
Choam Ksan, Preah Vihear (Cambodge), le 10 mars 2008. Un enseignant aide une famille à remplir le questionnaire du dernier recensement démographique national © John Vink / Magnum La population cambodgienne continue d'augmenter mais à un rythme bien moins soutenu que lors de la décennie précédente. Tel est l'un des premiers enseignements du recensement démographique 2008, dont les résultats provisoires ont été présentés mardi 3 septembre au ministère du Plan du Cambodge, à Phnom Penh.
Le Cambodge moins peuplé que prévu Le taux de croissance démographique du Cambodge est passé de 2,4% au début du troisième mandat du gouvernement du Cambodge (2004) à 1,8% en 2006. Il s'élève désormais, d'après les premières conclusions de l'opération de recensement lancée en mars 2008, à 1,54%. Un chiffre qui demeure au-dessus de la moyenne des pays d'Asie du Sud-Est établie à 1,3%, seul le Laos ayant encore un taux de croissance démographique supérieur (1,7%), quand la Thaïlande affiche 0,5% et le Vietnam 1,4%. Aujourd'hui, le Cambodge compte donc officiellement 13 388 910 habitants, contre 11 437 656 en 1998. Les projections initiales, réalisées à partir des données du recensement intermédiaire de 2004, ont donc été démenties, qui tablaient sur une population de plus de 13,9 millions en 2005 et 15,2 millions en 2010. Taux de fécondité en baisse Sar Kheng, ministre de l'Intérieur et invité d'honneur de la cérémonie de publication de ces premières données, s'est félicité de ce ralentissement de la croissance démographique, selon lui dû à une meilleure utilisation des moyens contraceptifs. D'après le recensement 2008, deux femmes mariées sur cinq utilisent désormais un moyen de contraception. Conséquence directe de ces nouveaux comportements : le taux de fécondité des Cambodgiennes est passé de 4% en 2000 à 3,4% en 2005, tandis que le taux de croissance démographique devrait plafonner à 1,5% en 2010, selon les nouvelles projections. Le ministre de l'Intérieur s'est réjoui de cette meilleure maîtrise des naissances, rapportant les propos du Premier ministre Hun Sen, qui déclarait en juin dernier lors d'une conférence nationale sur la croissance démographique que "le gouvernement considér[ait] que la croissance démographique pesait lourdement sur la production et avait un impact négatif sur la pauvreté", responsable de "la faiblesse des revenus, des difficultés dans le domaine de l'éducation, et d'une forte pression sur le service public et l'environnement". La baisse du taux de croissance démographique n'est cependant pas uniforme dans l'ensemble du pays. La population continue d'augmenter fortement dans les centres urbains et chefs-lieux de provinces (+2,55%), tandis que cette croissance est moindre dans les campagnes (+1,3%). Forte croissance dans les petites provinces Ont connu une croissance démographique faible au cours de la dernière décennie les provinces de Kompong Cham, Koh Kong, Prey Veng, Pursat, Svay Rieng et Takéo, ces deux dernières ayant enregistré un taux particulièrement bas. En revanche, les provinces faiblement peuplées (moins de 100 000 personnes en 1998) ont vu leur population croître à un rythme bien plus soutenu : c'est le cas de Païlin et d'Oddar Meanchey, où ont été relevées les deux plus fortes progressions, ainsi que les provinces de Mondolkiri, Ratanakiri, Stung Treng et Kep. Les municipalités de Phnom Penh, Battambang, Siem Reap et Sihanoukville ont elles aussi connu une croissance démographique annuelle au-dessus de la moyenne nationale, avec un taux de plus de 2%. Un territoire plus dense La densité de la population sur l'ensemble du Cambodge est désormais de 75 habitants par km2 contre 64 en 1998. Elle reste cependant bien moins élevée que dans l'ensemble de la région (126 habitants/km2 en moyenne), loin derrière Singapour (7 205), les Philippines (288), le Vietnam (254) et la Thaïlande (126), mais encore très nettement devant le Laos (26). Là encore, les disparités entre provinces sont très fortes : quand le Mondolkiri compte à peine 4 individus au km2, Phnom Penh en accueille 4 571 sur la même superficie. Les écarts historiques entre zones montagneuses et plaines n'ont donc pas été effacés en dix ans. Les femmes d'abord Les Cambodgiens sont en majorité des... Cambodgiennes, comme cela était déjà le cas lors de la précédente décennie. Le royaume compte 100 femmes pour 94,2 hommes : ces derniers sont au nombre de 6 495 512 face à 6 893 398 Cambodgiennes. Les hommes sont moins nombreux dans les villes que dans les campagnes : 91,7 contre 94,8 sur 100 femmes. Des familles plus petites Conséquence de la baisse du taux de fécondité, la famille cambodgienne moyenne compte désormais moins de 5 membres : la moyenne qui s'établissait à 5,2 en 1998 est aujourd'hui de 4,7 personnes par foyer. Une baisse constatée aussi bien dans les chefs-lieux (de 5,5 en 1998 à 5 en 2008) que dans les zones rurales (de 5,1 à 4,6). Si les familles sont aujourd'hui plus petites qu'il y a dix ans, leur nombre total a augmenté : le taux de croissance annuel du nombre de foyers est de 2,7%. La province de Ratanakiri détient toujours la palme des familles les plus nombreuses, avec une moyenne de 5,5 membres par foyer, tandis que les familles de Prey Veng et Svay Reang sont les plus restreintes, avec un chiffre moyen de 4,2. Une population encore très rurale Enfin, plus de quatre Cambodgiens sur cinq (81%) vivent encore en zone rurale (contre 19% dans les chefs-lieux). En 1962, lors du premier recensement démographique du Cambodge, seuls 10% des 5,7 millions de Cambodgiens étaient installés en milieu urbain ; ils étaient près de 16% à vivre en ville en 1998. Toutes ces données brutes devront cependant être encore affinées et traitées au cours des prochains mois, a précisé le ministre du Plan Chhay Than, qui espère que cette photographie générale de la population du Cambodge aidera le gouvernement à mettre en œuvre sa politique et ses programmes de développement. Les résultats définitifs officiels de ce dernier recensement de grande échelle ne seront publiés que dans un an, en septembre 2009, a ajouté le ministre. |