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Trois habitants de Dey Krohom devant la justice à la suite d'une plainte de la société 7NG
Par Ros Dina   
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11-02-2009

Cour municipale de Phnom Penh - Dey Krohom John Vink/ Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 11 février 2009. Des anciens résidents de Dey Krohom ont tenu à accéder à la salle d'audience de la Cour Municipale de Phnom Penh, pour assister au procès de trois d'entre-eux
© John Vink / Magnum

Trois habitants de la communauté de Dey Krohom, dont les dernières maisons ont été détruites le 24 janvier par la société concessionnaire 7NG, comparaissaient mercredi 11 février devant la Cour municipale de Phnom Penh pour répondre de destruction de biens privés et de blessures. Chan Vichet, Khieu Bunthoeun et Mme Ly Youleng sont accusés par la compagnie d'avoir incendié une excavatrice et lancé des pierres et des bouteilles remplies d'essence sur trois employés de 7NG, dans la soirée du 3 décembre 2007. A cette époque, la tension était vive entre les deux camps, des grappes de jeunes dépêchés par 7NG s'échinant à provoquer et intimider les familles récalcitrantes au départ.


Des dépositions à charge curieusement identiques...
D'un côté, sept témoins à décharge, des habitants de Dey Krohom, qui jurent que les trois personnes au banc d'accusation n'ont jamais commis de violences et que Chan Vichet, bien au contraire, en entendant des cris et en découvrant les habitants lançant des projectiles sur les employés de 7NG, s'est dépêché de dégoter un micro pour appeler ses compatriotes au calme et les dissuader de recourir à la violence. De l'autre côté, les dépositions de dix-sept employés de 7NG, dont les trois victimes, accusant ces trois mêmes personnes d'être à l'origine de ces violences. Des dépositions lues les unes après les autres et dont le greffier a interrompu la lecture à la septième déposition tant elles se répétaient. Un avocat de la défense s'est amusé à compter le nombre, important, de phrases, qui se retrouvaient mot pour mot d'une déposition à l'autre... "Regardez, ils ont tellement peu de preuves contre mes clients qu'ils ont dupliqué les témoignages !", commentait l'avocat.

Dans la plainte rédigée par l'avocat de 7NG, cette dernière réclame que les trois personnes soient accusées et s'acquittent de la somme de 10 000 dollars à titre de dédommagements. Quant au rapport du chef du quartier, remis aux autorités de l'arrondissement de Chamkarmon, il mentionne un camion transportant une excavatrice, qui se serait égaré et se serait arrêté près de l'ambassade de Russie, proche de Dey Krohom, et que les habitants auraient pris pour cible. Ni l'avocat, ni les victimes, ni les témoins à charge ne se sont présentés à l'audience.

Pour le procureur, qui a accrédité les versions des faits données par les employés de 7NG, les trois personnes étaient bel et bien présentes sur les lieux au moment des faits. Pour le procureur, les témoins à décharge ne sont pas fiables, car il faisait sombre et ils se tenaient tous loin de la scène. Mais tous assurent avoir entendu au microphone la voix de Chan Vichet qui tentait d'apaiser les habitants en colère. Peu importe, pour lui, les trois ont participé aux exactions et, par conséquent, les chefs d'inculpation retenus contre eux doivent être maintenus.

Des preuves trop inconsistantes, dénonce la défense
Côté défense, Me Hôm Bunrith, a aligné les arguments. Il a reconnu que des troubles s'étaient produits ce soir-là, mais il a expliqué que ses clients étaient à leurs domiciles et n'en sont sortis que attirés par les cris dehors. Il a alors demandé qu'on lui apporte les preuves de leur participation à ces violences. "Et alors, pourquoi autant de gens ont-ils entendu la voix de Chan Vichet tentant d'apaiser les esprits ?", a-t-il fait valoir. Il a également regretté qu'il n'y ait pas eu d'évaluation précise des dégâts commis. "A cette audience, aujourd'hui, chacun refait l'événement à sa façon dans sa tête ! Les versions des victimes et des habitants de Dey Krohom s'opposent en tout point !"

Lors d'une précédente audience, l'avocat avait eu l'occasion d'interroger les victimes et de relever quelques irrégularités. Ainsi, l'un disait avoir reconnu le visage de Chan Vichet grâce aux phares allumés de l'excavatrice (une coupure de courant avait plongé dans la nuit le quartier) tandis qu'un autre, le conducteur de l'excavatrice, avait assuré que les phares de sa machine étaient éteints... Un autre jure avoir identifié Chan Vichet sans néanmoins pouvoir se rappeler des vêtements qu'il portait... "On peut conclure que les dix-sept dépositions d'employés de 7NG ont été fabriquées de toutes pièces, d'autant qu'elles se ressemblent trop pour être crédibles !", a tranché Me Hôm Bunrith.

Quant aux dédommagements réclamés, ils sont tout autant douteux, a-t-il estimé. "Une des victimes réclame 5 000 dollars mais la facture de l'hôpital indique 30 000 riels [7,5 dollars] ?" Et l'avocat de conclure qu'il existe beaucoup trop de zones d'ombres dans les documents produits par la partie accusatrice pour leur attribuer un véritable fondement.

A sa suite, Me Ke Chamnan s'est, lui, interrogé avec une naïveté feinte sur le fait que sur toutes les pierres lancées par quelque 200 habitants, seulement une ait atteint le gardien de 7NG, qui a pourtant affirmé se situer près de l'excavatrice visée. "Comment cela est-il possible ?" Le troisième avocat de la défense, Me San Sokunthea, a quant à elle souligné qu'il était normal que les victimes prennent fait et cause pour leur employeur. Tous trois ont appelé à la levée des accusations portées contre leurs clients.

Les trois accusés, émus de se retrouver devant la machine judiciaire, ont calmement quitté la salle d'audience, remplie d'observateurs et de militants des droits de l'Homme. A la sortie, Mme Ly Youleng a allumé des baguettes d'encens et prié devant un autel.  

La cour rendra son verdict lundi 16 février.
 


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