| Preah Vihear ou Phra Viharn ? Au terme de deux jours de réunion du Comité général de la frontière khméro-thaïlandaise, lundi 6 et mardi 7 avril, Cambodgiens et Thaïlandais n'auront pas réussi à trouver un accord sur cette question qui, selon les diplomates des deux royaumes voisins, ne serait désormais plus que la dernière pierre d'achoppement entre le Cambodge et la Thaïlande en vue d'une résolution pacifique d'un conflit ravivé vendredi 3 avril lors d'échanges de tirs le long de leur frontière commune.
Au terme d'une seconde journée de discussions qui s'est terminée à 19 heures, dans l'enceinte du Conseil des ministres fraîchement inauguré à Phnom Penh, Var Kim Hong, co-président cambodgien de ce comité et son homologue thaïlandais Vasin Teeravechyan ont présenté le fruit des trois derniers rounds de négociations destinés à mettre fin au conflit frontalier qui oppose leur deux pays depuis le mois de juillet 2008 et qui a connu un violent rebondissement vendredi 3 avril, soldats thaïlandais et cambodgiens s'étant affrontés à proximité du temple khmer de Preah Vihear. Ces deux jours de réunion auront surtout permis de valider les documents préparés lors des premières rencontres : ont ainsi été enfin revus et signés l'accord conclu lors de la réunion spéciale à Siem Reap en novembre 2008, celui obtenu à Bangkok en février 2009, en plus de textes sur le processus de délimitation des frontières défini en ce début de semaine. "Cela va nous permettre de commencer à travailler", notamment pour la pose de bornes frontalières, a ainsi déclaré Var Kim Hong au terme de la journée de mardi. Alors que Vasin Teeravechyan n'a pas souhaité avancer de dates quant au lancement de ces opérations, préférant parler d'un processus "étape par étape", le Cambodgien a pour sa part affirmé qu'un premier groupe de délimitation serait à l'œuvre dès le mois de mai, chargé de poser "les bornes de la porte de Chorm Sragnam (Oddar Meanchey), soit la borne numéro 1, jusqu'aux abords du temple de Ta Moane, soit la borne 23". Dans la zone 6, celle dans laquelle se trouve le temple de Preah Vihear, "des aspects techniques doivent encore être réglés", estime le co-président cambodgien, qui prévoit que les opérations de prise de mesures et de déminage commenceront en juillet prochain, "au plus tard". Le contenu de ces accords n'a cependant pas été rendu public et une question demeure, qui risque de continuer à bloquer l'avancée des travaux de démarcation : celle du nom du temple khmer classé au patrimoine mondial le 7 juillet 2008 que revendique Bangkok, soit "Preah Vihear" pour les Cambodgiens ou "Phra Viharn" pour les Thaïlandais. "Nous avons suggéré de mettre dans les documents bilatéraux le nom officiel de Preah Vihear en ajoutant une mention entre parenthèses 'Phra Viharn en thaï'. Mais cette proposition n'a pas encore été acceptée par la Thaïlande", a expliqué Var Kim Hong, qui souligne qu'une fois un accord obtenu sur ce point, tous les obstacles à un règlement pacifique seront levés. Pour la partie thaïlandaise, le fait que le nom khmer de Preah Vihear ait été celui retenu par l'Unesco et par le Comité du patrimoine mondial qui a inscrit le temple sur sa liste n'est pas une raison suffisante pour que la Thaïlande renonce au nom de Phra Viharn. "Cela ne concerne que l'Unesco et non le Comité de la frontière", a brièvement déclaré Vasin Teeravechyan. Interrogé sur les récents déploiements de forces militaires de son pays le long de la frontière avec le Cambodge, le co-président thaïlandais du comité a dit ne pas être "au courant". Côté cambodgien, on se montrait une fois encore plus prolixe sur le sujet. Preap Tann, gouverneur de la province de Preah Vihear et membre du comité de la frontière khméro-thaïlandaise a ainsi affirmé que des forces militaires thaïlandaises étaient actuellement déployées "à environ un kilomètre de la frontière" cambodgienne, au nord de la zone de Veal Entry, soit à quelque six kilomètres du temple de Preah Vihear. De même, le porte-parole du gouvernement cambodgien sur le conflit de Preah Vihear, Phay Siphan, a dit avoir reçu "des informations [...] en provenance de la frontière" confirmant des déploiements de troupes thaïlandaises supplémentaires et notamment "de lance-roquettes devant le temple de Preah Vihear". Pour le gouverneur de Preah Vihear Preap Tann, le déploiement de forces armées, des deux côtés, en parallèle aux négociations, n'a rien d'anormal : "C'est un véhicule à deux roues : d'un côté, le Cambodge utilise la diplomatie, de l'autre nous devons protéger notre territoire". Le porte-parole cambodgien Phay Siphan a par ailleurs annoncé qu'un rapport avait été transmis à l'Unesco pour informer l'organisation des dégâts causés sur le temple par les tirs thaïlandais le 3 avril. "Nous sommes membres de l'Unesco et avons pour obligation de protéger et conserver le patrimoine mondial", a-t-il rappelé, espérant qu'une réunion sera prochainement organisée avec l'instance onusienne pour évoquer ces problèmes. Le directeur général de l'Unesco Koïchiro Matsuura a d'ailleurs exprimé sa "vive préoccupation" à l'annonce d'un regain de tension entre soldats thaïlandais et cambodgiens à proximité du "temple de Preah Vihear, "chef-d'œuvre de l'architecture khmère" et dont "la valeur exceptionnelle universelle [...] transcende les frontières nationales". Mardi 7 avril, le président de la Fondation pour la civilisation khmère (KCF), Moeung Sonn, demandait quant à lui que la Thaïlande verse des dédommagements pour les victimes cambodgiennes du coup de force militaire qui a eu lieu le 3 avril et a provoqué d'importants dégâts sur le marché cambodgien de Prasad où une centaine de cabanes ont été brûlées. Une requête à laquelle le gouvernement "pourra réfléchir", a estimé Phay Siphan, précisant qu'il appartiendrait à l'Unesco d'évoquer ce point, puisqu'il concerne une zone protégée. La date de la prochaine rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères de Thaïlande et du Cambodge, dans le cadre du processus de négociation, n'a pas encore été fixée.
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier