| Le journaliste Dam Sith est libéré : le Premier ministre cambodgien se porte garant de lui |
| Par Duong Sokha et Stéphanie Gée | |
| 15-06-2008 |
A sa sortie de prison à 11 heures dimanche 15 juin, Dam Sith, le directeur de la publication pro-Parti Sam Rainsy Moneaksekar khmer (La Conscience khmère), a tenu à remercier "les ambassades, les associations de journalistes, les élus du Parti Sam Rainsy, et plus particulièrement Sam Rainsy, et Samdech Hun Sen d'être intervenus en faveur de [sa] remise en liberté". Il a cependant affirmé "maintenir sa position", et ses fonctions à la tête de son journal.
La nouvelle a commencé à circuler dès samedi soir à Phnom Penh. Plus tôt le même jour, le Premier ministre avait écrit à la cour de Phnom Penh pour lui demander de remettre en liberté provisoire Dam Sith, arrêté le 8 juin et aussitôt incarcéré. Hun Sen a avancé un argument de poids : il se porte personnellement garant, "en tant que Premier ministre", de Dam Sith. La cour ne pouvait que s'incliner quelques heures plus tard. L'avocat de Dam Sith, Me Choung Choungy, s'est dit "heureux" de l'intervention du Premier ministre, qu'il a jugé "des plus efficaces". Le ministre de l'Information Khieu Kanharith et les élus du PSR avaient déjà lundi dernier appelé dans des courriers séparés la cour de Phnom Penh à remettre en liberté Dam Sith. En vain. Vendredi, le juge d'instruction Chhay Kong déboutait cette demande, officiellement déposée par l'avocat de Dam Sith.
Sam Rainsy a dit également "se réjouir" de la bonne nouvelle, ajoutant aussitôt qu'il aurait préféré que "cette histoire n'ait pas existé". "[Cette remise en liberté], ce n'est que remettre les choses en place. On a perdu beaucoup de temps, d'énergie...Ce qui est regrettable, c'est que c'est le fait d'un seul homme qui décide de tout : arrêter, libérer... On passe par-dessus la tête des tribunaux, du Parlement..." Et le président du PSR de rappeler que Dam Sith a reçu "des offres mirobolantes du PPC auxquelles il n'a pas voulu céder, restant fidèle à ses idéaux". "C'est pour le punir de ne pas s'être vendu qu'il a été arrêté."
Dam Sith demeure cependant sous le coup d'une plainte, celle pour diffamation et diffusion de fausses informations déposée contre lui par le ministre des Affaires étrangères Hor Namhong, qui lui reproche d'avoir rapporté dans les colonnes de son journal des propos tenus par le leader de l'opposition parlementaire selon lesquels le gouvernement comptait en son sein d’anciens responsables khmers rouges, notamment le chef de la diplomatie qui aurait été selon lui à la tête de la prison de Boeung Trabek.
Pen Samithy, rédacteur en chef du Rasmey Kampuchea, écrivait dans l'édition datée de dimanche 15 juin que le Club de journalistes cambodgiens qu'il préside souhaite que le ministre Hor Namhong retire sa plainte contre Dam Sith. Ce dernier confiait de son côté le même jour qu'il demanderait à son avocat de s'entretenir avec l'avocat de Hor Namhong afin de le convaincre de retirer sa plainte. "S'il refuse, je porterai plainte devant le tribunal khmer rouge pour qu'il examine quelles ont été les responsabilités de M. Hor Namhong [sous le régime de Pol Pot] au camp de détention Boeung Trabek", a-t-il assuré.
L'arrestation du journaliste avait provoqué une levée de boucliers dans la profession et chez les militants des droits de l'Homme, tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur. Dam Sith, comme il l'a été maintes fois rappelé, est également candidat aux législatives du 27 juillet sous la bannière du PSR dans la circonscription de Phnom Penh. |