|
Une centaine de prostitués, hommes et femmes, ont lancé mercredi 4 juin une campagne de dénonciation de la nouvelle loi cambodgienne contre le trafic d'êtres humains dont ils s'estiment être les victimes. Ce mouvement, qui s'appuie sur les réseaux des femmes pour l'unité et des prostitués d'Asie-Pacifique, appelle à un amendement de cette loi adoptée en mars 2008 et qui a entraîné, dénonce-t-il, la fermeture des maisons closes, l'arrestation jugée souvent violente de prostituées indépendantes par la police et leur envoi dans un centre de réinsertion en périphérie de la capitale du Cambodge, Phnom Penh.
"Les filles sont régulièrement battues par les policiers, qui les empêchent de faire du racolage sur la voie publique pour, disent-ils, ne pas porter atteinte à la dignité des Cambodgiennes. Mais la prostitution est également un métier. Et on ne le choisit pas ! C'est la seule option qu'il nous reste quand les emplois qu'on trouve ne nous permettent pas de nourrir nos familles", défend Pich Sochea, une représentante des réseaux de femmes pour l'unité.
Des filles qui ont expérimenté des séjours en centre de réinsertion ont témoigné des brutalités et des viols dont elles disent avoir été victimes. Le fait de policiers ou de gardiens du centre. Une "rescapée" raconte dans une courte vidéo son calvaire : "On était plusieurs à guetter le client dans un jardin public de Phnom Penh quand un camion de police a déboulé sur nous pour nous embarquer sans nous expliquer quoi que ce soit. Les plus jeunes ont réussi à se faire la belle, mais moi ils m'ont eue. Je suis sous antirétroviraux et je n'ai guère de force pour courir... A la station de police, six policiers ont abusé de moi. Les cinq premiers ont accepté d'utiliser les préservatifs que j'avais sur moi, mais je n'ai pas réussi à convaincre le sixième, même après lui avoir dit que j'étais séropositive !"
La disparition de nombreuses maisons de passe forcent les prostitués à travailler dans la clandestinité, et leur fait encourir de plus gros risques pour leur sécurité. Les participants se sont ainsi inquiétés des retombées sur la propagation du virus du sida, n'ayant plus les moyens d'imposer à leurs clients le port du préservatif. Dans l'assemblée réunie pour l'occasion de cette campagne, les représentants des autorités n'étaient pas légion. Pourtant, les prostitués attendent du gouvernement la prise de mesures rapides pour mieux les protéger.
"Si la loi est correctement rédigée, alors l'amalgame entre prostitution et trafic d'êtres humains ne doit pas être fait. De plus, les prostitués peuvent être de bons indicateurs pour les policiers pour les aider à mettre la main sur les trafiquants", estime Pich Sophea, qui parlait au nom des 50 000 prostituées, réparties dans quinze villes du Cambodge, qui ont déjà rejoint son réseau.
|
Par Chenis
Par nina
Par Jean-Sien