
Phnom Penh (Cambodge), le 24 septembre 2008. Mu Sochua, députée du Parti Sam Rainsy, lors d'une conférence de presse du Premier ministre Hun Sen à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle session parlementaire ©John Vink/ Magnum Lors d'un discours prononcé mercredi 29 avril à Phnom Penh, le Premier ministre du Cambodge s'est présenté en victime dans l'affaire qui l'oppose à Mu Sochua, la députée du Parti Sam Rainsy qui a porté plainte contre lui pour diffamation et injures. Hun Sen a notamment rappelé à son opposante qu'il serait aisé d'obtenir la levée de son immunité parlementaire, les députés étant majoritairement affiliés au Parti du peuple cambodgien et donc acquis à la cause du chef de l'exécutif. Plusieurs organisations de la société civile cambodgienne ont vivement réagi, condamnant les pressions et menaces du pouvoir en place à l'encontre de l'opposition.
"Je suis une simple victime qui ne souhaite que me défendre devant la loi et trouver la justice", a déclaré haut et fort le Premier ministre cambodgien, devant un public d'étudiants fraîchement diplômés. Affirmant n'avoir méprisé "aucune femme", Hun Sen s'est défendu d'avoir attaqué directement Mu Sochua. Les propos qu'il a prononcés à Kampot, au début du mois d'avril, sur une femme à l'attitude "provocante" qui se serait "élancée vers un homme pour l'embrasser, à s'en faire arracher les boutons [de chemisier]", ne visait nullement la députée, a-t-il assuré... Le Premier ministre a tenu à justifier le fait qu'à son tour il avait porté plainte contre l'élue d'opposition. "Jeudi [23 avril], elle a tenu une conférence de presse [sur cette affaire]. J'ai donc suffisamment de preuves. J'ai signé vendredi [24 avril] une plainte [contre elle] pour diffamation avant même le début de la procédure judiciaire [engagée par Mu Sochua contre Hun Sen]", a-t-il déclaré, précisant que sa plainte visait aussi l'avocat de Mu Sochua, Me Kong Sam Onn, qui était au côté de sa cliente lors de la conférence de presse. Le Premier ministre réclame à chacune des deux personnes visées dix millions de riels (2 500 dollars) de dommages et intérêts. Une somme qu'il reversera, a-t-il annoncé, aux bonnes œuvres en faveur des orphelins. Le Premier ministre a également affirmé que si la justice demandait la suspension de son immunité parlementaire, il serait prêt à l'accepter, tout en rappelant qu'une telle procédure à son encontre aurait peu de chances d'aboutir. "Je ne crois pas que les députés du Parti du peuple cambodgien [PPC, qui dispose de 90 sièges sur 123 à l'Assemblée nationale] voteront à main levée la suspension de mon immunité. Comme pour Lok Chumteav Men Sam On [vice-Premier ministre PPC], ils ne le feront pas", a parié avec assurance Hun Sen. L'"homme fort" du Cambodge ne s'est en revanche pas privé de signaler que si la justice formulait une demande similaire à l'encontre de Mu Sochua, il serait aisé de lui donner satisfaction, le vote des deux tiers des députés étant déjà quasiment acquis. Plusieurs organisations cambodgiennes de défense des droits de l'Homme et d'observation de la vie politique ont vivement réagi, avant même ce dernier discours du chef du gouvernement, contre la menace de levée de l'immunité parlementaire de la députée du Parti Sam Rainsy (PSR). "Menacer arbitrairement de suspendre l'immunité de Mu Sochua, sans preuve qu'elle ait commis un quelconque crime, est un acte flagrant d'intimidation contre un député d'opposition, a dénoncé le président du Centre cambodgien des droits de l'Homme (CCHR), Ou Virak, dans un communiqué daté du 29 avril et co-signé par neuf organisations locales. Cela vise clairement à la réduire au silence et à la dissuader de faire valoir son droit légitime d'engager une poursuite pour diffamation." Pour Kek Galabru, présidente de l'ONG de défense des droits de l'Homme Licadho, cette "menace à l'encontre de Mu Sochua est un exemple de plus de l'environnement dangereux auquel sont confrontés les parlementaires d'opposition au Cambodge". "Les députés de tous les partis doivent être libres d'exercer leur fonction, de représenter les intérêts de leurs électeurs et de s'exprimer publiquement sur des sujets d'intérêt public, sans craindre des arrestations et détentions arbitraire", a-t-elle rappelé, tandis que Yeng Virak, directeur exécutif du Centre d'éducation légale communautaire (Clec), a souligné que l'immunité parlementaire "n'est pas quelque chose que l'on peut retirer sur un coup de tête de représentants du gouvernement". "Si l'immunité de Mu Sochua est levée, cela prouvera simplement ce qu'elle cherche à démontrer : que les députés d'opposition ne sont pas libres de faire leur travail sans craindre des intimidations et des persécutions", commente encore Koul Panha, directeur du Comité pour des élections justes et libres au Cambodge (Comfrel). Thida Khus, directrice exécutive de l'organisation Silaka regrette quant à elle une "menace [...] doublement triste [...] contre l'une des rares femmes politiques actives dans un pays où les voix des femmes sont fréquemment étouffées et ignorées". Contactée par Ka-set, l'élue PSR de Kampot, Mu Sochua, a simplement indiqué qu'elle entendait laisser la justice juger cette affaire et qu'elle accueillerait avec bienveillance une éventuelle demande de suspension de son immunité parlementaire de la part des autorités judiciaires. "Je fais confiance à la volonté des députés, de tous les partis, et respecterai leur décision", a-t-elle promis. Son défenseur Kong Sam Onn a expliqué quant à lui n'avoir agi que dans le cadre de sa profession d'avocat et a nié avoir tenu des propos diffamatoires à l'égard du Premier ministre cambodgien.
Egalement sur Ka-set
 Parti Sam Rainsy - Parti des droits de l'Homme : chronique d'une fusion annoncée (23-04-2009)
- Plainte en diffamation de Mu Sochua contre Hun Sen : le Premier ministre contre-attaque (28-04-2009) - La députée d'opposition Mu Sochua porte plainte contre Hun Sen pour diffamation (23-04-2009) - L'opposition cambodgienne continue la lutte pour obtenir un vrai statut parlementaire (20-11-2008)
|
Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier