 Phnom Penh, le 13 août 2008. Ban Sophal, ancien vice-gouverneur Funcinpec de Battambang, candidat du Parti de la société de justice aux élections du 27 juillet 2008 au Cambodge © John Vink / Magnum
Si les élections législatives du 27 juillet ont consacré au Cambodge l'entrée dans l'Assemblée nationale de cinq partis politiques, contre seulement trois lors de la dernière législature, six petites formations restent sur le carreau. Un résultat auquel elles s'étaient évidemment préparées, ces partis pêchant par manque de visibilité n'ayant ni les moyens ni les ressources humaines de rivaliser avec les grands. Si le parti Sam Rainsy et le Parti des droits de l'Homme, fers de lance de l'opposition au Cambodge, contestent âprement les résultats des urnes, eux les ont acceptés sans autre manière. Leurs leaders s'estiment déjà satisfaits d'avoir pu être de la course et cet échec, assurent-ils, ne les fera pas pour autant renoncer à la vie politique.
Pas de désenchantement après la défaite Ban Sophal, président du Parti de la société de justice (PSJ), qui a présenté des candidats dans sept circonscriptions seulement, se déclare très satisfait de l'action de sa jeune formation, lancée le 27 août 2006.
"Nous avons mené campagne à Battambang par le biais des ondes d'une seule radio locale et en revanche très peu agi à Banteay Meanchey où pourtant nous avons recueilli le plus grand nombre de suffrages (1 808). Ce sont les gens éduqués qui nous ont apporté leurs voix", se réjouit celui qui fut de 1993 à 1995 vice-gouverneur Funcinpec de Battambang. Vingt jours avant le scrutin, son parti avait fait alliance avec le Parti khmer anti-pauvreté.
Le leader du PSJ n'entend pas jeter l'éponge. Ban Sophal n'est pas un novice en politique. Après une affiliation au Funcinpec, il avait rejoint le nouveau Parti de la Nation khmère, devenu peu après le Parti Sam Rainsy, avant de se décider à créer sa propre structure. "Cette première participation constituait un test pour sonder le soutien des électeurs à notre formation, et plus généralement nous faire connaître. Jamais je n'ai pensé à la victoire. Mais j'espérais décrocher au moins un siège à Battambang où j'ai tant œuvré pour les habitants..."
Le fils du maréchal Lon Nol, Lon Rith, et son Parti khmer républicain (PKR) créé il y a plus de deux ans et en lice dans neuf circonscriptions, garde le sourire. "Notre parti a fait peu de bruit et néanmoins nous avons recueilli pas mal de voix. Cela montre que nombre de citoyens partagent nos idées. En se confrontant aux grands partis, nous avons acquis davantage d'expérience", explique le Khméro-Américain, qui réside la plupart du temps aux Etats-Unis, mais dit envisager de s'installer au Cambodge.
Le Parti de la ligue pour la démocratie (PLD) n'est pas en reste, et son président Khem Veasna, un ancien membre du Parti Sam Rainsy dont il était élu à Prey Veng, vante sa stratégie électorale "qui n'a pas été de mobiliser des militants pour aller convaincre leurs concitoyens mais de faire entendre notre voix par médias interposés". "Ils sont 68 909 électeurs à nous avoir apporté leurs voix. Ce n'est pas beaucoup mais c'est le signe que les habitants commencent à s'intéresser à une politique 'propre'", conclut-il.
Les perdants ne désarment pas Hors de question pour ces nouveau-nés de la scène politique au Cambodge de baisser les bras. Ils se disent tous déterminés à poursuivre le combat politique.
Ban Sophal veut mettre à profit les années qui le séparent du prochain scrutin pour réorganiser la structure de son Parti de la société de justice au niveau des villages et des communes. Sa première mission, il ne le cache pas, sera la collecte de fonds dont manque cruellement la formation. Il a bon espoir, confie-t-il, affirmant avoir été contacté par des compatriotes tant du Cambodge que de la diaspora qui l'ont pressé de ne pas renoncer à ses activités politiques.
"Je ne me retire pas de la vie politique mais, sans argent, pas de structure ! La communauté cambodgienne de Californie, aux Etats-Unis, va prochainement m'inviter. Dès que nous pourrons compter sur des soutiens financiers nous nous rendrons dans les circonscriptions et recruterons des militants car ils sont malgré tout essentiels à un parti", développe Ban Sophal, également conseiller auprès du ministère de l'Intérieur.
Les prochaines législatives, il y pense déjà, mais y conditionne sa participation. "Tous les électeurs doivent pouvoir voter, et leurs noms ne pas être radiés des listes ; ils doivent pouvoir le faire sans avoir à présenter des certificats de leurs chefs de commune ; et, troisièmement, les partis doivent pouvoir être autorisés, s'ils en font la demande, à participer à un recomptage des suffrages en cas de contestation."
Le PKR aussi promet un lifting du parti en vue de consolider sa base. En ligne de mire, les élections communales de 2012. Lon Rith a choisi deux chevaux de bataille : la lutte contre la pauvreté et la participation à la résolution des conflits frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande.
Le PLD de Khem Veasna ne raccroche pas non plus pendant cette période de vaches maigres, et entend ne pas cesser ses programmes politiques sur les ondes. "Aujourd'hui, tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du gouvernement. Notre objectif est de changer la donne et on va continuer à l'expliquer sur cinq radios", annonce Khem Veasna.
Sin Vannarith, secrétaire général du Parti khmer anti-pauvreté, créé le 4 juillet 2007, ne cache pas son découragement face aux piètres résultats obtenus par son parti, qui présentait des candidats dans sept circonscriptions. Les militants locaux ont écrit aux responsables pour leur demander de ne pas mettre fin à l'aventure mais de revoir la stratégie du parti. "Nous allons étudier nos points forts et nos points faibles et étendre la structure à l'échelle des villages, des communes et des districts d'ici à cinq ans", déclare le secrétaire général khméro-américain, qui a désormais les yeux rivés sur les prochaines communales au Cambodge. |