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A propos des tensions entre le Cambodge et la Thaïlande
Par Raoul Marc Jennar, docteur en études khmères   
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25-07-2008
Le Dr Raoul Marc Jennar reprend la liste des accords, traités et autres conventions signés au cours du siècle dernier confirmant selon lui la souveraineté du Cambodge sur la zone de Preah Vihear aujourd'hui contestée par la Thaïlande.

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La crise profonde que connaît la vie politique thaïlandaise depuis plusieurs années, qui s'est accompagnée en septembre 2006 d'un coup d'État militaire et, récemment, de manifestations importantes contre le gouvernement civil qui a succédé au pouvoir de l'armée, vient de connaître un tournant, grâce à l'utilisation d'un sujet qui enflamme les passions nationalistes. L'Histoire l'enseigne : le recours au nationalisme est toujours une solution lorsqu'un pays est extrêmement divisé.

Ce recours a été possible suite à l'occasion fournie par l'inscription sur la liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité de l'Unesco du temple cambodgien de Preah Vihear situé à la lisière de la frontière avec la Thaïlande, dans la chaîne des Monts Dangrek. Cette inscription a rouvert une vieille plaie sur laquelle les politiciens thaïlandais de tous bords, mais aussi les plus hautes autorités du pays, se sont précipités.

Il faut en effet savoir, comme on le lira ci-dessous, que le tracé de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge n'a jamais été vraiment accepté ni par la monarchie thaïlandaise, ni par l'armée, ni par la classe politique de ce pays. Chaque fois que la situation au Cambodge lui en a fourni l'occasion, la Thaïlande n'a pas manqué de contester cette frontière et même d'en violer le tracé. Pendant les années quatre-vingt, j'ai personnellement été le témoin de patrouilles de chars thaïlandais opérant en territoire cambodgien au nord de la ville d'Aranyaprathet. Pendant la mission des Nations Unies au Cambodge, les casques bleus ont observé à plusieurs reprises des déplacements de bornes frontalières vers l'intérieur du territoire cambodgien par des unités de l'armée thaïlandaise. Et aujourd'hui, on peut lire dans la presse de Bangkok comme on peut entendre chez les manifestants thaïlandais des revendications nationalistes et irrédentistes allant jusqu'à réclamer trois provinces cambodgiennes dont celle où se trouve le parc des temples d'Angkor.

Les informations partielles et partiales distillées par une presse internationale assez systématiquement hostile au Cambodge réclament un rappel des faits. Surtout au moment où, à l'instigation des Etats-Unis, éternels alliés de la Thaïlande - et complices historiques de ce pays chaque fois qu'il s'est agi d'affaiblir le Cambodge - le Conseil de Sécurité de l'ONU se voit empêcher de remplir son rôle et de mettre en œuvre une diplomatie préventive bien nécessaire alors que, sur le terrain, des milliers de soldats se font face.

Rappel historique
- En 1904, la France, puissance protectrice du Cambodge, et le Siam signent une Convention afin de pouvoir déterminer d'une manière définitive la frontière entre le Cambodge et le Siam.

- En 1904, une commission mixte franco-siamoise issue de cette Convention détermine la frontière dans le secteur de Dangrek et indique clairement que le temple de Preah Vihear et ses environs sont en terre cambodgienne.

- En 1925, la France et le Siam signent un traité d'amitié dont l'article 2 indique que "les hautes parties contractantes confirment, en s'en garantissant le respect réciproque, les frontières établies entre leurs territoires en vertu et en conformité des stipulations des accords antérieurs".

- En 1926, une Convention relative au Mékong confirme l'article 2 du traité de 1925.

- En 1937, un nouveau traité d'amitié reprend les dispositions du traité de 1925 relatives aux frontières.

- En 1946, après que la Thaïlande, alliée du Japon, eut occupé trois provinces cambodgiennes, l'Accord de règlement franco-siamois rétabli le traité de 1937. La Commission de conciliation franco-siamoise considère que les clauses du traité de 1907 au sujet de la frontière entre le Siam et le Cambodge ne doivent pas être révisées.

- En 1954, alors que le Cambodge a accédé à l'indépendance, en violation des traités signés, une force armée thaïlandaise occupe le temple de Preah Vihear et ses environs.

- En juin 1962, la Cour internationale de justice, à la demande du Cambodge, rend un arrêt confirmant la souveraineté du Cambodge sur le Temple de Preah Vihear et ses environs en vertu de la ligne frontière établie, laquelle a été confirmée par des traités successifs et n'a jamais fait, jusqu'alors, l'objet de contestation de la part de la Thaïlande. "La Cour s'estime donc tenue, du point de vue de l'interprétation des traités, de se prononcer en faveur de la frontière indiquée sur la carte pour la zone litigieuse." ( page 35 de l'arrêt). L'arrêt précise que "la Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu'elle a installés dans le temple et ses environs situés en territoire cambodgien" (page 37).

- En juillet 1962, la Thaïlande accepte l'arrêt de la Cour internationale de justice et ne fait pas appel pendant les dix années qui suivent pendant lesquelles elle pouvait le faire.

- En 2000, le Cambodge et la Thaïlande signent un Memorandum of Understanding en vue de la démarcation et de l'abornement de la frontière entre les deux pays dans le respect des traités et conventions signés et des cartes établies en application de ces traités et conventions (Article 1c)

- En 2001, le Cambodge demande officiellement l'inscription du temple de Preah Vihear sur la liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité de l'Unesco.

- Le 7 juillet 2008, le Comité du patrimoine mondial de l'humanité inscrit, à l'unanimité, le temple sur la liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité.

- Le 15 juillet 2008, les forces armées thaïlandaises violent l'intégrité du territoire cambodgien dans le secteur de Preah Vihear et, de ce fait, les traités et conventions signés et ratifiés par la Thaïlande.

Tels sont les faits. Ils sont vérifiables et non contestables. Il résulte de ces faits qu'une frontière existe bel et bien entre le Cambodge et la Thaïlande dont le tracé a été confirmé à plusieurs reprises par les autorités thaïlandaises au cours du siècle écoulé, même si, aujourd'hui, pour des raisons de politique intérieure, elles en contestent la réalité. Il résulte de ces faits que le temple et son voisinage sont intégralement sous la souveraineté exclusive du Cambodge.

Les Etats-Unis, alliés inconditionnels de la Thaïlande, imposent leur médiation. Celle-ci ne peut en aucune façon remettre en cause la souveraineté du Cambodge sur le territoire déterminé par les cartes établies en fonction des traités et conventions signés et ratifiés par les deux pays depuis plus de cent ans. Cette médiation américaine ne peut remettre en cause les motivations et l'arrêt de la Cour internationale de justice. Ce serait nier l'autorité de la chose jugée. L'ordre international, déjà par trop précaire du fait des USA, impose le respect des règles que la communauté internationale s'est elle-même données.

 


5 Commentaire
Par Blanche Bertrand 2009-02-03 16:51:28
Le conflit va durer plus longtemps.
Lors de la réunion du mois dernier,S.Ex.Uch KiMan a évoqué une gestion bilatérale du temple.Il est malade(ce diplomate)
Les riches cambodgiens"les piliers du miracle économique du pays" font de la contrebande avec les thaillandais.
Les thaillandais sont partout au Cambodge.
Notre armée est faible. Nos généraux ne sont pas capable de lire les cartes topograghiques.
Kéo Kim Yan (4 étoiles) est un ancien soldat,un gardien du pont de Prek Tameak.
Je ne connais pas les autres 4 étoiles.
Oh ,mon pauvre pays natal!!!
Par Barthel 2009-02-14 15:05:18
Il semble que "les élites" thaïlandaises continueront pour longtemps à rêver d'un grand "Prathet Thaï". D'un point de vue légal, la Thaïlande n'a aucune légitimité à revendiquer quoi que ce soit ayant reconnu la souveraineté du Cambodge sur le temple en 1962.
D'un point de vue "ethnique" il n'y a pas plus de légitimité et l'ex Siam devrait même dans ce cas quitter l'Issan et d'autre régions qui actuellement relèvent de l'autorité de Bangkok.
Le vieux nationalisme continue à faire des morts.
Par Un peu ou trop d'histoire 2009-06-07 12:39:12
Le point de vue "ethnique" est simpliste et reducteur.

Le nationalisme fonctionne aussi bien les deux cote de la frontiere. D'ailleurs, la nostalgie du "Grand Empire Khmer" est un des heritages du colonialisme et de l'historiographie effectuee par les Francais. Cette facon d'ecrire l'histoire de la region a certe certaine valeur mais elle necessite aussi d'etre nuancee.
Par Barthel 2009-06-08 03:09:08
Ce que je critiquais étaient les arguments contestables avancés par certains du côté thaïlandais que j'ai souvent rencontré. Et vous avez raison de noter que l'on peut retrouver le même type d'arguments en face.
Je ne prenais pas parti pour une redéfinition des frontières sur une base "ethnique" mais voulais montrer que l'on peut tourner cette argument tant dans un sens que dans un autre.
Le maintien du statut quo et le respect de la décision de la Cour Internationale de justice me paraissent ce qu'il y a de plus raisonnable.
(Je rentre à ma maison.)
Par En parlera-t-on au 14 juillet 2009-07-01 22:56:32
Tout est simple pourquoi le compliquer?
En Juin 62, le verdict a été clair et en noir sur blanc: les temples de Préah Vihear est et reste bien sur le territoire du Cambodge. Il est vrai que la France dispose de toute vérité pour rendre à César ce qui appartient à César.
De la même manière, la cause pour l'Indépendance nationale -9 novembre- du Cambodge est remise en cause lorsque le GRC bicéphal (du Gouv. royal du Cambodge) fut disséquée et compressée en "un".
A l'avenir, la place de "Mémorial" pour les morts vietnamiens (Vat Botum) pour avoir occupé le Cambodge -7 janvier- sera-elle alors mise en évidence aussi pompeuse que glorieusement possible; devant cette mutation historique de l'individu "khmer", le règne de silence n'étonnera personne. Pas même le fantôme!
Encore mes patriotes vont encore souffrir de la gouvernance politicienne, bien à la légère.
C'est vraiment chercher midi à quatorze heures. L'histoire de se faire un clash fortuit!
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L'auteur : Raoul Marc Jennar

Raoul Marc Jennar est docteur en Science politique et en études khmères. Il est notamment l'auteur de l'ouvrage "Les frontières du Cambodge contemporain" (thèse doctorale, INALCO, Paris)

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