
Prey Speu (Cambodge). "Ayez pitié, aidez-moi", graffiti figurant sur les murs du centre de réinsertion (photo non datée fournie par Licadho) "Détenu dans une prison misérable", "Ayez pitié de moi, aidez-moi !", "J'écris pour dire que j'ai vécu dans la terreur et sous l'oppression", etc. Les graffitis laissés par les "locataires" des centres des Affaires sociales de Prey Speu et de Koh Kor, en périphérie de Phnom Penh, sont assez éloquents sur la nature du séjour de ces personnes dans ces institutions supposées être de réinsertion sociale, dénonce la Licadho. Ils viennent corroborer les témoignages recueillis par l'ONG locale de défense des droits de l'Homme qui font état de violations des droits humains, de l'emprisonnement illégal au passage à tabac, en passant par des viols perpétrés par certains gardiens de ces centres.
L'organisation déplore ainsi l'échec du gouvernement à initier des enquêtes dans ces lieux, à punir les "abus systématiques" qui y seraient commis, et à les prévenir. Selon une déclaration du ministère des Affaires sociales, publiée dans l'édition du 6 novembre du quotidien Rasmei Kampuchea, les sans-abris démunis qui séjournent dans ces centres le font de "plein gré" en vue d'y recevoir notamment une formation professionnelle, et la gestion de ces établissements ne suscite aucune inquiétude. Ce même jour, rapporte la Licadho, ses enquêteurs étaient autorisés à visiter le centre de Prey Speu (district de Chom Chao), pour la première fois après de multiples et vaines requêtes. Outre des volets scellés pour dissuader toute tentative de fuite, ils y ont trouvé des "preuves irréfutables" que les personnes y sont détenues de manière contrainte : les messages laissés aux murs par des âmes désespérées, du moins, précise l'ONG, ceux qui, indélébiles, ont résisté aux séances de nettoyage organisées pour réhabiliter le lieu. "Les murs de Prey Speu témoignent très clairement de ce qui s'y passe depuis des années : des êtres humains illégalement arrêtés dans la rue, enfermés comme des animaux dans des conditions épouvantables", s'offusque Naly Pilorge, la directrice de la Licadho, qui estime que le temps du déni par le gouvernement est révolu et l'appelle à intervenir. Depuis des années, rappelle l'ONG, les sans-abri, mendiants, prostitués, drogués et autres "indésirables", aux yeux des autorités, font l'objet dans les rues de Phnom Penh de coups de filet policiers aléatoires, destinés à "embellir la capitale" et qui peuvent les conduire dans l'un des centres des affaires sociales situés en périphérie. Depuis plusieurs mois, la Licadho alerte le gouvernement sur ces abus, informations à l'appui, et dit se heurter à un mur. Un rapport du ministère de l'Intérieur, envoyé à l'ONG, rejette en bloc les accusations de cette dernière. Tout au plus y est-il reconnu que certaines personnes ont été détenues dans des salles cadenassées mais "pour de courtes périodes" et "pour leur sécurité", souligne l'organisation. "Le fait que les centres de Prey Speu et de Koh Kor restent non seulement ouverts mais aussi gérés par les mêmes personnes impliquées dans des abus constitue un affront à leurs innombrables victimes. Blanchir les murs de Prey Speu n'effacera jamais les actes criminels qui s'y sont produits. Au lieu de couvrir ces abus, le gouvernement doit montrer qu'il veut se saisir de ce problème sérieusement".
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