La Cour suprême, la plus haute instance judiciaire au Cambodge, a scellé le 12 mars le sort de deux Thaïlandais et d'un Cambodgien musulman en confirmant la peine d'emprisonnement à perpétuité prononcée contre eux par la cour municipale de Phnom Penh en décembre 2004. Ils ont été reconnus coupables d'appartenir au réseau terroriste régional Jemaah Islamiyah (JI), affiliée à la puissante Al Qaïda. Un verdict salué par les Etats-Unis.
Les ressortissants thaïlandais Abdul Azi Haji Chiming Abdulazi et Muhammady Alaludin Mading, et le Khmer islam Sman Ismael ont été arrêtés en mai et juin 2003 sur leur lieu de travail, l'ancienne école coranique Um Al Qura, située dans la province de Kandal, à une trentaine de kilomètres de Phnom Penh. Ils avaient dans la foulée été inculpés pour tentative d'attentats à la voiture piégée contre les ambassades américaine et britannique entre 2002 et 2003.
Dans l'ombre de Hambali... Les trois condamnés par la justice cambodgienne ont toujours clamé leur innocence, niant avoir prêté main forte à Hambali, chef présumé de la Jemaah Islamiyah, qui avait un temps séjourné au Cambodge, avant d'être arrêté sur le sol thaïlandais en août 2003 puis incarcéré à la prison de Guantanamo.
Selon un rapport du FBI des Etats-Unis, Hambali, un musulman d'origine indonésienne, était l'instigateur d'un plan d'attaque des ambassades américaine et britannique au Cambodge.
Ils avaient été jugés en 2004 en même temps que deux autres personnes impliquées dans cette affaire, le Malaisien Ibrahim et l'Egyptien Rousha Yasser, qui ont tous deux également écopé d'une peine de prison à vie mais par contumace. Un seul des terroristes suspectés initialement dans le cadre de cette affaire a été acquitté, « faute de preuves », le directeur adjoint de nationalité égyptienne de cette mandrassa cambodgienne.
A l'issue du verdict le 12 mars dernier, Sman Ismael, alors qu'il était escorté par les gardiens de la prison de Prey Sâr, a sollicité une intervention du Premier ministre Hun Sen. « J'espère que Samdech Hun Sen m'aidera car je ne suis pas un terroriste. Je suis un Cambodgien qui ne fait que pratiquer l'islam, rien de plus ! », a-t-il déclaré aux journalistes.
L'avocat interpelle les Etats-Unis Dans un courrier daté du 18 mars adressé à l'ambassadeur des Etats-Unis du Cambodge, Kao Soupha, l'avocat des accusés, estime qu'il n'existe pas de « fondements légaux spécifiques, notamment qu'il n'y a pas de déclaration de Hambali » indiquant que ses trois clients étaient impliqués dans le complot que le terroriste international fomentait sur le sol cambodgien.
Le défenseur appelle l'ambassadeur à intervenir auprès du FBI pour que ce point soit clarifié, et ce, souligne-t-il, dans le but « de démontrer que les Etats-Unis d'Amérique sont un pays démocratique, respectueux des droits de l'Homme et des pratiques de l'Etat de droit ».
Un front antiterroriste L'arrestation de plusieurs enseignants d'Um Al Qura était intervenue à la veille d'une visite à Phnom Penh de l'ancien secrétaire d'Etat américain Colin Powell, la lutte contre le terrorisme offrant un terrain propice à un resserrement des liens entre Washington et Phnom Penh.
A l'occasion de la cérémonie d'ouverture d'une conférence de l'Asean en février dernier au Cambodge, le chef du gouvernement cambodgien a à nouveau mis en avant la volonté du royaume de continuer à collaborer avec des pays étrangers pour répondre à la menace terroriste.
Un verdict "inacceptable" pour la défense L'avocat des accusés, Me Kao Soupha, a jugé le verdict « inacceptable » et a relayé auprès des médias le courrier d'une lectrice publiée dans un quotidien anglophone local qui estime que l'ambassade américaine a eu tort d'admettre que justice avait été rendue. |