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| Tribunal khmer rouge : un Ieng Sary fatigué obtient un report d'audience |
| Par Chheang Bopha et Stéphanie Gée | | | 30-06-2008 |
Les avocats de Ieng Sary, lequel comparaissait lundi 30 juin devant la Chambre préliminaire du tribunal khmer rouge dans le cadre de son appel contre l'ordonnance de sa mise en détention provisoire, ont obtenu un ajournement de l'audience à la mi-journée qui reprendra mardi 1er juillet.
Des vertiges à la pause déjeuner A la pause déjeuner, ont-ils relevé, leur client "n'a pas mangé comme à son habitude" et a été "pris d'étourdissements". Le médecin cambodgien de service des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), qui l'a examiné, a été appelé à témoigner. Il a évoqué les problèmes cardiaques et d'hypertension du mis en examen, et constaté une irrégularité : "la présence de liquide dans ses poumons", dont il a effectué une radio. Les arguments du généraliste sont allés dans le sens de la défense. Le médecin a ainsi argué qu'une prolongation de l'audience jusqu'à la fin de la journée pouvait fatiguer Ieng Sary et l'exposer à un risque "de formation d'oedème dans les poumons".
Ieng Sary veut prendre part à sa propre défense L'ancien vice-Premier ministre et chef de la diplomatie khmère rouge est apparu en possession de tous ses moyens intellectuels, parvenant à répondre correctement aux questions des juges, mais affaibli et le teint cireux. L'octogénaire, qui se déplace à l'aide d'une canne, s'est plaint de souffrir d'une mauvaise toux et de fatigue mais a bien fait comprendre qu'il ne renoncerait pas à son "droit à être présent". "Je ne souhaite pas que l'audience se poursuive sans moi. Or si je reste, je crains d'être fatigué et de ne pas pouvoir revenir demain", a-t-il déclaré aux juges depuis son siège, ayant des difficultés à se tenir debout.
Demande d'examens psychiatriques par la défense Dans la matinée, les défenseurs de Ieng Sary avaient fait valoir sa volonté de participer pleinement à sa propre défense mais avaient, dans la foulée, soulevé la question de son aptitude physique et mentale à pouvoir agir ainsi. Ils ont rappelé avoir à plusieurs reprises demandé au tribunal un examen indépendant de leur client par des experts psychiatriques, sans obtenir de réponse. Ce qui constitue, ont-ils dénoncé, "une atteinte grave au droit à un procès équitable" de leur client.
Les co-procureurs ont vu dans cet argument un "prétexte pour retarder la procédure", et estimé que l'état de santé physique et moral de Ieng Sary était "distinct" de la question qui les occupait ce jour, à savoir celle de sa remise en liberté provisoire. "C'est une tactique de la défense de toujours réclamer des délais", a critiqué le co-procureur William Smith. Les juges ont quant à eux estimé qu'il n'était pas nécessaire "à ce stade de la procédure" d'ordonner un examen médical supplémentaire de l'ancien hiérarque khmer rouge.
Les parties civiles se sentent oubliées Par ailleurs, l'avocate des parties civiles, Silke Studzinsky, a demandé à la cour que les parties jouissent de droits égaux et, par conséquent, que les parties civiles bénéficient d'1h30 de temps de parole au même titre que la défense et le parquet (et non pas d'une heure comme c'est le cas actuellement). Seng Theary, directrice du Centre pour le développement social et victime qui s'est constituée partie civile, s'est quant à elle vu refuser la parole par les juges, qui ont dit ne pas avoir encore décidé s'ils donneraient, dans le cadre de cette cour, le droit aux victimes de s'exprimer directement.
Un public nombreux, attentif... et déçu La salle d'audience était lundi bien remplie. Nombre de rescapés du régime khmer rouge étaient présents et découvraient pour la première fois le visage de l'ancien dirigeant dont ils connaissent tous le nom. "Il tremble, il semble fragile... Il montre un faux visage ! N'oublions pas qu'il a été l'un des hommes forts du Kampuchea démocratique !", commentait Yim Kim, 59 ans, qui ne pourra pas faire le déplacement demain, obligé de retourner à ses rizières de Kampot.
Sah Hammat, un Cham de Prey Veng, n'en revient toujours pas que Ieng Sary soit à la barre des accusés, lui qu'il croyait à jamais protégé par sa grâce royale. Mais il ne veut pas non plus mordre à ce qu'il qualifie de "simulation". "Il est rusé ! Il feint la fatigue parce qu'il doit avoir peur d'être condamné à une lourde peine! Il n'a pas honte. Dans mon village, les gens de son âge sont encore solides et continuent de travailler !"
Mme Tao Sophal ne cachait pas sa joie de voir de ses yeux l'un des vrais coupables, derrière la vitre de la grande salle d'audience, que cette audience inaugure, les travaux d'aménagement étant enfin terminés. Jusqu'alors, les débats étaient retransmis sur écran. Elle se disait néanmoins frustrée d'avoir sous son nez Ieng Sary et de ne pas pouvoir lui poser elle-même des questions car, assure-t-elle, elle n'en manque pas...
Tous ceux interrogés ont en choeur déploré les nombreuses interruptions de l'audience, qu'ils considèrent comme une "perte de temps qui n'est autre qu'une atteinte à la dignité des victimes".
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