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Jeudi 25 décembre, la Cour d'appel rendra sa décision sur le dossier de Boeung Kak. Les plus de 4 000 familles installées sur et autour de ce lac situé au coeur de la capitale Phnom Penh tentent d'empêcher la poursuite d'un vaste projet de développement qui les condamne au départ. Plus de 130 hectares de cette zone ont en effet été cédés en 2007 à une compagnie privée, Shukaku, pour une concession de 99 ans, par la municipalité de Phnom Penh. Depuis août 2008, la société a commencé à remblayer le lac, et les paillotes à s'enfoncer dans les eaux vers une immersion inexorable. Les compensations offertes par la compagnie (sommes d'argent ou relogement en périphérie), déjà acceptées par plusieurs familles résidentes, sont cependant jugées insuffisantes par une majorité d'entre elles, qui continuent de se battre.
Les arguments juridiques, l'avocat des habitants, Choung Chou Ngy, n'en manque pas, et il les a présentés mardi 23 décembre au siège de l'organisation Clec (Community legal education center). Objectif : stopper les opérations de remblaiement du lac pour que des négociations se tiennent entre les résidents, la municipalité de Phnom penh et la société Shukaku afin qu'un accord satisfaisant pour tous soit trouvé.
L'avocat a ainsi pris soin de lister les nombreuses violations dont se rendraient, selon lui, coupables la société et la municipalité : violation de l'article 44 de la Constitution du Cambodge, qui protège la propriété privée légale, de l'article 58 de la Loi foncière, qui n'autorise de céder une terre en concession que si celle-ci n'est pas un bien inaliénable de l'Etat, ou encore des articles 16 et 18 d'un sous-décret du 27 novembre 2006 qui stipule notamment que toute cession d'un bien public ne doit aucunement causer d'effet ou de dommages à la zone concernée, etc. Il a rappelé le rôle de régulateur joué jusque-là par le lac Boeung Kak en absorbant les eaux de pluie, et en protégeant ainsi la capitale cambodgienne des inondations. Bref, Me Choung Chou Ngy, s'est ouvertement interrogé sur la légalité de cette concession et s'est demandé si la municipalité de Phnom Penh avait réellement agi pour l'intérêt national en cédant Boeunk Kak en concession à une société pour un projet de développement.
Un représentant des habitants de Boeung Kak, M. Ros Sen, a également pris la parole pour souligner que, jusqu'au début de l'année 2007, jamais les autorités ne leur avaient signifié que leur installation était illégale, et que ce projet de développement leur avait été imposé sans concertation préalable. Or certaines familles vivent là depuis le début des années 1980. Il a également dénoncé une campagne d'intimidation menée par la compagnie pour convaincre les habitants de partir.
"J'ai tout d'abord voulu déposer une plainte contre la municipalité de Phnom Penh et la compagnie [Shukaku] auprès de la Cour municipale mais la somme que la cour nous réclamait était faramineuse, on a dû y renoncer ! J'ai refait une tentative, en demandant cette fois-ci à ce que les travaux de remblaiement soient interrompus. Là encore, on nous a demandé d'assortir notre plainte d'une coquette somme d'argent que mes clients n'ont pas ! Alors je me suis tourné vers la Cour d'appel", a récapitulé Me Choung Chou Ngy, qui ne nourrit guère d'espoir quant à la décision que rendra la Cour d'appel jeudi. "Nous n'avons pas d'autres options...", glisse-t-il, tout en appelant les parlementaires et les membres du gouvernement du Cambodge à examiner attentivement ce dossier.
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier