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Quatre grandes organisations internationales, la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), le Centre sur les droits au logement et les évictions (Cohre), Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International (AI) ont adressé jeudi 4 décembre une "lettre ouverte" au gouverneur de la municipalité de Phnom Penh Kep Chuktéma pour lui faire part de "leur profonde préoccupation quant aux récents développements affectant les résidents du lac Boeung Kak", dans le centre de la capitale du Cambodge.
"Certains riverains du lac ont été contraints de quitter leurs terres tandis que d'autres font face à la montée des eaux, à des menaces et à des harcèlements", dénoncent-elles. "Des officiels du gouvernement et des ouvriers de la compagnie ont menacé les résidents dans et autour de la zone du lac de Boeung Kak ainsi que les ONG qui les soutiennent [...]. Des forces de l'ordre lourdement armées, dont la police militaire, harcèlent fréquemment les leaders communautaires et les employés des ONG, et bloquent l'accès à la zone".
Les signataires de cette lettre, Souhayr Belhassen, président de la FIDH, Salih Booker, directeur exécutif de Cohre, Brad Adams, directeur Asie de HWR, et Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d'AI, relèvent également que des journalistes ont dû faire face à des mesures "d'intimidation lorsqu'ils ont tenté de rapporter ces événements, notamment le 27 novembre 2008 lorsque la police a emmené des reporters afin de les interroger sur leur couverture de la situation".
Au-delà de ces récentes actions, les quatre organisations estiment que le projet de développement confié par le gouvernement à la compagnie Shukaku Inc, qui attribue à cette dernière une concession de 99 ans sur le lac et la zone avoisinante, est conduit dans des conditions contraires au droit cambodgien et aux "obligations internationales du Cambodge en matière de droits de l'Homme".
La mise en place de ce projet d'urbanisme, qui nécessite le comblement de 90% du lac de Boeung Kak, "conduira à l'expulsion de quasiment 4 000 familles, bien que nombre d'entre elles possèdent des droits légaux solides sur ces terres, au titre de la loi foncière". Ces expropriations sont menées sans consultation ni discussion, déplorent la FIDH, Cohre, HRW et AI, qui critiquent la faiblesse des dédommagements proposés, ne permettant aux victimes qu'un relogement en périphérie de la capitale, dans des zones "inappropriées", loin de la ville et dépourvues des infrastructures sanitaires et sociales de base.
"Selon la loi foncière de 2001, le lac lui-même fait partie des biens inaliénables de l'Etat et en tant que tel ne peut être cédé en concession pour une durée supérieure à quinze ans, période durant laquelle la fonction de ce bien ne doit pas changer", rappellent les auteurs de cette lettre, qui précisent que le lac a été requalifié, en août 2008, "propriété foncière privée, dans ce qui apparaît être une tentative de validation de la concession".
Par ailleurs, ils soulignent "qu'aucune procédure d'appel d'offre n'a précédé l'accord" entre le gouvernement et la compagnie, ce qui contrevient également à la loi cambodgienne.
Pour les quatre organisations internationales, qui réclament un moratoire sur les expulsions foncières tant que le cadre légal et les politiques inhérentes ne permettent pas de garantir le respect des obligations internationales du Cambodge sur les droits de l'Homme, le cas de Boeung Kak est symptomatique d'un phénomène qui continue à toucher largement le pays en dépit des protestations répétées de différentes organisations des droits de l'Homme. "Des recherches récemment conduites par Amnesty International et des partenaires locaux ont montré que près de 150 000 personnes au Cambodge vivent avec la menace d'être expulsés, dont 70 000 uniquement à Phnom Penh", est-il rappelé.
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