Le 7 janvier 1979, les forces du Funsk (Front uni national pour le salut du Kampuchea) et les troupes vietnamiennes prenaient Phnom Penh, mettant fin aux 3 ans 8 mois et 20 jours de régime khmer rouge. Après avoir acclamé l'intervention du pays voisin, les Cambodgiens, au fil du temps, commenceront à nourrir de l'hostilité envers l'occupant, qui ne quittera le territoire que dix ans plus tard. Pour les Cambodgiens, cette date marque la sortie de l'enfer du régime de Pol Pot. Nombre d'entre eux s'agacent cependant de la récupération politique qui est faite de cet événement. Le 7 janvier continue en effet d'opposer le clan gouvernemental, pour qui il symbolise la libération, au camp de l'opposition, pour qui il ouvre la période d'occupation vietnamienne.
Une querelle de clochers Le 20 mai dernier, à l'occasion de la célébration de la "Journée de la haine" et à l'approche des élections législatives au Cambodge, le Premier ministre Hun Sen a de nouveau défendu "l'héritage du 7 janvier", rappelant à ses détracteurs que "sans 7 janvier, on ne pourrait pas juger aujourd'hui Ieng Sary, Nuon Chea et Khieu Samphan". Le ton donné aux festivités de mercredi 7 janvier a confirmé toute l'importance que le Parti du peuple cambodgien (PPC), au pouvoir, accorde à cette date symbolique. Le 1er janvier, dans un courrier adressé au quotidien anglophone Cambodia Daily, le leader de l'opposition parlementaire, Sam Rainsy, écrivait que "lorsque l'armée communiste vietnamienne a envahi le Cambodge pour nous 'libérer' des Khmers rouges, on a très vite réalisé qu'on tombait de Charybde en Scylla [n'échapper à un danger que pour tomber sur un autre, pire]". Au lieu de dire que sans 7 janvier 1979, rien n'aurait été fait de ce qui a été accompli depuis, continuait-il, il vaudrait mieux affirmer que "sans 17 avril 1975, il n'y aurait pas eu besoin de 7 janvier 1979", deux dates "inextricablement liées", selon lui. Le débat semble sans fin entre les deux camps. Beaucoup souhaitent que l'on s'en tienne à la vérité historique, sans résonance politique aucune. Avant tout, une "libération" ? Un professeur de l'Université royale de Phnom Penh, M. Lim, se souvient du 7 janvier 1979 : "C'était le plaisir d'avoir à manger des aliments solides, la liberté de déplacement retrouvée, les retrouvailles ou la recherche de ses proches... On ne comprenait pas trop ce qui se passait. [...] Même si les Vietnamiens sont nos ennemis héréditaires, ils se montraient gentils avec nous. C'est plus tard que les histoires de pillages, de viols, de crimes commis par leurs soldats ont commencé à circuler. Il est vrai qu'on gardait une certaine méfiance à leur égard." Que le 7 janvier se retrouve au cœur de querelles politiques et que son souvenir soit détourné pour servir les intérêts de partis l'exaspère. "Cette journée doit garder une portée uniquement historique, plaide-t-il. Je ne suis pas contre qu'on la célèbre mais de manière neutre." Appel à la tolérance Pour Chea Vannath, observatrice de la vie politique et ancienne présidente du Centre pour le développement social, "le 7 janvier doit rappeler aux Cambodgiens qu'il ne faut pas se diviser". "Je respecte les opinions de chacun sur la lecture à en donner et ne souhaite pas trancher car l'important est le respect mutuel dont nous devons faire preuve les uns envers les autres. Nous devons apprendre à vivre ensemble malgré nos différences. Le 7 janvier ne devrait pas poser problème : ce jour-là, des millions de Cambodgiens sont sortis de l'horreur khmère rouge. Le problème, c'est le prolongement du séjour des troupes vietnamiennes sur notre territoire. Il ne faut pas marcher sur les mêmes pas que par le passé !" Les faits, rien que les faits Libération ou invasion ? Tout est question d'interprétation, souligne pour sa part Dy Khamboly, auteur du livre "Histoire du Kampuchea démocratique (1975-1979)", publié en 2007 par le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam). Dans ce livre, explique-t-il, il n'a pas voulu prendre position et a choisi avec soin ses mots. "Ainsi, il est écrit que les troupes vietnamiennes sont 'entrées' au Cambodge ce jour-là. C'est neutre." Il est fréquent de constater, relève-t-il, "que les Cambodgiens ont vécu cette journée comme une sortie du régime de Pol Pot tandis que ceux qui vivaient alors à l'étranger ont tendance à penser qu'elle consacre le début de l'occupation vietnamienne". "Evitons de ramener tout à la politique ! Il est important de rapporter cette période de l'histoire à la nouvelle génération mais en tant que vérité historique, en s'en tenant aux faits !", estime l'historien, qui fait observer qu'alors, peu de Cambodgiens savaient que ces événements s'étaient produits un 7 janvier car ils avaient perdu toute notion du temps... Egalement sur Ka-set - Diaporama sonore sur la "Journée de la haine" organisée le 20 mai 2008 (20-05-2008) - Des célébrations du 30e anniversaire du 7 janvier sur un air de louange au PPC (07-01-2009)
- Une "Journée de la haine" de moins en moins suivie au Cambodge (20-05-2008)
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier