
Phnom Penh (Cambodge), le 25 décembre 2008. Une habitante de Boeung Kak a un malaise à la sortie de l'audience de la Cour d'appel © John Vink / Magnum Sans surprise, la Cour d'appel a rejeté, jeudi 25 décembre, la plainte des habitants du lac Boeung Kak qu'ils avaient déposée contre la société Shukaku, laquelle a obtenu de la municipalité de Phnom Penh de développer cette zone dans le cadre d'une concession de 99 ans. A la sortie de l'audience, cris et larmes chez ces Phnompenhois massés sur et autour de ce lac situé au coeur de la capitale du Cambodge et que la société remblaie depuis le mois d'août, condamnant leurs paillotes à disparaître les unes après les autres dans les eaux. Un centre commercial et d'autres infrastructures devraient voir le jour dans ce quartier habité depuis les années 1980.
Les réactions des avocats L'audience aura duré trois heures et le verdict de la cour a déconcerté l'avocat des habitants, Me Choung Chou Ngy : "Le président de la cour a déclaré dans son verdict que la compagnie Shukaku n'avait rien à voir dans cette affaire !!!" Une décision qu'il qualifie tout simplement "d'injuste". "Comment dire qu'elle n'y est pour rien ? On voit bien qu'en remplissant de sable le lac, elle cause la perte des habitations de mes clients !", s'étrangle l'avocat, qui ne compte pas pour autant baisser les bras.
Une fois le verdict prononcé, l'avocat de Shukaku, Me Cheng Peng Hâb, a joué aux timorés face aux journalistes qu'il a cherché à fuir en retournant se réfugier dans la salle d'audience, téléphone accroché à l'oreille, jusqu'à ce que les employés de la cour coupent l'électricité et l'oblige à sortir. Son commentaire sera lapidaire : "Cette histoire concerne la municipalité et les habitants. C'est donc à la mairie de résoudre cette affaire, je ne peux pas en dire plus, je ne suis que l'avocat de la compagnie !"
La colère des habitants Une minute après la lecture de la décision, une quarantaine d'habitants de Boeung Kak se regroupaient à l'extérieur du tribunal pour faire éclater leur colère et lancer une bordée d'injures à l'encontre de l'institution judiciaire. Femmes étranglées par les sanglots, hommes aux visages rouges de fureur, ils ont dit leur mépris pour cette "cour corrompue", "aveuglée par les dollars", "vendue à la compagnie et aux gens de pouvoir", et "tout sauf indépendante". Des baguettes d'encens ont été brûlées tandis qu'une femme s'évanouira à force de s'époumoner. "Le sort de la population dépend de la cour mais quel coeur ont ces juges ?"
Mme Be Pharom, l'une des représentantes de ces victimes, a déclaré qu'elle ne renoncerait pas au combat, et qu'elle était prête à camper devant le domicile du Premier ministre Hun Sen toute la semaine s'il le fallait jusqu'à ce qu'il intervienne. "Samdech Hun Sen est maintenant notre dernier recours. Les habitants de Boeung Kak peuvent accepter le projet de développement du gouvernement s'il y a une solution raisonnable pour nous. Nous ne voulons pas partir avec des larmes aux yeux !", a-t-elle souhaité.
Avant l'ouverture de l'audience, les habitants s'étaient donné rendez-vous devant le lieu sacré de Preah Ang Dangkeu, qui se dresse devant le Palais royal, pour adresser des dernières prières, et que les esprits convainquent les juges de trancher en leur faveur. "Nous portons plainte devant la 'Cour naturelle'. Qui sème le mal, récolte le mal ! La Cour naturelle a déjà jugé une personne !", avait alors lancé une quinquagénaire du groupe, qui refuse, comme bien d'autres, les dédommagements qui leur ont été proposés et qu'ils jugent être bien trop faibles.
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier