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Libération ou occupation, comment les Cambodgiens veulent-ils se souvenir du 7 janvier 1979 ?
Par Duong Sokha et Stéphanie Gée   
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07-01-2009

Le 7 janvier 1979, les forces du Funsk (Front uni national pour le salut du Kampuchea) et les troupes vietnamiennes prenaient Phnom Penh, mettant fin aux 3 ans 8 mois et 20 jours de régime khmer rouge. Après avoir acclamé l'intervention du pays voisin, les Cambodgiens, au fil du temps, commenceront à nourrir de l'hostilité envers l'occupant, qui ne quittera le territoire que dix ans plus tard. Pour les Cambodgiens, cette date marque la sortie de l'enfer du régime de Pol Pot. Nombre d'entre eux s'agacent cependant de la récupération politique qui est faite de cet événement. Le 7 janvier continue en effet d'opposer le clan gouvernemental, pour qui il symbolise la libération, au camp de l'opposition, pour qui il ouvre la période d'occupation vietnamienne.

 

Une querelle de clochers
Le 20 mai dernier, à l'occasion de la célébration de la "Journée de la haine" et à l'approche des élections législatives au Cambodge, le Premier ministre Hun Sen a de nouveau défendu "l'héritage du 7 janvier", rappelant à ses détracteurs que "sans 7 janvier, on ne pourrait pas juger aujourd'hui Ieng Sary, Nuon Chea et Khieu Samphan". Le ton donné aux festivités de mercredi 7 janvier a confirmé toute l'importance que le Parti du peuple cambodgien (PPC), au pouvoir, accorde à cette date symbolique.

Le 1er janvier, dans un courrier adressé au quotidien anglophone Cambodia Daily, le leader de l'opposition parlementaire, Sam Rainsy, écrivait que "lorsque l'armée communiste vietnamienne a envahi le Cambodge pour nous 'libérer' des Khmers rouges, on a très vite réalisé qu'on tombait de Charybde en Scylla [n'échapper à un danger que pour tomber sur un autre, pire]". Au lieu de dire que sans 7 janvier 1979, rien n'aurait été fait de ce qui a été accompli depuis, continuait-il, il vaudrait mieux affirmer que "sans 17 avril 1975, il n'y aurait pas eu besoin de 7 janvier 1979", deux dates "inextricablement liées", selon lui.

Le débat semble sans fin entre les deux camps. Beaucoup souhaitent que l'on s'en tienne à la vérité historique, sans résonance politique aucune.

Avant tout, une "libération" ?
Un professeur de l'Université royale de Phnom Penh, M. Lim, se souvient du 7 janvier 1979 : "C'était le plaisir d'avoir à manger des aliments solides, la liberté de déplacement retrouvée, les retrouvailles ou la recherche de ses proches... On ne comprenait pas trop ce qui se passait. [...] Même si les Vietnamiens sont nos ennemis héréditaires, ils se montraient gentils avec nous. C'est plus tard que les histoires de pillages, de viols, de crimes commis par leurs soldats ont commencé à circuler. Il est vrai qu'on gardait une certaine méfiance à leur égard."  

Que le 7 janvier se retrouve au cœur de querelles politiques et que son souvenir soit détourné pour servir les intérêts de partis l'exaspère. "Cette journée doit garder une portée uniquement historique, plaide-t-il. Je ne suis pas contre qu'on la célèbre mais de manière neutre."

Appel à la tolérance
Pour Chea Vannath, observatrice de la vie politique et ancienne présidente du Centre pour le développement social, "le 7 janvier doit rappeler aux Cambodgiens qu'il ne faut pas se diviser". "Je respecte les opinions de chacun sur la lecture à en donner et ne souhaite pas trancher car l'important est le respect mutuel dont nous devons faire preuve les uns envers les autres. Nous devons apprendre à vivre ensemble malgré nos différences. Le 7 janvier ne devrait pas poser problème : ce jour-là, des millions de Cambodgiens sont sortis de l'horreur khmère rouge. Le problème, c'est le prolongement du séjour des troupes vietnamiennes sur notre territoire. Il ne faut pas marcher sur les mêmes pas que par le passé !"

Les faits, rien que les faits
Libération ou invasion ? Tout est question d'interprétation, souligne pour sa part Dy Khamboly, auteur du livre "Histoire du Kampuchea démocratique (1975-1979)", publié en 2007 par le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam). Dans ce livre, explique-t-il, il n'a pas voulu prendre position et a choisi avec soin ses mots. "Ainsi, il est écrit que les troupes vietnamiennes sont 'entrées' au Cambodge ce jour-là. C'est neutre."

Il est fréquent de constater, relève-t-il, "que les Cambodgiens ont vécu cette journée comme une sortie du régime de Pol Pot tandis que ceux qui vivaient alors à l'étranger ont tendance à penser qu'elle consacre le début de l'occupation vietnamienne".

"Evitons de ramener tout à la politique ! Il est important de rapporter cette période de l'histoire à la nouvelle génération mais en tant que vérité historique, en s'en tenant aux faits !", estime l'historien, qui fait observer qu'alors, peu de Cambodgiens savaient que ces événements s'étaient produits un 7 janvier car ils avaient perdu toute notion du temps...

 

 


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8 Commentaire
Par Chéa 2009-01-13 16:55:48
A mon avis, sans aucun jugement politique, le sens national khmer donne l'équivalence du 7 janv 1979 au Cambodge à la date du 10 juin 1940 (à quelques jours près) en France quand les troupes allemandes (la Wehrmacht, nazis) défilent sur les Champs-Elysées (équivalent du Bvd Norodom, ex-Bvd Doudart-de-Lagrée pour les vieux). Pour tout le monde (républicains, royalistes, communisto-socio-modernistes...), la date de signature de l'accord du .... oct 1991 serait celle qui conviendrait le mieux pour une fête disons nationale.
Par Ka-set 2009-01-13 17:19:06
Les accords de paix de Paris ont été signés le 23 octobre 1991.
Vous pouvez retrouver les principales dates des événements marquants de l'histoire du Cambodge dans la fiche "Repères" de Ka-set, "Le Cambodge en dates", à l'adresse suivante : http://ka-set.info/cambodge-histoire-chronologie.html
Par Poupou 2009-01-14 23:37:30
Quelle ironie de se faire libérer par ses ennemies héréditaires, n'est-ce pas ? Ce sentiment anti-yuon est-il propre aux Khmers du Cambodge ou est-il entretenu par la diaspora?
On dira ce qu'on voudra mais ans les Vietnamiens, la moitié de ma famille serait encore entrain de cultiver du riz ou lever des digues en mangeant de la soupe de riz pour les Khmers Rouges. S'ils ont survécu jusque là. Et S-21 fonctionnerait à plein régime.
Par Xavier d'Abzac 2009-01-16 17:24:21
L'imbécillité condamnée à perpétuité ? Enfin !

A l'automne 2000, avant sa visite officielle au Vietnam, le Président Bill Clinton, ouvre au public les archives de l'US Air Force pour la période 1964-1975. Vingt cinq ans se sont écoulés après les défaites des Etats-Unis au Cambodge et au Vietnam. Des informations nouvelles mais incomplètes sont obtenues sur les bombardements de la péninsule indochinoise. Une base de données informatisées révèle que du 4 octobre 1965 au 15 août 1973, 2 756 941 tonnes de bombes ont été déversées sur le seul Cambodge ; 230 516 sorties de bombardiers ont été effectuées ; 115 273 cibles ont été détruites. La superficie du Cambodge est de 181 035 km². Le relevé des impacts de bombes prouve que l'ensemble du territoire cambodgien a été massivement touché. En comparaison, au cours de la seconde guerre mondiale, les forces alliées ont largué un peu plus de 2 millions de tonnes de bombes sur l'Allemagne et le Japon, y compris les deux bombes atomiques lancées sur Hiroshima (équivalent à 15 000 tonnes de TNT) et Nagasaki (équivalent à 20 000 tonnes de TNT). De toute l'histoire des guerres modernes aucun autre pays n'a été autant bombardé que le Cambodge.

Le 18 mars 1970, le monde apprend qu'un coup d'Etat a eu lieu au Cambodge. Après douze siècles de monarchie ininterrompue, une république y est proclamée. Elle reçoit aussitôt le soutien des Etats-Unis. La descente aux enfers du peuple cambodgien commence (...)

Pour lire l'intégralité de ce commentaire, cliquer ici
Par celeriz 2009-01-15 19:35:28
A propos des bombardements, la quantité ne veut pas dire efficacité. Certaines sorties aériennes comportaient jusqu'à deux tonnes de bombes par soldat nord-vietnamien. Pour ceux qui lisent l'anglais, je conseille la lecture de "Blood Road" de Jonh Prados, qui détaille les coulisses de cette guerre, aussi bien du côté des Nord Vietnamiens que les Américains. L'ironie dans tout cela est que si les Américains avaient su fermer la piste de Ho Chi Minh, qui permettaient au Nord d'alimenter les Vietcong dans le sud, les Khmers rouges, massivement aidés par les Nordistes sur le plan militaire, n'auraient jamais pu arriver au pouvoir. Et on ne serait pas là à parler du 7 janvier. L'autre ironie est que ces mêmes Nordistes étaient aveuglément soutenus par l'opinion internationale. Les vilains étaient les Américains, et les gentils les Vietnamiens du Nord. Parce qu'on avait ainsi décidé. L'histoire n'a pas dit la même chose...
Par Poupou 2009-01-16 16:18:22
"L'autre ironie est que ces mêmes Nordistes étaient aveuglément soutenus par l'opinion internationale. Les vilains étaient les Américains, et les gentils les Vietnamiens du Nord. Parce qu'on avait ainsi décidé. L'histoire n'a pas dit la même chose..."
...en refaisant l'histoire, on peut même dire que si les Américains n'étaient pas venus "libérer" le Vietnam du communisme, il n'aurait pas eu de guerre du Vietnam...
Par celeriz 2009-01-18 13:49:59
On peut remonter l'histoire un peu plus loin encore: si les Français avaient su gérer la colonisation puis la décolonisation aussi intelligemment que les Anglo-saxons, sinon plus, les Américains n'auraient pas eu à intervenir. Car les pays colonisés ne voulaient pas devenir communistes; ils voulaient seulement leur indépendance et être traité en égaux, inspirés qu'ils étaient par les idéaux de la Révolution française, racine du communisme mondial.

Mais refaire l'histoire ne sert à rien. Par contre, en tirer des leçons, oui. Celles que j'en ai tirées, c'est qu'un monde idéal ne sera pas à porté de main avant des millénaires, si l'humanité survit jusque-là. Et en attendant, les marchands d'illusion ne manquent pas. Certes, il faut une part de rêves pour avancer, mais lorsqu'on cherche à me les vendre à coup d'iniquité, de dénigrement, de haine, de violence, de solutions magiques, je n'achète pas.

Lorsqu'on met un noyau dans la terre, il faut des années avant qu'il ne devienne à bel arbre. Pour l'humanité, c'est pareil, sauf qu'il faut compter en millénaires. Car la sagesse est une plante difficile à cultiver, elle demande énormément de temps pour progresser vers la maturité. En attendant, il n'y a pas grande chose à faire, sinon éviter des s'infliger des souffrances inutiles. La vie en est déjà suffisamment remplies.
Par Blanche bertrand 2009-02-02 21:41:13
En 1980, on a traité mon bulletin hebdomadaire Solidarité du Cambodge comme une propagande Vietnamienne.
C'est plus tard, en 1991 que les vilains Anti-vietnamiens s'enrichissent discrètement avec le PPC.
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Le Comité d'action cambodgien pour la justice et l'équité défend le 23 octobre 1991

Le Comité d'action cambodgien pour la justice et l'équité (CACJE), a appelé, dans un communiqué daté du 5 janvier, tous les citoyens cambodgiens "à s'opposer au 7 janvier 1979" et à "avoir le courage de promouvoir la date du 23 octobre 1991", marquant la signature des Accords de paix de Paris sur le Cambodge et, pour l'organisation basée aux Etats-Unis, la libération du Cambodge de toutes les forces vietnamiennes et une reconnaissance internationale du pays.

Le président du CACJE, Suon Sereyrotha, demande par ailleurs aux Cambodgiens de signer une pétition, avec comme objectif de recueillir un million de signatures au minimum, qui sera envoyée au Conseil de sécurité de l'Onu pour le convaincre de faire appliquer les Accords de Paris et de pousser les pays voisins à respecter pleinement la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale du Cambodge

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