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Les amours impossibles entre Yash Ghai et Phnom Penh
Par Stephanie Gee   
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24-03-2008

Yash Ghai, le Représentant spécial du Secrétaire général pour les droits de l'Homme au Cambodge, et Om Yentieng, le président du Comité des droits de l'Homme du Cambodge, ont à nouveau croisé le fer à l'occasion de la 7e session du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, réuni du 3 au 28 mars en Suisse. En toile de fond de l'évaluation de la situation dans le royaume, la question du renouvellement à la fin de l'année de ce mandat de représentant spécial au Cambodge, établi en 1993.

 

La pilule ne passe toujours pas côté cambodgien, mais l'ambiance était moins tendue que les précédentes fois, selon des observateurs sur place. Om Yentieng n'aura pas envenimé son discours, prononcé en khmer au Palais des Nations à Genève.

Alors que les hauts cadres du gouvernement de Phnom Penh ont toujours refusé de rencontrer Yash Ghai, Om Yentieng s'est longuement entretenu avec le Kenyan le matin de son intervention, le 19 mars. Ce dernier n'a pas manqué de saluer cette « rencontre franche et constructive » lors de sa présentation, disant espérer qu'elle mènerait à une « bonne coopération entre le gouvernement [cambodgien] et les Nations unies dans la promotion des droits de l'Homme ».

Un rapport « exagéré » selon Om Yentieng
Dans sa réponse à Yash Ghai, prononcée devant le Conseil des droits de l'Homme, Om Yentieng, au nom de la délégation cambodgienne, a regretté que le Représentant spécial n'ait « pas vu et reconnu les efforts du gouvernement ». Et le conseiller du Premier ministre Hun Sen de déclarer son pays « sur la bonne voie ». Pour étayer sa bonne foi, il a invoqué un sondage mené entre le 20 décembre 2006 et le 20 janvier 2007, selon lequel « 71% des Cambodgiens » se disent confiants.

Dans sa riposte, Om Yentieng a cité pêle-mêle : la bonne tenue des élections ; l'existence de plusieurs centaines d'ONG et de représentants locaux et internationaux de la société civile, « notamment les ONG de défense des droits de l'Homme », qui sont « autorisées à travailler librement et ouvertement au Cambodge » ; et encore la redistribution de milliers d'hectares de parcelles à des sans-terre, qui s'accompagne de l'octroi de titres fonciers.

Bref, le rapport fait par Yash Ghai de la situation au Cambodge est partiel, sensationnaliste, et exagéré, tranche Om Yentieng.

Yash Ghai revient à la charge
Le constitutionnaliste mandaté par l'Onu depuis 2005 pour évaluer la situation des droits de l'Homme au Cambodge a, dans son troisième rapport, à nouveau mis le doigt sur le non respect du principe de séparation des pouvoirs, et son chapelet de corollaires : une impunité quasi institutionnalisée, un haut niveau de corruption, ou encore la négation des libertés d'expression et de manifestation. Avec en ligne d'horizon, poursuit Yash Ghai, des tensions toujours accrues et le risque de violences difficiles à contrôler.

« Surtout, s'alarme Yash Ghai dans son rapport, les gens doivent apprendre à craindre les dirigeants, avec leurs caprices et leur caractère imprévisible, et surtout leur force brutale. » Et le juriste d'ajouter plus loin que « le gouvernement n'est pas encouragé à engager des réformes tant que la communauté internationale continue d'apporter de substantielles contributions financières en dépit des violations répandues des droits de l'Homme ».

Il s'est cependant dit satisfait de rapporter « des progrès dans l'établissement d'une commission des droits de l'Homme » au Cambodge. « Le gouvernement s'y est engagé, a-t-il précisé, et a invité des organisations de la société civile à soumettre un projet de législation. Si les principes de Paris y sont incorporés, cet organisme pourrait alors aussi » recevoir et examiner les plaintes.

Le lobbying des ONG
La présidente de l'ONG de défense des droits de l'Homme Licadho, Kek Galabru, et son homologue Thun Saray de Adhoc ont fait le déplacement à Genève pour rencontrer les représentants d'une partie des 47 pays membres du Conseil des droits de l'Homme.

« La dizaine de représentants que nous avons rencontrés se sont montrés très ouverts, ne demandant qu'à connaître la situation qui prévaut au Cambodge, surtout lorsque leur pays n'y a pas de représentation diplomatique », rapportait en fin de semaine Kek Galabru.

Avec d'autres acteurs de la société civile, elle travaille à la mise en place d'une Commission nationale des droits de l'Homme, un organisme qui serait indépendant du gouvernement. La présidente de la Licadho fait valoir que l'Asie du Sud-Est est la seule région au monde à ne pas posséder de Commission régionale des droits de l'Homme indépendante, habilitée à recevoir des plaintes individuelles.

Un mandat en jeu
Si le poste de Représentant spécial du Secrétaire général des droits de l’Homme au Cambodge devait disparaître en fin d'année, Kek Galabru ne cache pas redouter que « la position des ONG locales ne devienne encore plus vulnérable ».

La présidente de la Licadho n'a cependant pas dit son dernier mot et entend mobiliser à son retour au Cambodge d'autres responsables d'ONG locales afin de revenir en force défendre le maintien du mandat de Représentant spécial auprès des pays membres du Conseil des droits de l'Homme.

En septembre, le mandat de Yash Ghai arrive à terme. Il sera alors décidé soit de maintenir ce mandat de Représentant spécial, soit de le prolonger de manière temporaire, soit d'y mettre fin. L'an dernier, plusieurs pays parmi lesquels le Myanmar (Birmanie), le Soudan ou encore le Cambodge, avaient exprimé leur souhait de ne plus avoir de tels Représentants spéciaux affectés à leurs pays.



L'impact des CETC
« Il est particulièrement ironique, relève Yash Ghai dans sa déclaration, que la communauté internationale doive dépenser tant d'efforts et d'argent pour mettre fin à l'impunité de quelques personnes âgées et usées pour des crimes commis il y a trente ans, tout en fermant les yeux sur les violations actuelles de droits et les infractions à la loi. » Le juriste estime que l'impact des Chambres extraordinaires au sein de tribunaux cambodgiens (CETC) restera « marginal à moins que le Gouvernement n'agisse en vue de mettre un terme à l'impunité des plus graves violations des droits de l'Homme survenues dans le passé récent ».



Un visa plus dur à obtenir
Le gouvernement cambodgien a informé le Bureau du Haut Commissaire aux droits de l'Homme au Cambodge qu'il ne délivrerait plus de visa d'entrée à Yash Ghai. Ce dernier devra désormais s'acquitter de cette démarche dans une ambassade cambodgienne.



Lire aussi sur Ka-set.info :
- Yash Ghai dénonce l'indifférence de la communauté internationale, par Stéphanie Gée (18 décembre 2007)

Ailleurs sur le Net :

- Le dernier rapport sur les droits de l'Homme au Cambodge de Yash Ghai ainsi que sa déclaration à l'occasion de la 7e session du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies sont disponibles sur le site du Conseil des droits de l'Homme