
Phnom Penh (Cambodge), le 23 août 2007. Cours de coiffure à la section CC2 pour mineurs de la prison de Prey Sâr © John Vink / Magnum Photos Exiguïté et surpopulation des cellules, malnutrition et absence de soins. Au Cambodge, les conditions carcérales sont déplorables. La célèbre prison de Prey Sâr, située à une dizaine de kilomètres de la capitale, abrite ainsi quelque 2 500 détenus alors que sa capacité d'accueil est prévue pour 1 200 personnes... Et certains prisonniers se retrouvent incarcérés avec, pour tout délit, celui d'être pauvre et de résister aux évictions forcées dont ils sont l'objet.
Les expulsés, parfois doublement victimes En cette fin 2008, ils sont plus de 10 000 Cambodgiens à s'entasser dans les cellules du pays, parmi lesquels plus de 600 mineurs et plus de 400 détenus étrangers. Mal nourris, abandonnés à eux-mêmes sans soins médicaux, ils ne peuvent même pas avoir accès à de l'eau potable. Une partie de ces prisonniers sont des pauvres qui, pour tout délit, ont refusé de quitter leur logis. Ils sont poursuivis pour "destruction de biens d'autrui, coups et blessures ou atteinte à la propriété privée", alors qu'ils ont tenté de s'opposer aux forces de l'ordre lors d'évictions de leur communauté pour nettoyer les villes des squats et autres zones urbaines dites anarchiques.
Ces dernières années, la multiplication des expulsions forcées, qualifiées de violation courante des droits humains par les ONG locales et internationales, constituent un des fléaux les plus graves du pays. Des milliers de familles sont régulièrement chassées de chez elles pour laisser le terrain à des promoteurs ou des multinationales. Des méga-centres commerciaux, de grandes tours de bureaux ou encore de gigantesques casinos sont alors bâtis et ne profitent qu'à une toute petite minorité dans ce pays qui figure encore parmi l'un des plus défavorisés du monde.
Hem Chun, 47 ans, journaliste au bi-mensuel Le Cri de la justice, une publication assez confidentielle, a passé deux ans en prison pour "destruction de bien d'autrui". En réalité, ce Cambodgien est l'une des nombreuses victimes des évictions forcées, condamné pour s'être opposé en juin 2006 à une expulsion manu militari de son village de Sambok Chap, situé au coeur de Phnom Penh. Il trouvait inacceptable la compensation offerte aux "délogés" par la compagnie qui a acquis leur terrain, à savoir un lopin de terre au village d'Andong, situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale au milieu de nulle part.
"J'ai été envoyé derrière les barreaux durant deux ans alors que je suis innocent, raconte-t-il, encore éprouvé par cette expérience. J'ai juste défendu ma terre et décidé d'aller jusqu'au bout de ma cause. Je me suis retrouvé dans une cellule de 4x4m, qui contenait pas moins de dix prisonniers, raconte-t-il. Il n'y avait pas de ventilation, nous étouffions et nous étions tellement serrés que je ne pouvais dormir que sur le côté."
"Du gravier dans notre riz" Le gouvernement cambodgien fixe à 1 500 riels (0,38 dollar) les dépenses quotidiennes (nourriture, eau, électricité, vêtements, médicaments…) d'un détenu. Ce dernier reçoit 0,55 kg de riz par jour. "Ce n'est pas suffisant, poursuit Hem Chun. Nous devons compléter avec les paquets de nos familles. Durant une période, nous trouvions du gravier dans notre riz. Les soins médicaux se limitaient au Paracétamol. J'avais demandé à traiter une sinusite aiguë à l'extérieur, en vain". En 2007, il y a eu 60 décès de prisonniers. De janvier à septembre 2008, le chiffre s'élève à 37, selon le rapport du département général des prisons publié en septembre 2008.
La question foncière a été au cœur de la journée du 10 décembre célébrée par une coalition de 19 ONG locales. Celles-ci ont organisé une marche au centre de Phnom Penh, la capitale, à laquelle ont assisté quelque 2 000 membres de la société civile, diplomates, bonzes, étudiants et victimes des évictions. Tous portaient des T-shirts frappés du slogan "les droits de l'Homme : nos droits". Sous surveillance des autorités, ils ont appelé avec insistance à la libération des personnes encore emprisonnées et que cessent les expulsions et arrestations liées aux litiges fonciers.
Une cinquantaine de personnes serait encore actuellement en prison pour avoir défendu leur terre dans le cadre de conflits fonciers.
Les droits bafoués Kek Galabru, présidente de la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits humains (Licadho), n'hésite pas à critiquer ces mauvaises conditions de détention des prisonniers. "Pour savoir si un pays respecte ou pas les droits des détenus, il faut observer les établissements pénitentiaires. Si les droits des détenus ne sont pas pris en considération, cela signifie que le pays n'entend pas respecter les droits humains", fait valoir la militante.
Samkol Sokhan, directeur général adjoint du département général des prisons, rattaché au ministère de l'Intérieur, ne voit pas les choses de cette manière. "C'est le maximum que l'Etat puisse faire. Même nos gardiens des prisons ne gagnent que de 160 000 à 200 000 riels (40 à 50 dollars) par mois. Je conseille souvent à nos fonctionnaires de prendre soin des détenus et de veiller à respecter leurs droits", affirme le haut fonctionnaire, soulignant que les ministères de l'Intérieur et de la Santé se concentrent sur la question de médicaments. Il ajoute qu'un nouveau centre correctionnel devrait voir prochainement le jour, dans la province de Pursat, en vue de parer à l'exiguïté des cellules. Le ministère de l'Intérieur attend encore le feu vert du ministère de l'Agriculture, propriétaire du terrain de 960 hectares, avant de lancer les travaux.
Cet article a été publié sur le site de la Tribune des droits humains, à l'occasion du 60e anniversaire de la Déclaration des droits de l'Homme, le 10 décembre 2008.
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Par Achey
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