| Ce serait, selon le gouvernement cambodgien, le statu quo entre forces armées khmères et thaïlandaises sur le site du temple de Preah Vihear, qui se noircit depuis mardi 15 juillet matin d'uniformes militaires. Sur place, pourtant, le nombre de soldats thaïlandais armés, stationnant à la pagode cambodgienne sise à 300 mètres en contrebas du temple récemment inscrit à la liste du patrimoine mondial, est passé mercredi 16 juillet à plus de trois cents, selon le vice-gouverneur de la province, Long Sovann. Certains d'entre eux portent à l'épaule des lance-roquettes, rapportent plusieurs témoins sur place. Le village cambodgien coincé à la frontière s'est quant à lui vidé de presque toutes ses âmes. De retour d'une expédition dans cette zone contestée entre les deux royaumes voisins et au sortir d'une réunion chez le Premier ministre Hun Sen, où étaient conviés les chefs de l'armée, de la police et des Affaires étrangères, le porte-parole du gouvernement cambodgien Khieu Kanharith a, dans une conférence de presse, appelé au calme et rassuré, mais a toutefois prévenu : "Si des affrontements éclatent, la première victime en sera le temple !"
Les troupes thaïlandaises postées sur le sol cambodgien se sont depuis mardi 15 juillet nettement renforcées. "D'autres de leurs collègues ont franchi la frontière sous le prétexte de venir leur apporter de la nourriture et ne sont ensuite pas repartis ! Les soldats cambodgiens ont bien essayé de les refouler à la frontière car ils étaient trop nombreux à vouloir entrer mais ces derniers ont forcé le passage. C'est maintenant une véritable occupation militaire de notre pagode !", s'inquiète un habitant de Preah Vihear, qui suit de près les événements, et préfère ne pas décliner son identité. Le mot d'ordre a été passé, côté cambodgien, de ne pas sortir les armes tant qu'il n'y avait pas à proprement parler "d'agression". Phnom Penh veut croire que le conflit se résoudra par les voies diplomatiques. Négociations en vue Lors de sa conférence de presse mercredi 16 juillet, Khieu Kanharith a confié que le cabinet du Premier ministre thaïlandais avait contacté le ministre cambodgien de la Défense, Tea Banh, "pour prendre rendez-vous au plus vite". Les Cambodgiens ont laissé le soin à la partie thaïlandaise de choisir le lieu des négociations, et une date reste à déterminer, qui interviendra "cette semaine". Le responsable a cependant précisé que ces discussions ne s'ouvriront qu'après "un retour à la normale de la situation à Preah Vihear". "Tout d'abord, chacun chez soi, puis on parle !" Le porte-parole a rappelé l'affaire : l'entrée illégale, la veille, sur le territoire cambodgien d'un moine et de deux nonnes thaïlandais qui voulaient déposer un drapeau aux couleurs de leur pays au temple de Preah Vihear, suivie de leur arrestation et de l'intervention plus tard d'une quarantaine de soldats thaïlandais pour les libérer; ce qu'ils ont obtenu, mais sans vouloir néanmoins se retirer. "Hier soir, d'autres militaires du pays voisin sont arrivés, sacs au dos. Ils étaient 170 à dormir dans la pagode du Phnom Prasat, [accroché sur le flanc du promontoire au sommet duquel se dresse le temple] et ce matin ils étaient quelque 200, contre 380 soldats cambodgiens", a-t-il indiqué. "La situation n'est pas très tendue" Khieu Kanharith, également ministre de l'Information, a insisté à plusieurs reprises : "La situation n'est pas très tendue entre les deux armées". Les armes sont donc pour l'heure au repos, assure-t-il, avant d'appeler tous les Cambodgiens, "et notamment les médias", à ne pas envenimer cette affaire car "c'est inutile et les autorités cambodgiennes maîtrisent la situation". Le Premier ministre Hun Sen lui-même, a-t-il rapporté, "demande de ne pas mettre de l'huile sur le feu", et a ordonné à toutes les provinces cambodgiennes partageant une frontière avec la Thaïlande à conserver de bonnes relations avec elle. "Si la Thaïlande venait à ouvrir les hostilités, alors elle serait fortement condamnée sur la scène internationale. De plus, dans le cadre des liens qui nous unissent au sein de l'Asean, dont la Thaïlande vient de prendre la présidence, les différends entre pays membres doivent être réglés pacifiquement", a rappelé Khieu Kanharith. "Le droit est avec nous" Devant les journalistes, le porte-parole a expliqué pourquoi le Cambodge ne recourait pas à la force pour expulser les troupes thaïlandaises présentes sur son sol. "La loi internationale nous donne raison. De plus, si nous utilisions les armes, le temple pourrait être fortement endommagé au milieu des affrontements. Enfin, l'armée thaïlandaise n'a pas la volonté d'entrer plus avant sur notre territoire." Il s'est alors à nouveau dit "rassuré", estimant qu'une solution serait trouvée lors de la réunion qui se tiendra prochainement entre les deux parties. La Thaïlande, a-t-il précisé, revendique cette zone, opposant une carte qu'elle a établie unilatéralement à celle sur laquelle s'est appuyée la Cour internationale de justice de La Haye pour rendre son arrêt en 1962, qui attribuait la souveraineté du temple de Preah Vihear au Cambodge. Khieu Kanharith a néanmoins répondu par la négative quand les journalistes lui ont demandé si l'armée thaïlandaise avait agi sur les ordres du gouvernement thaïlandais, sans faire plus de commentaires et refusant de parler "d'invasion" du pays. "Eviter les récupérations à des fins politiques" Prônant à nouveau un règlement pacifique de cet incident, Khieu Kanharith a souligné que le gouvernement voulait éviter que "quiconque cherche à exploiter cette situation, comme l'opposition en Thaïlande, ou, au Cambodge, comme a tenté de le faire 'un' parti politique". |