Le ministère du Commerce du Cambodge a affiché jeudi 20 novembre, lors d'une conférence sur la confection textile, son optimisme quant à l'avenir de ce secteur clef de l'économie du royaume, dans un contexte mondial pourtant peu encourageant, et a dressé un bilan positif de l'année passée. Une analyse qui n'est cependant partagée ni par certains experts indépendants du secteur, ni par les patrons d'usines.
Pas de problèmes en vue, selon les autorités Selon les estimations officielles, le volume des exportations cambodgiennes atteindra à la fin de l'année 2008 un niveau sensiblement identique à celui de l'année précédente, où il s'élevait à 2,9 milliards de dollars.
Kem Sithorn, secrétaire d'Etat au Commerce estime même que, compte tenu de la progression enregistrée au cours des dix premiers mois de 2008, le montant total des exportations de la confection textile devrait grimper à 3 milliards de dollars. "Je pense qu'actuellement, la situation ne change pas. Nos exportations croissent à un rythme identique et, d'après nos observations de la situation actuelle, nous n'avons pas de problèmes", a-t-il souligné.
Les commandes devraient chuter Un optimisme que bat en brèche Kang Chandararoth, directeur de l'Institut d'études pour le développement du Cambodge (CIDS), qui fait un constat inverse : selon lui, les exportations de textile du Cambodge ont au contraire chuté au cours des dix derniers mois, en comparaison avec les résultats de l'année précédente sur la même période. "En 2007, les exportations se portaient bien. Mais, en 2008, elle ont connu une chute jusqu'au mois d'octobre. Même si, en effet, le secteur a connu une légère croissance, elle est bien plus lente que les années précédentes. Les commandes tendent même à diminuer alors que la valeur des produits textiles a chuté de 9 à 10 %. Même si nous essayons de réduire les prix, les clients se font moins nombreux qu'avant, a-t-il expliqué. Cela a un lien direct avec la crise financière aux Etats-Unis car ce pays constitue l'un des principaux marchés du Cambodge."
Un secteur qui devrait licencier Selon cet économiste, les premières victimes de cette crise seront les ouvriers qui risquent de perdre leur emploi, faute de commandes et en raison de la fermeture de certaines usines. D'après lui, au moins trente établissements mettront la clef sous la porte dans un avenir proche, tandis que de nombreux autres réduiront leur cadence de production et seront amenés à licencier une partie de leur personnel. "De l'an 2000 à aujourd'hui, 62 000 travailleurs ont été mis à la porte ou ont connu des périodes de suspension provisoire de leur travail", avance l'expert.
Les patrons d'usines inquiets Un constat alarmant qui semble trouver un écho parmi le patronat. Cheat Khemara, représentant de l'Association des patrons du secteur textile du Cambodge (GMAC), a lui aussi fait part de ses inquiétudes quant à l'avenir de ce secteur en 2009, face à la crise économique mondiale. Etendue désormais à l'Amérique du Nord, à l'Europe et à l'Asie, cette crise devrait inévitablement entraîner une baisse des commandes, provoquée par une plus faible consommation. Déjà, a-t-il souligné, les commandes pour 2009, passées en novembre 2008, ont enregistré une baisse d'environ 30% par rapport à la même période en 2007.
"Les commandes risquent de se réduire à un niveau très faible en 2009. En général, l'essentiel de nos commandes annuelles se passe entre les mois de novembre et avril. Mais aujourd'hui, nous n'avons pas encore atteint le niveau que nous avions atteint en 2007. [...] Les autres clients attendent peut-être de voir comment va évoluer la crise financière. Mais nous pensons que cette crise durera longtemps", redoute Cheat Khemara, appelant le gouvernement cambodgien à prendre des mesures pour sauver le secteur et rassurer les investisseurs, comme l'ont fait les gouvernements des pays étrangers déjà touchés de plein fouet par la crise.
Le GMAC regroupe actuellement 308 usines qui continuent à fonctionner. Mais, d'après Cheat Khemara, depuis le début de l'année, neuf établissements ont déclaré faillite tandis que onze autres ont mis la clef sous la porte, sans prévenir et sans même avoir entamé de procédure légale de banqueroute.
Peu d'espoirs pour 2009 Pour Kang Chandararoth, il n'y a donc que peu d'espoir que les exportations textiles cambodgiennes gardent le même rythme de croissance en 2009. "Nous serons victimes du contexte international, principalement à cause de la crise aux Etats-Unis, anticipe-t-il. Même si le prix de l'essence diminue, j'ai peu d'espoir qu'en 2009 nous parvenions à éviter de nous retrouver dans une situation délicate".
D'après l'économiste, le Cambodge paye ainsi le choix fait par le ministère du Commerce d'orienter sa production essentiellement vers le marché américain, plutôt que de viser des marchés plus modestes et diversifiés. "Nous devons tourner notre commerce extérieur vers des pays d'Asie, de la péninsule arabique, d'Europe et d'autres marchés du continent américain", conseille-t-il. |