|
Le 6 octobre, deux soldats thaïlandais sautaient sur des mines à la frontière, non loin du temple de Preah Vihear et, dans la foulée, leur pays accusait le Cambodge d'avoir récemment posé des mines sur son territoire. Une nouvelle polémique entre les deux royaumes voisins sur laquelle est revenu, à l'occasion d'une table-ronde organisée jeudi 18 décembre, le club des journalistes du Cambodge.
Ces accusations, la Thaïlande les a ouvertement portées lors de la 9e Conférence des Etats parties à la Convention d’interdiction des mines antipersonnel (Convention d'Ottawa) qui s'est tenue à Genève fin novembre, a-t-il été rappelé. Selon le voisin thaïlandais, le Cambodge aurait enfoui de nouvelles mines sur le sol thaïlandais, dans une zone qui était déjà déminée, et aurait par conséquent violé la Convention d'Ottawa. La partie thaïlandaise a également reproché au Cambodge de ne pas avoir répondu à ses demandes d'information sur ce sujet.
Le réquisitoire de la Thaïlande n'a pas été du goût du Cambodge. Som Sotha, un haut responsable cambodgien du déminage, invité à la table-ronde, a tout d'abord tenu à préciser que l'incident du 6 octobre s'était produit sur le sol cambodgien, "si l'on se réfère à la carte reconnue par la Cour internationale de justice de la Haye en 1962", qui trancha en faveur du Cambodge le conflit portant sur le temple de Preah Vihear.
"La zone où les mines ont explosé en est truffée, un héritage des années de guerre qu'a connues le Cambodge. Tout le monde sait cela ! Et cet espace relève des zones qui restent encore à déminer. La question qui se pose est de savoir pourquoi des soldats thaïlandais sont entrés sur notre territoire !", a argumenté Som Sotha.
Quant au silence du Cambodge, il ne signifie pas que le gouvernement ne s'est pas saisi de cette affaire. "Nous avons mis sur pied un comité pour ouvrir une enquête, qui sera prochainement bouclée. Nous attendons donc les conclusions de cette enquête mais également que la Thaïlande nous envoie les documents sur lesquels elle base ses accusations", a expliqué le responsable. Ainsi, chaque partie attend de l'autre qu'elle lui transmette ses argumentations écrites.
Autre invité de ce débat, Heng Ratana, secrétaire général adjoint du Cmac, l'agence gouvernementale de déminage, qui a rappelé que, selon le règlement de la Convention d'Ottawa, la partie accusée dispose de 28 jours pour répondre aux critiques. "Or, a fait valoir Heng Ratana, la Thaïlande n'a pas attendu ce délai et quelques jours après l'incident lançait publiquement des attaques contre le Cambodge dans une réunion à laquelle elle avait convoqué des ambassadeurs ! Elle nous accuse, d'accord, mais qu'elle apporte les preuves de ce qu'elle avance !"
Pourquoi la Thaïlande estime-t-elle que ce sont là de "nouvelles" mines qui ont explosé ? "Parce que dans les zones forestières, telle que la zone de Preah Vihear, les mines non seulement se conservent très bien mais aussi font davantage de bruit quand elles sont activées en pleine forêt ! D'où l'impression qu'il s'agit de mines récemment posées", a expliqué Heng Ratana, qui considère que la Thaïlande ne fait qu'exploiter l'incident pour mettre de l'huile sur le feu alors que depuis le 15 juillet dernier s'est ouvert entre les deux royaumes voisins un conflit territorial musclé.
Selon le Cmac, les accidents dus à des mines ne cessent de baisser au Cambodge. Il y a eu 850 victimes en 2005, 450 en 2006, 352 en 2007 et ce nombre devrait encore baisser de 20% en 2008. A ce jour, 800 000 mines ont été déterrées et plusieurs milliers d'engins non explosés.
Selon le secrétaire général adjoint du Cmac, les financements internationaux alloués aux opérations de déminage au Cambodge prendront fin en janvier 2010. C'est pourquoi le royaume entend, l'an prochain, réclamer un prolongement de cette aide de dix ans afin de pouvoir mener à terme le déminage total du pays. A ce jour, 500 millions de m2 ont été nettoyés des mines et engins non explosés (UXO) au Cambodge mais il resterait encore 4 000 km2 de zones minées.
|
Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier