvreté au Cambodge et s'inscrit pleinement dans la stratégie rectangulaire du gouvernement. Quant au département des relations internationales que je veux instaurer, il devra établir et maintenir des contacts avec les Barreaux étrangers, notamment américain, canadien, japonais, français, et les ONG comme Avocats sans frontières. Nous avons signé sous le mandat de Ky Tech un protocole d'accord avec les quatre barreaux étrangers que j'ai mentionnés, visant à aider le Barreau du royaume du Cambodge à s'améliorer. Mais j'ignore tout de ce dossier. Je dois tirer cela au clair, vérifier si chaque partie signataire a tenu ses promesses et respecté les termes de l'accord. Je ferai ainsi amender l'article 32 de la loi sur le statut des avocats qui stipule que, pour intégrer le Barreau, disposer d'une licence en droit et faire valoir de deux années d'expérience professionnelle juridique sont suffisants et exemptent le candidat de passer le concours d'entrée au Centre de formation et de perfectionnement des avocats. Or celles et ceux qui entrent ainsi directement au Barreau n'ont pas appris le règlement intérieur ni le code déontologique des avocats. Il avait finalement été décidé qu'ils soient sommés d'apprendre ces textes après coup mais je pense que passer par le centre de formation est une meilleure voie. Ils peuvent, certes, y apprendre les lois mais aussi comment défendre au mieux leurs clients... Quant à l'article 6 sur l'exercice des avocats étrangers au Cambodge, il énonce que ceux-ci ne peuvent pas représenter leurs clients devant la justice cambodgienne et sont limités à un rôle d'assistant aux avocats khmers. Ce point pose problème car notre pays a adhéré à l'OMC [Organisation mondiale du Commerce] et, par conséquent, doit les autoriser à être en mesure d'exercer pleinement leur métier mais avec certaines restrictions toutefois, définies par le Barreau cambodgien, comme ne travailler que sur les affaires relevant de droit international. N'importe quel autre pays défend ce principe. Nous devons définir clairement ce que les avocats étrangers sont en droit de pouvoir faire et leur accorder une licence à renouveler tous les ans. Par ailleurs, les avocats ne doivent pas exercer des fonctions incompatibles avec leur métier : nous devrons être attentifs à cela, et décrire par ailleurs plus précisément le devoir des avocats de défendre les pauvres, bien inscrit à la loi mais trop brièvement. Si les avocats n'étaient pas compétents et dépourvus de principes éthiques, ils n'auraient pas de clients. Je trouve tous les avocats plutôt compétents et utiles aux citoyens qui ignorent tout ou presque de la loi. Ils ont étudié le droit, ont été dûment préparés... C'est pourquoi je dis que tous sont à même de défendre leurs clients. Je demande cependant à tous mes confrères de faire preuve de bonne moralité, de respecter le code déontologique, le règlement intérieur du Barreau et d'éviter les conflits d'intérêts. Par exemple, quand nous défendons un client, nous ne devons pas divulguer les détails de l'affaire, cela relève du secret professionnel...
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