| A quatre mois des élections législatives, organisations d'observation électorale et de défense des droits de l'Homme alignent leurs voix sur celle de l'opposition politique. Elles dénoncent la multiplication des pressions qu'exercerait le parti au pouvoir sur ses concurrents.
Interpellation à caractère politique A la suite de l'organisation Human Rights Watch, les observateurs de la vie électorale Comfrel et Nicfec, ainsi que le Comité d'action pour les droits de l'Homme du Cambodge (le Chrac), un collectif de 21 ONG locales, prennent l'exemple de l'arrestation le 18 mars du chef de commune PSR Tuot Saron pour justifier leurs inquiétudes dans un communiqué conjoint publié le 27 mars. Pas de mandat d'amener et une inculpation pour séquestration qui, selon l'enquête menée par le Chrac, n'est pas fondée. Le collectif souligne que trois autres membres du Parti Sam Rainsy sont également recherchés par les autorités dans le cadre de cette affaire.
Ces organisations appellent à l'ouverture d'une enquête “impartiale” sur ce cas, une garantie nécessaire selon elles pour que les élections se déroulent avec équité et ne soient pas entachées de violences graves.
Activités politiques perturbées Parti Sam Rainsy (PSR), Parti des droits de l'Homme (HRP), Parti Norodom Ranariddh (PNR) et Funcinpec, toujours selon ces ONG, se disent gênés dans leurs activités politiques par des interventions inopportunes des autorités locales : perturbation de meetings politiques ou encore démontages de leurs pancartes estampillées de leurs logos. La majorité de ces incidents se sont produits à Phnom Penh et dans les provinces de Takéo, Kompong Chhnang et Takéo, notent-elles.
“Ces partis ont beau être enregistrés auprès du ministère de l'Intérieur, cela ne leur donne pas le droit de poser des panneaux n'importe où! Le faire dans les lieux publics exige une autorisation des autorités locales”, rappelle Tep Nitha, le secrétaire général du Comité national électoral (CNE).
“Tout le monde sait que ces arrestations et intimidations sont à caractère politique. C'est pourquoi nous encourageons la communauté internationale à venir observer les élections afin d'éviter les fraudes et pressions en tout genre sur les militants du PSR”, a lancé dimanche Sam Rainsy, se disant persuadé que ces menaces ne pouvaient qu'inciter les électeurs à apporter leur soutien au PSR.
Le prince Ranariddh hors jeu L'affaire judiciaire concernant l'ancien président du Funcinpec n'a à ce jour toujours pas trouvé d'issue. Condamné par contumace le 13 mars 2007 à 18 mois de prison ferme et à 150 000 dollars de dommages et intérêts pour abus de confiance dans le cadre de la vente du siège de son ancienne formation, il a choisi de s'exiler. Il guide depuis la Malaisie sa nouvelle formation, le PNR, qui a déjà participé aux communales d'avril 2007.
Les représentants de la société civile appellent le gouvernement à régler ce problème afin que Norodom Ranariddh puisse prendre activement part au scrutin de juillet en tant que candidat et que le principe de pluralisme des partis soit respecté.
Un contexte tendu Nombre d'observateurs se sont réjoui l'an passé de la relative bonne tenue des communales, considérées comme les élections les mieux organisées et les moins violentes dans l'histoire politique de l'Etat du Cambodge. Des félicitations qui risquent de ne pas être renouvelées. Même Tep Nitha dit être préoccupé par la guerre impitoyable que se livrent selon lui les partis siégeant au Parlement pour se voler membres et militants.
“Je les appelle à faire preuve de plus de maturité politique, de tolérance et à respecter les droits d'autrui ainsi que la loi sur les élections pour éviter des dérapages qui ne feraient qu'apeurer la population”, insiste le secrétaire général du CNE, qui précise que son comité travaille avec le ministère de l'Intérieur à assainir la situation.
Vers une dislocation de l'opposition ? Au cours des derniers mois, le PPC a su attirer à lui quelques personnages proéminents du Funcinpec et du PSR. Pourtant, le parti du Premier ministre Hun Sen peut espérer être assuré d'une victoire totale, grâce à l'amendement constitutionnel qui permet dorénavant de constituer un gouvernement avec une majorité de 50%+1 des voix des députés, et non plus des deux-tiers, ce qui impliquait systématiquement la formation d'un gouvernement de coalition.
Certains ont commencé à dénoncer une dérive totalitaire. L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme http://www.fidh.org/spip.php?article5258 Site de la FIDH renvoyant au rapport (FR/EN)] écrit dans son dernier rapport, daté de février, qu'au “cours des dix dernières années, le système s'est en effet de plus en plus apparenté à un régime de parti unique, avec un impact incontestablement négatif sur l'opposition politique et la liberté d'expression”, ajoutant que “le gouvernement mène actuellement une politique qui vise toujours, selon de nombreux observateurs, à se maintenir au pouvoir par tous les moyens”. Les questions qui se posent Les élections prochaines nourrissent de nombreuses inquiétudes. Ainsi, quel sera l'accès aux médias par les partis d'opposition, quand on sait, comme le rappelle le Département d'Etat américain dans son récent rapport sur les droits de l'Homme, qu'ils sont pour la quasi-majorité contrôlés par “le gouvernement, les forces militaires et le parti dirigeant” ? Ensuite, quels postes seront offerts aux transfuges passés au PPC, et cela se traduira-t-il par une inflation du nombre de postes gouvernementaux ?
Le Premier ministre a fait publiquement part de sa volonté de rester au pouvoir les vingt prochaines années. Il a par ailleurs invité, le 26 novembre dernier, les candidats à renoncer à la double nationalité, qui, expliquait-il, leur permet “d'échapper à la justice”; ce qui vise en premier lieu Sam Rainsy et le prince Ranariddh, tous deux étant également des ressortissants français. La démocratie pluraliste tant réclamée par les bailleurs de fonds internationaux, hors Chine, a-t-elle des chances de s'installer?
4e législatives du Royaume du Cambodge Du 28 avril au 12 mai : enregistrement des partis politiques auprès du Comité national électoral Du 26 juin au 25 juillet : déroulement de la campagne électorale Le 27 juillet : le scrutin Nombre d'électeurs au Cambodge : plus de 8 millions
Elections précédentes Résultats des dernières législatives de 2003 : - PPC : 47,35% des voix (73 sièges à l'Assemblée nationale) - Funcinpec : 20,75% des voix (26 sièges) - PSR : 21,87% des voix (24 sièges)
Résultats des élections communales de 2007 : - PPC : 70,5% des voix - PSR : 23,4% des voix - PNR : 3,7% des voix - Funcinpec : 2,4% des voix |