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Manifestation calme et tranquille d'un PSR dépouillé de ses militants
Par Duong Sokha   
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07-04-2008

PSR / Sam Rainsy / inflation ©John Vink / Magnum
Phnom Penh, 6 avril 2008. Sam Rainsy, devant l'Assemblée Nationale,
s'est adressé aux participants de la manifestation anti-inflation
©John Vink / Magnum

Sam Rainsy a finalement réussi son pari : la manifestation qu'il avait programmée dimanche 6 avril pour protester contre l'escalade des prix à la consommation aura eu lieu. Si tout s'est déroulé dans le calme (plusieurs ambassades avaient envoyé des consignes de prudence à leurs ressortissants), les effectifs n'y étaient pas. Son parti n'aura pu rassembler qu'entre 200 et 300 militants, sous la surveillance des forces de l'ordre éparpillées dans la capitale, notamment à ses portes... Le sujet est pourtant source d'inquiétude pour la majorité des Cambodgiens.

 

C'est seulement samedi que le Parti Sam Rainsy, au terme de négociations avec les autorités, a reçu l'autorisation de la municipalité de Phnom Penh et du ministère de l'Intérieur. Un feu vert pour un rassemblement devant la flambant neuve Assemblée nationale et non pas pour la manifestation initialement prévue qui devait partir du Marché central et, de marché en marché, s'achever à l'ancien siège de la chambre basse.

Autorisation sur le papier
“Le ministère de l'Intérieur et la municipalité ont permis sur le papier de nous rassembler mais huit cents habitants de ma province ont été empêchés par les forces de l'ordre d'entrer à Phnom Penh”, a dénoncé au micro Nuth Rumduol, élu PSR de Kompong Speu.

Même témoignage d'un militant venu du district de Muk Kompoul, province de Kandal, dont cinquante pro-PSR n'ont pu gagner la capitale. “Après l'intervention d'un responsable du PSR, les policiers ont finalement accepté d'ouvrir leur barrage à une poignée d'entre nous”, confie-t-il.

Plusieurs observateurs ont confirmé la présence de barrages policiers sur les grands axes routiers menant au coeur de Phnom Penh. Le commissaire de la police municipale de Phnom Penh, Touch Naroth, a récusé ces accusations, assurant que les forces de l'ordre avaient seulement été déployées en ville en vue “d'assurer l'ordre public et la sécurité des manifestants”. “J'ignore qui a dressé des barrages sur les routes!”, jure le responsable, qui en revanche pointe du doigt le non respect par le PSR du contrat passé avec la mairie. “Il était entendu qu'ils marquent un arrêt à l'ancien siège de l'Assemblée nationale et c'est tout, et non qu'ils marchent ensuite vers le siège du parti !”

Les cinq points
“Quand j'étais ministre de l'Economie et des Finances entre 1993 et 1994, les prix des biens sur le marché étaient bas et stables. A cette époque, le prix du litre d'essence était de seulement 600 riels [contre près de 5 000 riels aujourd'hui] et celui du kilo de riz de 600 riels [contre 2 à 3 000 riels aujourd'hui]”, a martelé Sam Rainsy, parlant de l'inflation comme d'un “cancer à guérir”. Il a ensuite énuméré cinq mesures que son parti demande au gouvernement d'adopter :

- réduire les taxes sur le pétrole et la marge de profit des grands distributeurs
- mettre un terme au monopole accordé à certaines compagnies et commerçants, “des oknhas”, qui établissent les prix du marché à leur guise, et sont “tous des proches du pouvoir”
- assurer une politique monétaire, économique et financière adéquate pour préserver la stabilité du riel
- contrôler avec raison l'émission des billets de banque sans quoi “le riel continuera de se déprécier et l'inflation d'augmenter”
- appliquer la réforme foncière en distribuant les terres publiques non utilisées aux paysans sans terre ou ceux qui n'en ont pas assez pour assurer leur survie afin d'augmenter la production agricole nationale

Et le président du PSR, comme ses élus, de répéter au micro que “si le gouvernement n'est pas capable de faire baisser les prix des marchandises, les salaires doivent être doublés ou alors ses membres doivent démissionner”.

“Le gouvernement agit”
Khieu Kanharith, ministre de l'information, estime que par cette manifestation le PSR ne poursuivait qu'un objectif, celui de “troubler la situation préélectorale”. “Sam Rainsy ne veut pas que les élections se déroulent dans le calme. Il sait que son parti perdra le scrutin...” Et le ministre d'ajouter que si le gouvernement avait recouru à la force, cela aurait fait les affaires de Sam Rainsy.

Le ministre affirme par ailleurs que le gouvernement a déjà pris des mesures pour lutter contre l'inflation. “Le prix du riz est stabilisé et les autorités aident les agriculteurs en acceptant de leur acheter leur riz à 900 riels le kilo au lieu des 700 riels en vigueur sur le marché. De plus, elles n'ont pas augmenté le prix de l'électricité et de l'eau à Phnom Penh et ont autorisé à nouveau l'importation de viandes des pays voisins.”

Syndicats : les grands absents
Aucun syndicat n'a suivi l'appel de Sam Rainsy. Pour Chea Mony, le délai donné aux ouvriers était trop court. “Sam Rainsy a lancé son appel le 30 mars. Nous n'avons pas eu le temps de réunir les délégués pour décider d'y prendre part”, explique Chea Mony. Il dit avoir suivi néanmoins le rassemblement, mais “à titre individuel” et non avec la casquette de président du Siorc.

Le leader syndical a par ailleurs réprouvé ce qu'il appelle “une manifestation en cage”, seules les marches et les grèves pouvant selon lui forcer le gouvernement à prendre en considération leurs requêtes. De toute façon, veut rappeler Chea Mony, “notre syndicat est indépendant de tout parti politique”.

Vendredi 4 avril, syndicats ouvriers et patronat de la confection textile se sont mis d'accord, sous l'arbitrage du ministère des Affaires sociales, sur l'octroi d'une prime de réajustement au coût de la vie de 6 dollars par mois. Un “plus” que le Siorc a accepté même s'il le juge “insuffisant” au regard de l'inflation actuelle.



Quid de la liberté de mouvement ?
Naly Pilorge, directrice de la Licadho, bien que satisfaite qu'aucune violence n'ait été à déplorer dimanche, se dit “profondément inquiète que des personnes, surtout des ouvriers d'usines, aient été empêchées d'entrer à Phnom Penh”. “Que les gens ne soient pas autorisés à aller et venir dans la ville en 2008 est un problème. C'est une restriction de la liberté de mouvement et de rassemblement”, regrette-t-elle, faisant part de sa surprise de voir dimanche des représentants des polices locale, militaire et de la circulation positionnés aux points clés de Phnom Penh.



Sur un air de campagne
Alors que la campagne pour les législatives du 27 juillet ne doit se tenir qu'entre le 26 juin et le 25 juillet, Sam Rainsy et ses élus ont commencé à appeler les électeurs à voter pour leur formation. “Votez pour le PSR ! Si le PSR l'emporte, nous vous promettons de lutter contre tous ces problèmes !” Le leader de l'opposition parlementaire a qualifié ce rassemblement de “succès” car le premier du genre organisé devant l'Assemblée nationale depuis son inauguration le 7 juillet 2007. Après une série de discours, le cortège s'est rendu devant l'ancien siège parlementaire, qui abrite aujourd'hui le Conseil des ministres, où Sam Rainsy a à nouveau déposé une couronne de fleurs à la mémoire des victimes de l'attentat du 30 mars 1997, qui avait visé une manifestation qu'il menait pour dénoncer le manque d'indépendance de la justice.



Lire aussi sur Ka-set.info :

- Attentat du 30 mars : une affaire toujours pas résolue (31/03/2008)
- Dans les affres de la période pré-électorale (31/03/2008)

Phnom Penh / inflation / manifestation ©John Vink / Magnum
Phnom Penh, 6 avril 2008. Les participants, réunis devant l'Assemblée Nationale,
ont réclamé cinq mesures pour lutter contre l'inflation
©John Vink / Magnum

 


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