| L'accrochage meurtrier survenu à la frontière khméro-thaïlandaise, mercredi 15 octobre à 14h15, entre les troupes armées des deux royaumes a fait monter d'un cran la tension. Soldats aux nerfs à vif que les provocations de la partie adverse excèdent, peuples voisins qui portent à la boutonnière un nationalisme facilement exacerbé, conflit territorial qui s'éternise et semble sans issue prochaine... Tous les ingrédients sont réunis pour rendre la situation explosive. Les craintes d'un conflit ouvert étaient encore vives dans la soirée parmi la population cambodgienne. Une fois de plus, le gouvernement cambodgien décide de jouer la carte de l'apaisement et tente coûte que coûte d'éviter une guerre qui ne le servirait pas. Son chef de la diplomatie, dans une conférence de presse donnée en début de soirée, a annoncé que les relations diplomatiques entre Cambodge et Thaïlande n'étaient pas rompues, et la voie des négociations toujours privilégiée.
Le ministre cambodgien des Affaires étrangères a, en fin de journée, convoqué en réunion les représentants des ambassades présentes à Phnom Penh, dont 22 ont répondu présentes. D'après une source, l'ambassadeur de Thaïlande n'aurait pas été invité.
Les attaques des forces armées thaïlandaises "Pour évoquer cet incident à la frontière, je n'emploierai pas le mot 'invasion'. Les troupes thaïlandaises ont lancé des attaques armées sur les troupes cambodgiennes dans ce qui paraît être une tentative pour repousser en dehors de leurs positions les soldats cambodgiens à trois endroits de la frontière : près de la pagode Keo Kiri Svara, située à quelque 300 mètres du temple de Preah Vihear et à 700 mètres de la frontière; dans la zone de Veal Intry, à 1,1 km de la frontière; et à Phnom Trap, que 1,6 km sépare de la frontière", a détaillé Hor Namhong, en précisant que les soldats thaïs avaient été les premiers à ouvrir le feu.
Il a noté que la Thaïlande avait renforcé ses troupes à d'autres endroits de la frontière en déployant de l'artillerie lourde dont des tanks. "Le gouvernement du Cambodge proteste fermement contre ces très graves et répétées attaques armées par la Thaïlande, qui pourraient mener à des hostilités armées à grande échelle entre les deux pays", est-il écrit dans le communiqué qui a été distribué aux journalistes.
Différentes cartes, différents points de vue "La partie thaïlandaise affirme que ces zones relèvent de son territoire sur la base d'une carte qu'elle a établie unilatéralement, donc sans valeur légale. Or nous, nous nous appuyons sur une carte dessinée entre la France [du temps du protectorat] et le Siam [ancien nom de la Thaïlande] entre 1904 et 1909. La Thaïlande a reconnu cette carte jusqu'au 15 juillet 2008 [date de la première intrusion des forces armées thaïlandaises sur le sol cambodgien]! En outre, en 2000, nos deux pays ont signé un protocole d'accord reconnaissant ce tracé frontalier", a rappelé pour mémoire le ministre des Affaires étrangères. Il a également signalé que ces violations de territoire étaient contraires à la Charte des Nations unies, dont les deux pays sont membres, et rappelé à leurs obligations les signataires des Accords de paix de Paris du 23 octobre 1991 qui doivent garantir l'intégrité territoriale du Cambodge.
La volonté de résoudre pacifiquement le contentieux frontalier réaffirmée "Nous ne disons pas que cet accrochage n'est pas de grande ampleur mais nous maintenons notre volonté de résoudre pacifiquement cette question. Le Premier ministre thaïlandais a déclaré que son pays n'occupera pas le territoire cambodgien, qu'il n'aura pas recours à la force armée contre le Cambodge. J'espère que la partie thaïlandaise respectera les promesses du chef de son gouvernement! Même le ministre thaï des Affaires étrangères a dit appeler de ses voeux une solution pacifique. Il nous a demandé de comprendre leurs difficultés actuelles. Mais qui a ordonné l'envoi de troupes?", s'interroge à nouveau Hor Namhong. Il a souligné que, le matin même, le Premier ministre Hun Sen avait parlé au téléphone avec le président indonésien, lequel l'a encouragé à privilégier la voie des négociations bilatérales.
Une patience "qui a des limites" Le Cambodge, a-t-il fait valoir, a fait preuve d'une "extrême patience" mais le Cambodge, a-t-il poursuivi, a le droit de défendre son territoire et de revendiquer l'autodéfense. Le gouvernement cambodgien n'acceptera aucune perte de territoires, et sa patience a des limites, a martelé le ministre, ajoutant qu'ils ne laisseraient pas la situation perdurer plus de 3 à 5 ans. Demain, jeudi 16 octobre, a-t-il annoncé, le commandant en chef de la Région 4 du Cambodge et la partie thaïlandaise se rencontreront. "Nous acceptons d'aller négocier en Thaïlande!"
Deux morts côté cambodgien, et davantage côté thaïlandais? Le bilan de cette escarmouche s'établit, côté cambodgien, à deux soldats tués et deux autres blessés. Côté Thaïlande, il a dit ne pas disposer du nombre de victimes. "Mais sans aucun doute, ils comptent plus de morts et de blessés que nous!" Par ailleurs, dix militaires thaïs ont été arrêtés et sont actuellement aux mains du Cambodge. "Si la Thaïlande veut les récupérer, qu'elle nous le demande et nous les relâcherons", a assuré Hor Namhong.
Informer le Conseil de sécurité de l'Onu Le chef de la diplomatie cambodgienne a précisé qu'il allait, plus tard dans la soirée, contacter l'ambassadeur cambodgien auprès de l'Onu pour lui demander d'informer les 15 pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies de ces derniers développements. "Nous ne demandons pas la convocation d'une réunion spéciale mais voulons juste les prévenir de ce qui se passe..."
Quid des ressortissants thaïs au Cambodge? Plusieurs articles de presse rapportaient mercredi 15 octobre que la Thaïlande aurait ordonné l'évacuation de ses ressortissants établis au Cambodge. Une information qui n'a pas été communiquée à Hor Namhong, qui a précisé que l'ambassade du Cambodge à Bangkok avait été placée sous la protection de la police thaïlandaise. On pouvait observer à Phnom Penh que des mesures similaires avaient été prises à l'égard de l'ambassade de Thaïlande, protégée par un cordon policier cambodgien. Le premier secrétaire de l'ambassade de Thaïlande, Chaturont Chaiyakham affirmait en fin de journée qu'aucun ordre d'évacuation n'avait pour l'heure été donné mais que leurs ressortissants avaient été priés de se montrer prudents.
"Nous maintenons nos relations diplomatiques avec la Thaïlande, a conclu Hor Namhong. Mais si nous voulons la guerre, c'est facile, on peut commencer dès maintenant! [...] Faites confiance au gouvernement mené par Samdech le Premier ministre Hun Sen!", a-t-il exhorté.
|
Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier