Le Premier ministre cambodgien a annoncé dans la soirée du jeudi 24 juillet la tenue d'une rencontre bilatérale entre les ministres des Affaires étrangères du Cambodge et de la Thaïlande prévue lundi 28 juillet, à Siem Reap, au Cambodge, afin de régler le conflit qui oppose depuis le 15 juillet les deux royaumes dans la zone de Preah Vihear. Hun Sen a également déclaré avoir ordonné au chef de la diplomatie cambodgienne, Hor Namhong, de demander au Conseil de sécurité de l'organisation des Nations unies, dont le Cambodge avait sollicité l'intervention, de suspendre cette requête dans l'attente des résultats des négociations avec le royaume voisin.
Cette annonce, faite sous la forme d'un communiqué adressé à ses "compatriotes" khmers et lue jeudi soir sur la chaîne de télévision nationale khmère TVK, est intervenue à la suite d'un entretien téléphonique vers 16h30 entre Hun Sen et son homologue thaïlandais Samak Sundaravej.
Les deux chefs de gouvernement ont convenu d'envoyer dans la cité des temples d'Angkor leurs ministres des Affaires étrangères respectifs pour qu'ils tiennent lundi une seconde réunion bilatérale destinée "à résoudre le problème du déploiement des forces armées" dans la zone adjacente au temple de Preah Vihear, après l'échec d'une première rencontre entre les ministres de la Défense cambodgien et thaïlandais le 21 juillet.
Le communiqué du Premier ministre se termine par un appel lancé à ses "compatriotes", "à rester calmes et à conserver de bonnes relations avec la population thaïlandaise".
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Tharit Charungvat a également confirmé la tenue d'une réunion à Siem Reap lundi, dans une déclaration similaire faite jeudi soir à la presse thaïlandaise et diffusée sur le site internet de la diplomatie thaïlandaise.
Les Etats-Unis favorables à des négociations bilatérales Un peu plus tôt dans la journée, la secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice avait déclaré, en marge d'une série de conférences entre l'Asean et des pays tiers, à Singapour, qu'il serait "prématuré" de porter l'affaire devant les Nations unies, alors que "les consultations bilatérales se poursuivent". Les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, se sont ainsi opposés à ce que le différend khméro-thaïlandais soit abordé lors d'une réunion de cette instance, préférant user de la diplomatie bilatérale et régionale.
Cambodge et Thaïlande travailleraient désormais à la rédaction d'un communiqué conjoint qui pourrait évoquer les points suivants : le redéploiement simultané des forces armées, le déplacement de la pagode de Preah Vihear actuellement sise au pied du temple éponyme, la relocalisation du village cambodgien situé dans la zone contestée, la reprise des négociations et, éventuellement, l'organisation conjointe d'opérations de déminage dans ce secteur.
Le but de la Thaïlande : "rester" ? L'annonce du retrait de la demande d'intervention du Conseil de sécurité et de la tenue d'une nouvelle réunion bilatérale au lendemain des élections législatives cambodgiennes tranche avec les propos fermes du porte-parole du gouvernement cambodgien Khieu Kanharith, jeudi matin, qui dénonçait l'intention de la Thaïlande "de rester durablement sur ce terrain en affirmant qu'il s'agit d'une ‘zone grise'", une "situation sur laquelle on ne peut être d'accord".
A l'occasion d'un point presse, Khieu Kanharith est longuement revenu sur les déclarations du Premier ministre thaïlandais Samak Sundaravej qui avait accusé son homologue khmer Hun Sen de durcir le ton à la veille des élections législatives cambodgiennes à des fins électorales, affirmant que la position du gouvernement cambodgien s'assouplirait au lendemain du scrutin.
"Au contraire !", s'est défendu Khieu Kanharith devant une centaine de représentants des médias cambodgiens et étrangers à Phnom Penh : "Le Cambodge conserve la même position qui consiste à demander un retour à la situation antérieure au 15 juillet [premier jour de l'intrusion de soldats thaïlandais dans une zone contestée par les deux royaumes au pied du temple de Preah Vihear], faute de quoi je suis très inquiet quant à un risque d'affrontement armé qui serait alors inévitable."
Le piège de l'opposition "Jusqu'à présent, le gouvernement du Cambodge a cherché à éviter la guerre avec la Thaïlande, parce que nous pensions que la question de Preah Vihear était avant tout soulevée par l'opposition thaïlandaise. Nous avons donc tout essayé pour éviter des affrontements entre soldats", a-il expliqué, remerciant toutefois "l'armée thaïlandaise et les habitants de la province de Si Sa Ket qui ont empêché les manifestants de l'opposition thaïlandaise" de franchir la frontière. "Mais désormais, nous remarquons que, d'un jour à l'autre, [...] la Thaïlande ne cesse d'augmenter ses forces armées. Petit à petit, le gouvernement thaïlandais tombe dans le piège de l'opposition." "Nous sommes amis, mais si un ami nous marche sur les pieds à chaque fois, on ne peut pas supporter cela !", a-t-il lancé.
Interrogé sur la demande cambodgienne d'une intervention du Conseil de sécurité, le ministre de l'Information a déclaré que "le Cambodge n'avait pas le choix", compte tenu de l'échec des négociations menées le 21 juillet, mais qu'il continuait à souhaiter un règlement pacifique de ce conflit, "par tous les moyens, aussi bien en négociant à deux qu'à plusieurs".
Khieu Kanharith a également souligné les efforts pour éviter tout débordement, jusqu'à l'interdiction de la vente et de la consommation d'alcool dans la zone de Preah Vihear où sont postés les soldats. Il s'est également dit opposé au boycott des produits du pays voisin, estimant inutile "d'ajouter une pression supplémentaire" et préférable de conserver de "bonnes relations avec les Thaïlandais".
La stratégie du Premier ministre thaïlandais confirmée L'annonce du Premier ministre cambodgien Hun Sen confirme en tout cas un retour à des négociations au niveau bilatéral après les élections législatives au Cambodge comme l'avait souhaité et anticipé le Premier ministre thaïlandais. Ce dernier ne dispose cependant plus que de quelques jours pour nommer son ministre des Affaires étrangères, un poste vacant depuis la démission de Noppadon Pattama, à qui l'opposition thaïlandaise reprochait d'avoir soutenu la candidature du Cambodge pour l'inscription du temple de Preah Vihear sur la liste du patrimoine mondial. |