| Les avocats des victimes qui se sont constituées parties civiles dans le cadre du premier procès qui doit s'ouvrir devant le tribunal khmer rouge, celui de l'ancien chef du centre interrogatoire S-21, Duch, réclament l'ouverture d'enquêtes supplémentaires "immédiates et sérieuses" pour documenter le crime de mariage forcé organisé sous la direction de Duch. Ils ont déposé cette requête la semaine dernière aux Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), après avoir mis au jour les preuves de la tenue d'au moins un mariage de masse dans un camp de rééducation placé directement sous l'autorité de Duch. Une démarche qu'ils ont fait connaître dans un communiqué de presse samedi 14 février.
De tels mariages de masse ont été célébrés dans tout le pays durant les années khmères rouges, quelque 400 000 hommes et femmes ayant été unis de la sorte, rappellent les avocats, qui assurent que leur demande d'ouverture d'une nouvelle information judiciaire "n'occasionnera aucun délai du procès" de Duch. Ils font valoir que le crime de "mariage forcé" a été reconnu pour la première fois dans un tribunal internationalisé comme un nouveau crime contre l'humanité à part entière au Tribunal spécial de Sierra Leone en février 2008. "Je pense que le procès s'étirera sur plusieurs mois et que l'enquête supplémentaire que nous réclamons peut être conduite en parallèle", estime Silke Studzinsky, co-avocate des parties civiles. Appelé à réagir sur cette nouvelle requête, le co-procureur Robert Petit expliquait, lundi 16 février, ne pouvoir commenter cette démarche, le bureau des co-procureurs n'ayant pas reçu de copie de cette requête. Me Roux, le co-avocat de Duch, précisait à son tour que les avocats des parties civiles ne leur avaient pas notifié cette requête, et s'interrogeait sur cette façon de "faire un procès par communiqué de presse". "Cette requête est non avenue pour moi. A chaque fois que l'on va découvrir un fait nouveau, on va alors saisir les co-procureurs ? On ne va quand même pas juger Duch tous les six mois !" Demander un complément d'information judiciaire signifie, selon lui, arrêter le procès. "On sait bien que tout n'a pas pu être visé. Mais on a choisi de faire une instruction qui ne dure pas dix ans [...], et nous avons tous accepté une instruction courte pour que les procès se tiennent au plus vite." L'avocat français, qui appelle toutes les parties à s'attacher aux questions* qui seront abordées mardi 17 février lors de l'audience initiale qui prélude au procès de Duch, tient à clarifier les choses : "On est dans un processus judiciaire et non pas dans un lynchage judiciaire". Et Me Roux d'ajouter : "Le procès qui s'ouvre est suffisamment important pour que tout le monde garde son sang froid et je souhaite qu'on construise quelque chose de vivable. On est dans ce qu'on appelle une 'justice transitionnelle', c'est délicat et avec des objectifs ambitieux : la refondation du lien social, sans querelles. On est dans des débats importants, il ne faut pas qu'on se perde dans des querelles annexes. [...] Si on veut que le processus aille à son terme, il faut lui en donner les moyens." Il rappelle encore qu'il y a déjà eu un an d'enquête par les co-procureurs puis un an et demi d'instruction, que les délais doivent être respectés, et que son client attend depuis 10 ans de voir son procès s'ouvrir. "Ce qui se passe relève du rite sacrificiel, ce qui ne me plaît pas du tout." Ce tribunal consacrera la première participation des victimes en tant que partie au procès dans un tribunal internationalisé et "il ne faut pas, selon Me Roux, scier la branche sur laquelle on est assis". "On a déjà eu beaucoup de mal à faire accepter leur participation alors ne tuons pas le bébé dans l'oeuf !" * Seront abordées des questions techniques comme celle de la recevabilité des demandes de constitution de partie civile ou encore celle des listes de témoins et d'experts que souhaite présenter chaque partie.
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