| Le Premier ministre du Cambodge Hun Sen a, dans un courrier adressé à son homologue thaïlandais Samak Sundaravej, estimé "important que nous, représentants de nos deux Etats, ayons à nouveau réaffirmé nos bonnes relations de voisinage et notre coopération de longue durée afin que nous puissions résoudre le problème via des négociations et la mise en place d'une rencontre entre Votre Excellence et Son Excellence Tea Banh le 21 juillet". Une lettre qui intervient après que les deux chefs de gouvernement se sont entretenus au téléphone la veille, mercredi 16 juillet.
C'est le Comité mixte de la frontière, dirigé par les ministres de la Défense des deux royaumes, qui se réunira lundi 21 juillet dans la province thaïlandaise de Srah Keo, pour trouver une issue à la crise "et non pas résoudre le litige concernant le tracé de la frontière", a souligné jeudi 17 juillet dans l'après-midi le porte-parole du gouvernement cambodgien Khieu Kanharith, dans une conférence de presse. Il a glissé que le Cambodge, qui avait laissé le choix du lieu à la Thaïlande, était satisfait de cette solution, une rencontre sur le territoire khmer étant mal venue en cette période de campagne électorale. Le Cambodge s'apprête en effet à renouveler sa chambre des députés le 27 juillet.
"Que la situation retourne à la normale" Hun Sen rappelle par écrit avoir demandé à son homologue thaïlandais "d'ordonner le retrait des troupes thaïlandaises de la zone de la pagode de Keo Sikha Kiri Svara (appelée pagode de Preah Vihear)", située près du temple éponyme, "afin que la situation retourne à ce qu'elle était avant le 15 juillet 2008", date du début de l'intrusion des forces armées voisines sur le territoire cambodgien.
Malheureusement, déplore l'homme fort du Cambodge, ce 17 juillet, "la situation se détériore en raison d'une augmentation continue du nombre de militaires thaïlandais à l'intérieur et autour de la pagode [...] et la présence de manifestants thaïlandais". A leur sujet, Khieu Kanharith a réfuté les allégations selon lesquelles des protestataires du pays voisin arriveraient en masse par camions à la frontière.
Enfin, faisant valoir que la dégradation de la situation pourrait nuire aux relations entre leurs deux pays, Hun Sen demande à Samak Sundaravej "de prendre des mesures en vue d'apaiser les tensions et d'ordonner le retrait des troupes thaïlandaises".
Une intrusion qui n'est pas le fait du gouvernement thaïlandais Pour Khieu Kanharith, cette crise n'a pas été provoquée par le gouvernement du royaume voisin mais "par le parti d'opposition thaïlandais qui cherche à renverser l'actuel gouvernement". Il a à nouveau déploré le fait qu'"un groupe extrême", au Cambodge, exploite ce conflit.
400 contre 400 Jeudi 17 juillet au matin, des soldats thaïlandais continuaient d'affluer sur le territoire cambodgien, dont les effectifs sont montés à quelque 400. Côté cambodgien, 400 hommes également ont été déployés dans la zone, Khieu Kanharith démentant le nombre de 800 hommes de l'ordre cambodgiens, comme rapporté dans la presse.
"Mais si des affrontements éclatent, soyez sûrs que nous disposons d'assez de forces pour riposter", a-t-il déclaré, soulignant que le Cambodge est un pays "indépendant et souverain, qui a déjà fait la guerre par le passé et n'a pas peur de la Thaïlande". Puis, il s'est rasséréné : "Mais nous ne voulons pas envoyer davantage d'hommes, ce qui augmenterait les risques de dérapage".
Il a alors révélé que les forces cambodgiennes n'étaient pas composées de militaires mais d'éléments de la police nationale et de la police de tourisme, considérés moins "nerveux" que les premiers, toujours dans le but de contrôler la situation et de prévenir un recours malheureux aux armes.
Incompréhension "Le chef du gouvernement Hun Sen ne comprend pas pourquoi l'envoi de forces armées thaïlandaises se poursuit", a rapporté Khieu Kanharith, rappelant que la Thaïlande occupe depuis juillet la présidence de l'Asean dont le Cambodge est également membre. "Ils n'auraient pas dû agir ainsi, au mépris du droit. Ce n'est pas responsable !", a-t-il critiqué. Il a ensuite fustigé les propos tenus dans la presse par le commandant en chef de l'armée thaïlandaise, qui a déclaré que "la Thaïlande avait envoyé des troupes pour faire pression dans les négociations" avec le Cambodge. "Ce n'est pas un langage que doit tenir un membre de l'Asean !"
Selon Khieu Kanharith, les Thaïlandais ont pénétré une zone qu'ils estiment "blanche", car revendiquée par les deux voisins, et pensent être dans leur droit. "Et si les troupes cambodgiennes procédaient ainsi ? C'est impensable ! Il faut respecter le droit international. Même si le tracé de cette zone n'est pas clair, ils auraient dû demander la permission au Cambodge avant d'entrer sur notre territoire". Il ne fait aucun doute pour lui que la Thaïlande a perdu de sa crédibilité.
Le Cambodge n'est pas faible "Le gouvernement cambodgien veut dire au peuple qu'il n'est pas faible, qu'il ne s'incline pas devant la Thaïlande mais s'efforce de résoudre ce problème par la voie diplomatique", a insisté Khieu Kanharith, avant d'ajouter que si côté cambodgien des efforts avaient été faits, ce n'était visiblement pas le cas côté thaïlandais.
Jouant jusqu'au bout la carte diplomatique, le Cambodge se refuse à solliciter une intervention de l'Unesco, qui a enregistré le temple de Preah Vihear sur la liste du patrimoine mondial plus tôt ce mois, "afin de ne pas faire perdre la face" à son voisin, a souligné le porte-parole du gouvernement, avant de conclure : "Le Cambodge a déjà fait beaucoup d'efforts". |