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| Tribunal khmer rouge : "Comment parler de léthargie ?" |
| Par Raoul Marc Jennar, docteur en études khmères | | | 21-04-2008 |
Raoul Marc Jennar réagit à un article publié dans l'édition datée du 22 mars 2008 du quotidien français Libération consacré à la traduction en français du récit de Vann Nath, "Survivre à Tuol Sleng", ou plus précisément s'insurge contre un commentaire lâché par le journaliste : "Vu la léthargie du tribunal pour les Khmers rouges…". "Parler de léthargie est tout, sauf conforme à la réalité. C’est surtout priver le lecteur d’une connaissance correcte de ce qui se passe. Des lecteurs concernés, à bien des égards, mais également comme contribuables, puisque la France participe au financement de ce qui s’appelle officiellement les "Chambres extraordinaires dans les Tribunaux cambodgiens" (CETC). Beaucoup de temps perdu Sans doute, la léthargie invoquée puise-t-elle sa source dans une affirmation communément reproduite selon laquelle on a perdu beaucoup de temps depuis les faits qui se sont produits il y a plus de trente ans. Faut-il rappeler qu’après la chute des Khmers rouges en 1979, la communauté internationale a refusé toute idée de tribunal, qu’elle a même considéré que l’ambassadeur khmer rouge à l’ONU était le seul représentant légitime du peuple cambodgien et qu’une alliance entre la Chine, les USA, leurs alliés en Asie du Sud-Est et les pays d’Europe occidentale s’est formée pour reconstituer une armée aux ordres de Pol Pot ? Une décision qualifiée par Pascal Bruckner [essayiste et romancier français] "d’obscénité internationale". Dix ans plus tard, les Khmers rouges ont refusé d’appliquer les accords de paix qu’ils avaient signés. Et il a fallu encore dix ans aux autorités cambodgiennes pour pacifier le pays. Par contre, depuis, il a fallu moins de dix ans pour négocier, financer et mettre en place une juridiction ad hoc combinant la présence de magistrats et d’avocats désignés par l’ONU aux côtés de magistrats et d’avocats cambodgiens. Une tâche difficile De nombreuses questions délicates ont dû être négociées et mises au point. La presse aurait été fondée à souligner que les textes légaux et réglementaires étaient défaillants s’ils n’avaient répondu aux critères internationaux. Semblable travail prend du temps en Occident. Au Cambodge aussi. Un pays, on l’oublie trop souvent, ramené il y a trente ans à l’âge de la pierre et qui est loin d’avoir retrouvé dans tous les secteurs de la société et en particulier dans les métiers du droit, les ressources humaines en quantité suffisante. Une instruction rigoureuse Et pourtant, il se trouve que les CETC font parfois mieux que la Justice française. Connaissez-vous beaucoup de magistrats instructeurs, en France, qui consacrent cinq journées entières par mois à questionner la même personne mise en examen ? Cela s’est passé dans le cas de celui qui fera l’objet du premier procès, Kaing Guek Eav, mieux connu sous le nom de Duch, le directeur du centre de torture S21. Au total, depuis août dernier, dix-neuf auditions ont permis aux magistrats instructeurs de le questionner et deux reconstitutions ont eu lieu. Vingt et une longues journées entièrement consacrées à un seul dossier.
Quand on sait que ces séances se tiennent en khmer avec traduction anglaise et française et que les traductions font l’objet de minutieuses vérifications, quand on sait que chaque audition requiert la présence de l’avocat international du mis en examen, quand on sait qu’il s’agit de reconstituer des faits survenus il y a plus de trente ans avec la rigueur que requiert une instruction conforme aux normes internationales, quand on sait que cinq instructions sont actuellement en cours, comment parler de léthargie ?"
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Pour en savoir plusSur Internet "Récit de la terreur au Cambodge", article consacré à la traduction en français du récit de Vann Nath, "Survivre à Tuol Sleng", publié par le quotidien français Libération, dans lequel le journaliste Arnaud Vaulerin écrit la phrase à laquelle réagit Raoul Marc Jennar, "Vu la léthargie du tribunal pour les Khmers rouges"... L'auteur : Raoul Marc Jennar Politilogue de formation, Raoul Marc Jennar découvre le Cambodge en 1989 dans le cadre d'une mission effectuée en tant que conseiller au Sénat de Belgique et au Conseil Régional Wallon. L'effet est immédiat : à son retour, il démissionne de ses fonctions et devient Conseiller diplomatique du Forum international des ONG au Cambodge. De 1992 à 1999, il est successivement consultant auprès de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (Apronuc), responsable du programme de l’Unesco "culture de la paix au Cambodge", puis consultant auprès de l’Union européenne pour les questions politiques cambodgiennes. Il sera également observateur international lors du retrait du Cambodge du corps expéditionnaire vietnamien (septembre 1989) ainsi que lors des élections de 1993, 1998 et 2003 au Cambodge. En 1998, il soutient avec succès une thèse de doctorat en science politique sur les frontières du Cambodge contemporain à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco - Paris). Pendant ces années, il publie profusion de livres et d'articles, notamment Les Clés du Cambodge. En 2003, il effectue pour le compte de l'ONG Oxfam une mission de cinq mois au Cambodge qui négocie alors son entrée à l’OMC. Une expérience qui le conduit à devenir, de 2005 à 2007, consultant auprès du groupe parlementaire européen Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique (GUE/NGL) pour les questions liées à la mondialisation. Depuis octobre 2007, il est consultant auprès du gouvernement du Cambodge et consultant de l’Onu pour le tribunal chargé de juger les dirigeants Khmers rouges, partageant son temps entre le Cambodge et la France.
Version française du témoignage de Vann Nath Depuis fin janvier 2008, une traduction française de "A Cambodian prison portrait – One year in the Khmer rouge's S-21", témoignage du rescapé Vann Nath, initialement publié en anglais, est en vente en librairie. Les éditions Calmann-lévy ont choisi de le publier sous le titre "Dans l'enfer de Tuol Sleng – L'inquisition khmère rouge en mots et en tableaux". Dans ce livre écrit il y a dix ans, Vann Nath revient sur cette expérience douloureuse vécue dans les murs de cette ancienne école de Phnom Penh reconvertie en centre de torture et interrogatoire, aujourd'hui devenue le musée du génocide. Le sexagénaire avait confronté quatre de ses bourreaux d'hier en 2005 sur le lieu même où lui et ses codétenus ont vécu l'horreur, dans le film de Rithy Panh "S21, la machine de mort khmère rouge".
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Analyses
| Le Dr Raoul Marc Jennar reprend la liste des accords, traités et autres conventions signés au cours du siècle dernier confirmant selon lui la souveraineté du Cambodge sur la zone de Preah Vihear aujourd'hui contestée par la Thaïlande. |
Vu sur la toile
| Fin 2007, le site américain spécialisé dans la gastronomie, Epicurious.com, livrait de surprenantes prédictions sur les nouvelles tendances culinaires : en 2008, annonçait-il, la cuisine cambodgienne allait détrôner sa sœur siamoise dans les menus exotiques et branchés. |
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